‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 195 sur 297 · Strab.,XIII, p · texte numérisé non relu

Strab.,XIII, p

ments royaux et l'expotlia en Giiicie, où un certain Zénophanc se chargea de lui recruter des adhérents en Syrie. Tous les ennemis de Démétrios se rallièrent autour du candidat improvisé par Attale, à commencer par les gens d'Anlioche, qui de simples rebelles devenaient les défenseurs du trône et les champions de la branche cadette. D'ovi venait cet intrus, élevé, dit-on, à Rhodes, on ne Ta jamais su. Tous les historiens — à part les Juifs et peut-être Strabon — disent que ce Bala était de basse extraction ; mais il était notoire que Antiochos Epiphane avait eu des concubines, et, au surplus, les adversaires de Démétrios ne tenaient pas à y regarder de près. « Si grande était chez tous la haine de Démétrios », dit Justin, « qu'ils allouaient à son rival, d'un consentiuient unanime, non seulement des forces royales, mais la noblesse de race » \ On se souvenait trop, à certains moments, que les rois étaient des descendants de parvenus, et que le droit divin s'acquiert par le succès.

Toute intrigue aboutissait nécessairement à Rome. C'était là que, avant d'aller plus loin, il fallait essayer les chances du prétendant. L'ex-trésorier Héraclide, expulsé par Démétrios et alors réfugié à Rhodes, se chargea d'aller présenter au Sénat le jeune Alexandre. Pour mieux agir sur la haute assemblée, qui aimait à jouer les rôles philanthropiques, il emmena aussi une Laodice, fille d'Antiochos Epiphane, afin d'avoir deux infortunes à faire valoir et le témoignage de la princesse à invoquer si on lui demandait les preuves de la filiation d'Alexandre. Héraclide avait déjà fait plus d'une fois le voyage de Rome du temps d'Antiochos Epiphane, et il connaissait, pour les avoir jadis employés avec succès,

1. Diod., XXXI, 32 a. Justin., XXXV, 1, 8. Les chroniqueurs juifs tiennent Alexandre Dala pour un fils d'Antiochos Epiphane {I Macc, 10, 1. Joseph., XIII, 2, 1). Strabon (XllI, p. 624) dit aussi qu'Attale sallia 'A)>£5xvûpto tû 'AvTiôyou. Il est difficile d'admettre que la généalogie de Bala ait été inventée de toutes pièces, et que Philoinétor ait donné sciemment sa fille à un jouvenceau de la basse classe [exlremae soiHis). Je ne pense pas non plus que la candidature de Bala ait été déclarée par Eumène II, donc avant 159, comme le propose R. Bevan (II, p. 207].

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l'usage des moyens diplomatiques. Atlale, sans aucun doute, eut soin de le fournir de ce genre d'arguments, lléraclide arriva à Rome, avec ses deux clients, dans Télé de 153. Le Sénat ne voulut pas montrer d'empressement à le recevoir : il lui fit attendre environ six mois une audience. C'était précisément ce que souhaitait lléraclide. Sûr de vaincre les dédains apparents par son savoir-faire, il employa utilement ses loisirs à renouveler des connaissances et à travailler l'opinion des Pères Conscrits'. Knfin, en 152, le Sénat, après avoir reçu les hommages du jeune Atlale lils d'Eumène et accueilli assez froidement le jeune Démétrios, fils du roi de Syrie, qui venait s'offrir comme otage et qu'il renvoya à son père, le Sénat, dis-je, se décida à entendre Lléraclide. Celuici amena à la barre de l'assemblée Alexandre et Laodice, et l'on eut la séance touchante dont lléraclide avait si bien réglé la mise en scène. Le jeune prince prononça un petit discours dans lequel il demandait au Sénat de lui rendre le trône de son père, leur ami et allié, ou tout au moins de laisser les mains libres à ses partisans. Puis lléraclide développa ce thème, en le renforçant de diatribes contre Démétrios et d'une péroraison larmoyante.

Le Sénat aurait dû avoir houle de jouer un rôle actif dans ce que les gens sérieux appelaient tout haut une comédie. Son intérêt même eût dû l'avertir que Rome, en passe d'hériter de tant de rois, n'avait pas à encourager les imposteurs, bâtards ou autres, qui avaient la prétention de ressusciter des dynasties éteintes ou à la veille de disparaître. Il savait ce que lui avait coûté l'usurpation du bâtard Persée, et il pouvait déjà prévoir, sinon les Pseudo-Attale, du moins les Pseudo-Philippe, car on venait d'envoyer à Rome sous bonne garde un certain Andriscos, qui réclamait le trône de Macédoine comme fils de Persée ; et l'ami qui rendait aux Romains

1. Polybe répète que lléraclide s'attardait exprès : [izxi TîpaTsia; à'ixa x«l xaxovipv'aî È/e/oôviÇs, xaxajXc-jôaEvo; ta r.tpl tt.v aÛYxXT,Tov (XX.XIII, 14, 2); et plus loin : x:/oo v.X''.); sv -iî, 'Piiar, -riapf.Xôsv s:; tt.v u'Jvxat.tov (XXXlll, 16, 6).

un pareil service était précisément ce Démétrios roi de Syiic dont lléraciide demandait la déchéance '. Démétrios y avait quelque mérite, car il se serait refait une popularité en Syrie en favorisant Andriscos, ce prétendu neveu qui était venu réclamer son appui, parce que c'eût été créer des embarras aux Romains. Mais rien n'y fit : bon nombre de sénateurs avaient déjà cédé à ce que Polybe appelle discrètement les « enchantements » (yoriTeiai;) d'Héraclide. Ceux-là l'emportèrent sur les modérés, c'est-à-dire le parti des Scipions : un sénatusconsulte fut rédigé qui non seulement permettait à Alexandre et Laodice [f], « enfants d'un roi ami et allié », de reprendre l'héritage paternel, mais leur promettait appui et secours en cas de besoin (152) ^

Muni de ce sénatusconsulte, qui valait à lui seul une armée, Héraclide se mit à recruter des mercenaires et vint installer son centre d'opération à Ephèse, sous l'œil bienveillant du roi de Pergame. Aussitôt, le candidat de Rome fut reconnu pour légitime roi de Syrie non seulement par Attale et Ariarathe, mais par Ptolémée Philométor, maintenant — depuis le coup de main sur Gypre — ennemi juré de Démétrios et le plus zélé des patrons d'Alexandre. Démétrios comprit que sa perte était décidée, et il retrouva toute son énergie pour disputer sa couronne à ses ennemis. Il commença par mettre à l'abri ses deux fils, Démétrios et Antiochos, en les confiant, avec une grosse somme d'argent, à un ami particulier qu'il avait à Cnide. Il ne garda près de lui que son dernier-né, Antigone, qui devait être encore au berceau ^ Puis il attendit son rival. Celui-ci, appuyé et convoyé par la flotte égyptienne, aborda la Syrie par mer. La garnison de Ptolémaïs lui ouvrit les portes de la ville, en haine de Démétrios, que les soldats trouvaient « hautain et inabordable » *.

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