Posidon. ap. Athen., X, p. 439 d. XII, p. 540 c
LE RÈGNE d'aNTIOCHOS VII ÉVERGÈTE 379
l'avait fait roi pour régner avec lui et l'avait épousé, dit-on, pour ajouter au plaisir d'être reine celui de rompre bruyamment avec le mari de Rhodogune. Ce mariage avait assuré à Antiochos sinon l'appui effectif, du moins la neutralité bienveillante de rÉgypte. Mais Cléopàtre, qui révéla plus tard par des crimes abominables la profondeur de son égoïsme, n'était pas femme à oublier que son troisième époux lui devait le trône. Nous regrettons pour notre curiosité que les hôtes rustiques mis en scène par Plutarque n'aient pas parlé au roi de la reine. Peut-être Antiochos eût-il appris que Cleopâtre figurait au nombre des « amis pervers » qui décidaient pour lui des affaires importantes. Il est permis de supposer, en tout cas, qu'elle fut pour beaucoup dans la résolution que prit Antiochos d'entreprendre une expédition contre les Parthes, et cela, pour des motifs que l'on peut essayer de deviner.
Antiochos espérait réussir là oij Démétrios II avait échoué par trahison, et il avait une raison de plus de reprendre la lutte. On peut croire qu'il avait loyalement l'intention de délivrer son frère : mais il ne pouvait se dissimuler que sa situation, déjà singulière, deviendrait bien délicate quand il aurait accompli ce devoir. Peut-être se disait-il que, une fois les provinces de la Haute-Asie reconquises, le royaume serait assez grand pour que les deux frères en eussent leur part; que Démétrios, gendre du roi des Parthes, pourrait consentir à rester en Orient, lui laissant gouverner la partie occidentale avec Cléopàtre. Mais, à en juger par ce qu'elle fit plus tard, Cléopàtre devait avoir d'autres desseins. Elle qui en était à son troisième mari ne tenait pas à reprendre le mari de Rhodogune, et elle redoutait les entreprises de Démétrios remis en liberté, surtout s'il y réussissait par ses propres moyens, ou avec la connivence de son beau-frère. Ce qu'elle entendait par le délivrer, c'était l'enlever aux Parthes, mais pour s'assurer de sa personne. Le danger qu'elle prévoyait était pressant. Démétrios, avec la complicité d'un certain
Callimandrc, avait déjà fait pour s'rrhappor doux tentatives iiuililcs : la seconde fois, il éluil presque à la frontière de son royaume quand il fut repris et renvoyé de nouveau en Hyreanie, « auprès de sa femme et de ses enfants ». Le roi des Parlhes, maintenant Pliraatc II (Arsace VII), le surveillait plus étroitement que par le passé, mais le ménageait « pour se servir de lui contre son frère Antiochos, selon que le moment ou les chances de la guerre l'exigeraient » '. Il y avait là une menace constante de complications futures, et le plus sûr était de ne pas laisser au Parlhe le choix du moment.
Antiochos VII réunit une armée immense, que les auteurs évaluent à plus de 300.000 hommes, mais encombrée, dit encore Justin, de non-valeurs, cuisiniers, pâtissiers et autres valets, trois fois plus nombreux que les combattants ^. Jean Hyrcan, qui avait trouvé dans le tombeau de David de quoi soudoyer des mercenaires, lui amena un contingent de ses hommes et l'accompagna en Orient. Il était prudent de ne pas laisser l'ethnarque en Judée pendant l'absence du roi. Antiochos emmena aussi avec lui les enfants de son frère, peut-être pour traiter plus facilement avec Démétrios, en tout cas, pour montrer à Phraate qu'il allait combattre aussi au nom de la branche dynastique que le Parthe tenait pour légitime [fj. Si les auteurs n'ont rien exagéré, Antiochos, qui avait pourtant sous les yeux l'exemple d'Alexandre le Grand, eut le tort d'imiter les Darius et les Xerxès et de traîner avec lui des multitudes, là où il fallait une armée compacte et mobile (130 a. C).
Cependant, les débuts de la campagne furent heureux pour les armes syriennes. Phraate II ne pouvait guère compter sur ses vassaux ; ils firent défection dès qu'ils purent entrer en communication avec l'ennemi. « Nombre de rois orientaux vinrent à la rencontre d'Antiochos, se livrant à lui, eux et leurs royaumes, en maudissant l'arrogance des