Plut., SulL, 5. Liv., Epil. 70. Appian., Milhrid
assez de loisir pour essayer de rétablir la domination des Séleucides en Judée. L'occasion lui en fut ofTerte par les Juifs eux-mêmes, et, cette fois, non plus par le parti des philhellènes, confondu maintenant avec la coterie des Sadducéens, mais parle parti opposé, celui des Pharisiens, ritualistes qui maintenaient plus âpre que jamais l'intolérance ancestrale. La discorde était dans ce malheureux pays un fléau permanent et incurable. Le roi-pontife Alexandre Jannée, plus préoccupé de conquêtes que de religion, entouré de mercenaires étrangers prêts à le défendre envers et contre tous, était en butte à la haine des pharisiens et ne régnait plus que par la terreur. Insulté dans ses fonctions sacerdotales, il avait riposté par le massacre de 6.000 manifestants. Un échec qu'il éprouva au cours d'une expédition contre Obédas, roi des Nabatéens, rendit courage au peuple exaspéré. Une guerre intestine s'ensuivit, série d'émeutes suscitées par les fanatiques observateurs de la Loi et noyées dans le sang. Ce régime, au dire de Josèphe, dura six ans et coûta la vie à cinquante mille Juifs. Effrayé lui-même de ces tueries, Alexandre fit des avances aux révoltés. « Comme il leur demandait ce qu'ils voulaient, ils lui répondirent d'une seule voix : « Ta mort! » et ils envoyèrent des députés à Démétrios Ak*ros pour solliciter son alliance » *. Par un étrange retour des choses d'ici-bas, c'était le descendant des Machabées qui scandalisait les Juifs par son dédain pour les minuties du rituel mosaïque, et c'était le parti des zélés qui invoquait contre cet hellénisant le secours des infidèles.
Démétrios III saisit au vol cette chance inespérée. Vers Tan 88, il entra en Judée avec une armée de 43.000 hommes et fut accueilli comme un sauveur. Alexandre Jannée fut complètement battu à Sichem, malgré la bravoure de ses mercenaires, qui se firenttuer jusqu'au dernier. Mais bientôt, le sentiment national se retourna contre le vainqueur. Les
1. Joseph., XIII, 13, 5. Pour Josèphe, Démétrios est toujours "Axatoo?.
Juifs qui avaient renforcé l'armée syrienne l'abandonnèrent, et Alexandre, réfugié dans la monlagne, vit grossir autour de lui le nombre de ses partisans. Démétrios comprit que la partie devenait dangereuse pour lui : il se retira, laissant les zélotes les plus compromis aux prises avec leur roi altéré de vengeance. Décimés par des combats meurtriers, les plus tenaces finirent par ôtre enfermés et pris dans la ville de Béthomé. Alexandre « les ramena à Jérusalem, où il les traita avec une cruauté sans pareille. Dans un banquet qu'il donna à la vue de tous, avec ses concubines, il ordonna d'eu crucifier environ huit cents, et, pendant qu'ils vivaient encore, il fit égorger sous leurs yeux leurs enfants et leurs femmes » '. Josèphe excuse encore plus qu'il ne blâme de pareilles fureurs de la part d'un homme qui avait été « poussé à bout » et qui, en frappant des traîtres à la patrie, des complices de l'étranger, ne vengeait pas seulement ses propres injures. Cette exécution procura à Alexandre Jannée douze ans de tranquillité : il « termina son règne en paix ».
Pendant ce temps, Démétrios, au lieu de licencier son armée, eut l'idée de l'utiliser contre son frère Philippe, qu'il allait prendre au dépourvu. Il partit donc de la Judée et se dirigea sur Bérœa en Cyrrhestique, où Philippe avait cherché asile auprès de son allié le tyran Straton. IMiilippe et Straton firent appel à leurs voisins, l'émir arabe Aziz et le satrape parthe de la Mésopotamie, Mithridate Sinakès, qui accoururent à son aide avec de grandes forces. Démétrios, pour avoir cru le succès facile, allait au devant d'un mécompte. Soit qu'il eût congédié par économie ses mercenaires, soit qu'il eût éparpillé ses troupes dans des garnisons, il n'avait plus avec lui qu'une douzaine de mille hommes — en comptant les volontaires que lui fournit Antioche- quand il marcha sur Bérœa et campa sous ses murs. 11 arriva ainsi que d'assiégeant il devint assiégé et fut contraint par le
1. Joseph., XIII, li, 1-2. Bell. Jud., I, 4-5. La ville de Béthomé (?) est inconnue par ailleurs.
manque d'eau de se rendre à discrélion. Les vainqueurs renvoyèrent sans rançon le contingent d'Antioche, amabilité dont Philippe escomptait le bénéfice : puis, après avoir pillé la région, les Arabes se retirèrent, et les Parthes de même, emmenant avec eux Démétrios captif (88/7 a. C.?). C'était le troisième roi séleucide qui tombait ainsi aux mains des Parthes et allait attendre, dans la plus humiliante des postures, le rôle que lui destinerait la politique de son maître. Il fut traité avec les plus grands égards. Mithridate II n'avait pas un intérêt bien évident à prolonger sa détention; mais le Parthe attendit l'occasion de le relâcher, et Démétrios III, le malchanceux cette fois, mourut de maladie en captivité '. La mort d'Antiochos X le Pieux et la captivité de Démétrios III ne laissaient plus en présence que deux survivants des fils d'Antiochos YIII Grypos : Philippe et le plus jeune de tous, Antiochos XII, dit Dionysos. Les enfants d'Antiochos X et leur mère Séléné vivaient dans quelque retraite cachée et ne comptaient plus. Philippe, réconcilié avec Antioche et rentré enfin dans sa capitale % put espérer avoir reconstitué l'unité du royaume : mais, deux Séleucides en vie, c'était assez pour perpétuer la guerre civile. Au grand désappointement de Philippe, Antiochos XII alla prendre le titre de roi à Damas (87?). L'ambition s'était éveillée chez lui dès qu'il apprit la déconfiture de Démétrios, ou même avant, pendant que Philippe était enfermé dans Bérœa. Philippe hésita tout d'abord à attaquer son frère ; mais, celui-ci s'étant mis en campagne contre les Nabatéens, Philippe accourut aussitôt à Damas. La place lui fut livrée par Milésios, qui commandait la garnison laissée dans la citadelle. Un politique plus avisé eiit ou ménagé ou supprimé le traître. Philippe ne fit ni l'un ni l'autre : il offensa Milésios par son ingratitude et lui laissa les moyens de se venger. Aussi,