Polyb., XXX, 16. = Exe. de légat., p, 330 de Boor
certain Diodore, père nourricier (Tpo'jsyç) de Démétrios *, un intrigant très bien informé, dit Polybe, lequel représenta au prince qu'il serait accueilli à bras ouverts en Syrie et que, s'il réussissait à quitter Rome sans bruit, le Sénat n'oserait pas appuyer un Lysias. Polybe et l'ambassadeur égyptien Ményllos d'Alabanda — deux amis qui n'étaient pas des ennemis des Romains — insistèrent dans le môme sens. Ményllos se chargea de louer à Ostie un bateau qui transporterait le fugitif. Le complot, auquel Polybe s'applaudit d'avoir participé, s'élabora en perfection, avec la complicité de bon nombre d' « amis », à l'insu de la police romaine. Au jour marqué, le jeune prince organisa pour la forme une partie de chasse au sanglier aux environs de Gircéi, et, pendant que ses veneurs l'attendaient là-bas, il s'embarqua nuitamment à Ostie sur le bateau loué à l'avance par Ményllos, un navire carthaginois qui allait porter des cadeaux, en guise d'hommage filial, aux dieux de Tyr.
Les précautions étaient si bien prises, — Polybe, mal portant ou malade à propos, avait môme expédié de son lit à Démétrios un billet cacheté pour lui recommander d'être sobre ce jour-là, — tout était, dis-je, si bien combiné que Démétrios était déjà en mer depuis quatre jours quand le bruit de son évasion se répandit à Rome. Le Sénat se réunit, et, considérant que le fugitif était maintenant hors d'atteinte, il décida simplement qu'on enverrait une ambassade en Syrie pour surveiller les événements. Encore eut-on soin de tracer l'itinéraire de cette ambassade de telle façon que, passant par la Grèce et chargée d'y faire d'abord une tournée d'inspection, puis de vérifier les récriminations de Prusias, d'Ariarathe et des Galates contre Eumène, elle n'arrivât pas trop tôt en Syrie. Démétrios avait donc le temps d'agir '.
1. Sur les titres de tûo-seûî et de aûvtpojoî, voy. G. Corradi, Ricerche Ellenistiche, III. srNTPOtÔl [Riv. di Filol. class., XXXIX [1911], pp. 521-534).
2. Polyb., XXXI, 19-23. = E.vc. de légat., pp. 341-346 de Boor.
ANTIOCHOS V EUPATOR 315
Débarqué à Tripolis en Phénicie, Démétrios n'eut qu'à paraître en Syrie pour provoquer un soulèvement contre Lysias et son pupille. La guerre civile par laquelle avait débuté le nouveau règne avait laissé des rancunes au cœur du parti vaincu avec Philippe, et Lysias, aigri par son impopularité mémo, n'avait pas su user avec modération de la victoire. Parti de Tripolis avec quelques mercenaires, Démétrios fut accueilli comme un sauveur à Antioche. Lysias et Antiochos Eupator furent menés par leurs propres soldats au roi légitime « rentré dans le palais de ses pères ». Celuici ne voulut même pas les voir, et, sans plus de formalités, « l'armée les mit à mort » K
Ainsi finit, au bout d'un peu plus de deux ans (162/1), le règne d' Antiochos Eupator. La discorde semée par l'usurpation d'Antiochos Epiphane avait porté ses fruits : son fils, à peine âgé de onze ans, en fut la première victime. La famille des Séleucides hâtait de ses propres mains l'heure prochaine de sa ruine.
1. / Uacc, 7, 1-4. Joseph., XH, 10, 1. Euseb., I, pp. 253-254 Schœne. Les dates babyloniennes commencent, pour le règne de Démétrios I, à 131 Sel. = 161/0 a. C, (de même / Macc, 7, 1, mais avec un comput en avance d'un an = 162/1 a. C), et se continuent en 152, 154, 157, 159 Sel.