Ju3tin., XXXIX
ANTIOCHOS Vm SEUL ROI 399
paraît-il, la Victoire en or que le Zeus chryséléphantin de Daphné tenait à la main, et il eut le tort d'aggraver le sacrilège par une plaisanterie, disant « que Zeus lui avait prêté la Victoire ». Quelques jours après, Zeus se sacrifiait sans doute lui-même à la nécessité, car Alexandre essayait d'enlever aussi sa statue, oià il aurait trouvé un poids d'or considérable. Cotte fois, le peuple s'émut : la foule s'attroupa autour du temple, et Alexandre n'eut que le temps de s'enfuir. Décidément, la spoliation des temples était chez les Séleucides, vrais ou faux, une habitude que le succès n'encourageait guère. Abandonné par ses mercenaires, Alexandre tomba aux mains de partisans irréguliers ou « brigands » qui le livrèrent à Antiochos Grypos, et il fut mis à mort par ordre de son compétiteur. Suivant une autre version, il s'empoisonna dès qu'il se vit perdu '. L'homélie édifiante composée sur le sujet par Diodore fournit quelques détails accessoires. Alexandre, décidé à se réfugier en Grèce, voulait emporter les trésors royaux et ceux des temples et s'échapper clandestinement avec tout ce bagage. Surpris en flagrant délit, il s'enfuit à Séleucie ; mais les Séleuciens fermèrent leurs portes au sacrilège, qui, traqué, fut pris au cap Posidéon, oià il espérait s'embarquer, « deux jours après son attentat », et amené au camp d'Antiochos.
§ I Antiochos VIII seul roi (122-116).
Antiochos VIII Grypos était maintenant maître de toute la Syrie (123/2 a. C). Mais le danger le plus redoutable et le moins prévu était pour lui dans sa propre maison. Cléopâtre Théa, qui avait fait disparaître son fils aîné pour
1. Diod., XXXIV-V, 28. Justin., XXXIX, 2, 5-6. Joseph., XIII, 9, 3. Euseb., I, pp. 257-8 Sch. L'aigle kéraunophore des Lagides, qui apparaît sur des monnaies d'Alexandre II, reparaît sur celles d'Antiochos VIII et de Cléopâtre.
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n'avoir point do maître, voulut se défaire également de ce cadet, ù qui l'âge viril et la victoire avaient désappris l'oi)éissanco. Maintenant (|uc le couple royal était au complot, elle sentait qu'elle allait f'tre supplantée et écartée du pouvoir j)ar sa bclle-lille et cousine Tryphaena. Aussi, un jour que Antiochos revenait de l'exercice, elle lui présenta un rafraîchissement empoisonné. Mais Antiochos était sur SOS gardes. Sous prétexte de répondre à la sollicitude maternelle par un pareil élan de piété filiale, il insista pour que sa mère bût la première. Ainsi prise à son propre piège et confondue par un dénonciateur que Antiochos produisit pour abréger le dénouement de cotte tragédie domestique, Cléopâtre but le poison préparé pour son fils (121) *.
Enfin, Antiochos VIII, qui prit alors le titre d'Epiphane, était et se sentait roi. Les populations syriennes jouirent pendant quelques années d'une tranquillité qu'elles ne connaissaient plus depuis longtemps. Les événements les plus mémorables de ces années sans histoire durent être des fôtes comme les bombances populaires aux panégyries de Daphné où Grypos imitait la prodigalité d'Antiochos Vil, ou les bons mots du parasite Apollonios, ou encore des exvoto et présents envoyés aux temples d'Ephèse et de Délos et payés par de belles dédicaces lapidaires oij l'on prodiguait au généreux donateur les titres d'Epiphane, de Philométor et de Gallinicos '.
Le roi de Syrie était trop faible pour profiter des embarras que suscitaient aux Parthes dans TExtrême-Orient les invasions et incursions des hordes scylhiques. Phraate II avait péri en les combattant, trahi au moment décisif par les soldats syro-hellônes qu'il avait cru pouvoir incorporer à son armée après la défaite d'Antiochos YII Sidétès (vers 128/7), et qui vengèrent ainsi les avanies dont ils avaient longtemps
1. Justin., XXXIX, 2, 7-8. C'est le dénouement de la tragédie de Bodogune.
2. Athcn., V, p. 210 d. XII. p. 540 a-b. VI, p. 246 d. Inscriptions dans Le Bas et WaddiDgtoQ, d. 136. BCH., VII, pp. 346-341. Dittenb., OGIS., 238-260.