Polyb., XXXI
ANTIOCHOS V EUPATOR 313
On l'avait bien vu à la façon dont il avait accueilli tout récemment Ptolémée Philométor, qui, expulsé d'Alexandrie par son frère Evergète, venait implorer l'assistance des Romains (164). Ayant appris que le roi d'Egypte arrivait en piètre équipage, il était allé immédiatement à sa rencontre sur la voie Appienne pour lui offrir un manteau royal, un diadème et un cheval richement caparaçonné, « afin qu'il pût faire son entrée à Rome en appareil digne d'un roi et ne fût pas un objet de mépris ». Il avait dû mépriser tout le premier ce monarque sans dignité, quand il le vit refuser son offre, s'acheminer vers Rome accompagné seulement d'un eunuque et de trois domestiques, et se loger dans un galetas, « à cause de la cherté des loyers à Rome )> ^ On devine ce qu'il pensait de l'abject Prusias II, le Paillasse de l'époque, qui, quelques années auparavant (167), avait reçu des ambassadeurs romains en costume d'affranchi, le bonnet sur sa tête rasée, et était allé ensuite à Rome se prosterner sur le seuil de la Curie ^.
Le Sénat avait donc refusé à Démétrios la liberté qu'il sollicitait. Mais, quand parvint à Rome la nouvelle du meurtre de Gn. Octavius, on s'avisa que Démétrios pourrait être utile, et le jeune prince lui-même pensa que, cette fois, il aurait gain de cause. Il n'était pas assez retors pour comprendre l'avis que lui donna Polybe, lequel vivait alors dans l'intimité de Paul-Émile et des Scipions. Polybe lui conseilla « de ne pas se heurter deux fois à la même borne, mais de placer ses espérances en lui-même et d'oser quelque chose de digne d'un roi ». Il renouvela ses instances auprès du Sénat, mais sans succès. Le Sénat comptait que son prisonnier, assez peu surveillé, comprendrait enfin de lui-même le prix de l'occasion. Il fallut y aider un peu le naïf jeune homme, chez qui l'intelligence n'était décidément pas à la hauteur du caractère. A point nommé arriva de Syrie un