Polyb., XXXIII, 12. Diod., XXXI
l'argent possible et confisqua au prolit du Trésor les biens des habitants les plus considérables » '. Il amassait ainsi plus de haines encore que d'argent. Mais comme, avec les mœurs « ioniennes », le « gaspillage artistique » qu'il avait introduit à la cour ^, il faisait plus de dépenses que de recettes, il arriva un jour qu'il ne put payer la solde de ses mercenaires. Le cas était grave, car une révolte pouvait s'ensuivre. Oropherne eut alors recours à un expédient bien connu. Sur le mont Ariadne s'élevait un temple de Zeus, asile depuis longtemps sacré, enrichi par la piété des fidèles. Oropherne fit au dieu un emprunt forcé, et, avec l'argent ainsi extorqué, il paya l'arriéré de la solde '. Il était tiré d'aiïaire pour le moment, mais la morale antique, indulgente pour bien des crimes, veut que le sacrilège soit toujours puni.
Un pareil régime ne pouvait durer longtemps. Attale II se chargea de venger les hommes et les dieux. Il ramena son beau-frère Ariarathe V en Cappadoce et en expulsa Oropherne, qui se réfugia à Antioche (vers 156). Le Sénat, revenant sur sa première décision, s'empressa de reconnaître Ariarathe pour roi légitime de la Cappadoce entière. Il est probable que Attale s'était assuré à l'avance de son approbation. Démétrios ne paraît pas avoir défendu ni son protégé ni les gens de Priène, qui, avec une loyauté admirée de Polybe, refusèrent de livrer à Ariarathe le dépôt de 400 talents à eux confié par leur concitoyen Oropherne. Les Priéniens firent vainement appel aux Rhodiens et aux Romains : délaissés, ils aimèrent mieux laisser dévaster leur territoire par les troupes des rois coalisés que de manquer à la parole donnée, et finalement l'argent fut remis à l'exilé, qui, ambitieux incorrigible, en devait faire bientôt mauvais usage *.