‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 250 sur 297 · Joseph., XIII · texte numérisé non relu

Joseph., XIII

410 CHAP. XllI. — LE PARTAGE DC ROYAUME

de compte, Ptolémde Lathyros s'installa définitivement à Cypre et se considéra désormais comme un souverain indépendant. C'est là que vinrent le trouver les envoyés de Ptolémaïs, alors assiégée par le j^rand-prêtre el maintenant roi des Juifs, Alexandre Jannée (103).

Comme les royaumes de Syrie, dEgypte, de Gappadoce, de Pont, le nouveau royaume de Judée connaissait maintenant les querelles dynastiques et les princesses prêtes à tout sacrifier à leur ambition. A l'exemple de l'tolémée Evergôte II, Jean flyrcan avait laissé en mourant (104) sa femme « maîtresse de tout », autrement dit, libre de garder le pouvoir ou de lui choisir un successeur parmi ses cinq fils. Sa veuve jugea que le pontificat, qu'elle ne pouvait exercer ellemême, devait suffire à l'aîné, Judas, en grec Aristobule. Celui-ci, mécontent, jeta sa mère en prison et l'y laissa mourir de faim : puis il prit le titre de roi et s'associa son frère puîné Antigone. Les autres furent mis sous bonne garde. Ce titre de roi, délaissé depuis cinq siècles et que Zorobabel n'avait pas voulu rétablir au retour de la captivité de Babylone, paraissait maintenant aux yeux des puritains ou « pharisiens » comme un reniement des prophéties qui annonçaient la renaissance de la royauté, mais dans la personne d'un Messie glorieux issu de la race de David. C'était un emprunt fait aux coutumes des Gentils et une menace pour les libres institutions du peuple de Dieu. Hyrcan, qui avait atîublé ses enfants de noms grecs, était déjà légitimement suspect de philhellénisme. Aristobule fut appelé, malgré qu'il en eût, le Philhellène. Il prêcha cependant le judaïsme à la façon de son père, l'épée à la main. C'est lui qui fit entrer les Galiléens, dûment circoncis, dans la communauté juive. Il évita même de mettre sur ses monnaies son nom grec et le titre de roi. Mais il n'en fut pas plus populaire, et sa biographie s'en ressent. Josèphe concilie de son mieux la tradition nationale, qui ne parlait que de ses crimes, avec le jugement favorable de l'historien Timagène, au gré duquel Aristobule

avait été d'un naturel équitable, très modeste, et un bienfaiteur de son pays. Quoi qu'il en soit, Aristobule reste stigmatisé comme parricide et fratricide. Prêtant l'oreille à des dénonciations calomnieuses et trompé par des machinations perfides dont fut complice la reine elle-même, il fit tuer Antigone dans un couloir obscur de la forteresse oii il avait établi sa résidence. Il n'eut pas le temps d'exterminer sa famille, car il mourut au bout d'un an de règne (104-103), torturé par le remords et chargé des malédictions des fidèles, non pas tant comme tyran que comme hellénisant. Sa femme Salomé, — en grec, Alexandra, — disposant du pouvoir, tira de prison et éleva au trône, en l'épousant, l'aîné des trois fils survivants de Jean Hyrcan, Alexandre dit Jannée [diminutif de Jonathan] (103-76) '.

Alexandre Jannée se hâta d'achever la conquête de la Palestine et mit le siège devant Plolémaïs. Il ne restait plus, pour résister à la puissance envahissante des Juifs, que Gaza et les deux petites villes de Stratonopyrgos et Dora, alors réunies sous la domination d'un petit tyran appelé Zoïle. Ptolémée Lathyros, persuadé, sur la foi des députés ptolémaïtes, que ces cités, et même Sidon, allaient l'aider dans son entreprise, s'embarqua avec 30.000 hommes pour aller débloquer Ptolémaïs. Mais, durant la traversée, pourtant assez courte, il fut informé qu'on ne le recevrait pas dans la place. Le peuple avait changé d'avis : il ne voulait plus s'exposer à avoir chez lui un maître et risquer, par surcroît, une guerre avec la vindicative Cléopâtre (III) d'Egypte. Débarqué un peu plus au sud, à Sycaminos, Ptolémée chercha vainement à entrer en pourparlers avec la ville qui l'avait appelé. Sa présence n'en produisit pas moins l'effet désiré : Alexandre Jannée leva le siège et rentra en Judée. Ptolémée ainsi mystifié se trouva alors assez perplexe. Zoïle et les Gazéens le sup-

1. Joseph., XIII, 11, 1-3; 12, 1. B. Jud., I, 3, i-6. C'est à Timagène que Josèphe emprunte la mention de la conquête d'une partie toO rtlv 'lTOjpa£o)v IOvo'jî, ceat-à-dire, très probablement, de la Galilée (E. Schiircr, I^^, pp. 275-276).

pliaient de leur venir en aide : d'autre part, Alexandre Jannée lui offrait 400 talents, s'il voulait faire disparaître Zoïle et céder à la Judée le domaine du tyran. Ptolémée se tourna du côté du plus offrant : il s'empara de la personne de Zoïle, dont on n'entend plus parler par la suite. Mais il s'aperçut bientôt qu'il était joué. Tout en nég^ociant avec lui, Jannée le dénonçait à Cléopàtre (III) et cherchait à rallumer la guerre entre la mère et le fils. Outré de cette perfidie, Ptolémée alla ravager la Judée, pilla Asochis en Galilée et battit Alexandre à Asophon, sur les bords du Jourdain. S'il en faut croire Josèphe, coutumier de l'hyperbole dans le blanc et le noir, ce fut une horrible tuerie, couronnée par des scènes cannibalesques. Ptolémée aurait fait couper en morceaux des femmes et des enfants et jeter ces membres dans des marmites bouillantes, pour frapper de terreur les survivants en leur faisant croire qu'ils avaient affaire à des anthropophages. Le Lagidc termina cette excursion triomphale en prenant d'assaut Ptolémaïs, qui lui avait témoigné une si injurieuse défiance '.

Tous ces succès éveillèrent les craintes de Cléopàtre (III). Elle voyait déjà Ptolémée Lathyros, ligué avec Antiochos le Cyzicène, marcher sur l'Egypte pour y récupérer son trône. Elle résolut d'occuper le roi d'Antioche en remettant sur pied son rival, et d'aller en personne diriger les opérations contre Lathyros. Elle conclut donc un pacte avec Antiochos Grypos : elle lui envoya des secours et des subsides considérables, et, pour prévenir une entente possible entre lui et Ptolémée, elle lui donna en mariage sa fille Cléopàtre Séléné, la femme qu'elle avait enlevée à Ptolémée ^ Puis, se défiant à bon droit des Alexandrins, elle mit en sûreté dans l'inviolable Asklépiéon de Cos ce qu'elle avait de plus précieux, ses trésors, ses petits enfants, son testament; et elle partit en guerre avec toutes ses forces de terre et de mer, l'armée de terre com-

l.Joseph., XIII, 12, 5.

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