Joseph., XIH
considérer Alexandre comme l'instigateur de la trahison dont il avait failli être victime, et, par une brusque volteface, au lieu de combattre Démétrios II, il se mit à négocier avec lui. Il offrit au prétendant la main de sa fille Cléopâtre Théa, qu'il avait eu soin probablement de faire sortir à temps d'Anlioche, et se chargea de substituer son futur gendre à l'ancien.
Le plus difficile était de vaincre l'antipathie et la défiance des Antiochéniens à l'égard de Démétrios, le fils du roi qu'ils avaient les premiers bafoué, combattu et renversé. Ptolémée y réussit, ou du moins réussit à détrôner Alexandre sans coup férir. La grande ville expulsa le roi déchu, qui se réfugia en Cilicie, pays où pullulaient les insoumis, asile des proscrits et repaire des agitateurs en quête de renforts, et elle offrit la couronne vacante non pas à Démétrios, mais à Ptolémée lui-même. Celui-ci, « entré à Antioche, posa sur sa tête deux diadèmes, celui de l'Egypte et celui de l'Asie » *. Après avoir ainsi obéi au vœu populaire, il réunit les habitants en assemblée et « les exhorta à accueillir Démétrios, disant que ce prince oublierait par reconnaissance leurs démêlés avec son père; déclarant que lui Ptolémée serait pour Démétrios un bon précepteur et un guide qui, s'il tentait de mauvaises actions, ne le lui permettrait pas. Il leur répéta que, quant à lui, la royauté en Egypte lui suffisait. Par de telles paroles, il persuada aux Antiochéniens de recevoir Démétrios » ^. Ptolémée ne mit pas ses auditeurs dans la confidence de sa pensée intime. Il ne leur dit pas que, s'il refusait « le diadème d'Asie », c'était très probablement par crainte des Romains, et qu'il comptait bien néanmoins ne pas retourner à Alexandrie les mains vides. Il était convenu que Démétrios, en échange du trône paternel, lui cédait la Cœlé-Syrie '.