Strab., XVI, p
tueux sultan ne trouva que (luelqucs uiilIitTs (.riionimes h opposer ù l'enni'Uii : il dut abaiicJonuer vu toute hâte Tigranocerte et se retirer dans la montagne, poursuivi lY'pée dans les reins par L. Muréna. Cette campagne ne fut pour lui qu'une séiie détonnemonts. Quand il eut réuni une armée de 260,000 hommes environ, l'inlatuation lui revint. Sans attendre Mithridate, pour n'avoir pas h partager avec lui l'honneur de la victoire qu'il allait remporter, il marcha sur Tigranocerte, alors assiégée par Lucullus. Quand il aperçut l'armée romaine, il trouva que les Romains « étaient bien nombreux pour des ambassadeurs et bien peu pour des soldats ». Ses généraux se partageaient déjà par avance les dépouilles de l'ennemi. Mais la petite armée romaine, tout muscle et tout acier, vigoureusement entraînée par Lucullus, pénétra comme une lame affilée dans l'amas de chair vivante queTigrane prenait pour une armée invincible. En quelques heures, les dix mille Romains — n'édite^ posteri — avaient fauché cent mille hommes (6 oct. 69 a. C.) '. Tigrane en fuite, éperdu, roulé par la débâcle, alla tomber dans les bras de Mithridate, qu'il n'avait pas voulu attendre et qui le consola de son mieux. Puis, Lucullus prit Tigranocerte, aux acclamations des habitants de toute provenance qu'y avait transplantés de force l'autocrate arménien, maladroit imitateur d'Alexandre le Grand. Lucullus rapatria à ses frais tous ceux, Ilellèncs ou Barbares, qui voulurent retourner dans leur pays natal, et cette ville, improvisée en quelques années, fut déserte en (}uclques jours.
A ce moment, Tigrane n'était déjà plus roi de Syrie. Son vicaire Magadate, qu'il avait appelé à son secours, avait à peine quitté Antioche que le fils aîné d'Antiochos X et de Séléné, Antiochos XIII, y rentrait et prenait possession du trône, avec l'assentiment des Syriens eux-mêmes '. Tigrane
1. Plutarque lui-même {Lucull., 28 j a soin de ne pas garantir cet on-dit (XéyEtai 6s). Les Romains n'auraient eu que cinq morts et cent blessés!
2. 2ûpwv éxdvTMv (Appian., Syr., 49). Ici régne la confusion signalée pluf
vaincu n'était plus pour eux qu'un étranger, substitué par de mauvais patriotes à la dynastie nationale.
A part le voyage de Rome, nous ne savons rien de la première jeunesse d'Antiochos XIII, qui avait alors environ vingt-cinq ans, si ce n'est qu'on l'appelait l'Asiatique parce qu'il avait été élevé en Asie Mineure. Pompée lui reprocha plus tard d'être resté quatorze ans caché dans un recoin de la Cilicie et de n'en être sorti que quand Tigrane fut vaincu par les Romains. De son semblant de règne, nous savons moins encore. LucuUus, qui laissait la Commagène à Antiochos I Epiphane, petit-fils d'Antiochos VIII Grypos, un exvassal de Tigrane, n'avait aucune raison de chasser Antiochos XIII. Il ne l'avait pas appelé, comme le dit Justin, mais il le confirma dans sa souveraineté nominale. Sans autorité effective, le jeune roi n'était pas en mesure de se tailler un rôle dans les graves événements qui se déroulaient autour de lui. Il ne put ni venger sa mère Séléné sur Tigrane, ni profiter des troubles mal connus qui enlevèrent à l'émir nabatéen Arétath la possession de Damas et permirent à un autre Arabe, Sampsigeram, de fonder une dynastie à Emèse, ni utiliser les discordes qui minaient à Jérusalem la puissance tyrannique et impopulaire des Hasmonéens.
La Judée avait goûté quelque repos, après la mort du vieux despote, le « roi » Alexandre Jannée, sous la main virile de la reine mère Salomé-Alexandra (76-67). Mais, avant même que la vieille reine eût fermé les yeux, la guerre civile éclatait, allumée par l'ambition du plus jeune de ses fils, Aristobule II (67-63). Celui-ci, qui avait voulu arracher le sceptre à sa mère, le disputa à plus forte raison à son frère aîné Hyrcan II. Au bout de trois mois de règne, Hyrcan, battu à Jéricho, céda à son frère et la souveraineté et le pon-
haut. Justin (XL, 2, 2) l'appelle Antiochus Cyziceni filius (c'est-à-dire Antiochos X); Appiea, tantôt Avtîo/o; ô 'AvTi6;(o'j toû EûïeSoû; (Syr., 49), c'est-àdire Antiochos Xlli, tantôt - comme Justin - 'Avxfo/ov xôv Ejueêf, {Mithrid., 106), passage qu'il serait aisé de corriger.
tificat, hfiureux de rentrer dans la vie privée avec de bonnes rentes, dont il se proposait de jouir tranquillement. Mais le parti pharisien ne se consola pas aussi aisément de sa déconvenue, et l'àme molle d'Ilyrcan devint un instrument aux mains d'autres ambitieux. L'iduméen Antipater ou Antipas, fils et successeur d'un stratège préposé à la garde de l'Idumée par Alexandre .lannée, conçut le projet de se servir d'Ilyrcan pour détrôner Aristobulc, qui avait à ses yeux le tort de vouloir non seulement régner, mais gouverner. Antipater s'entendit avec l'émir Arétath, qui se chargea, contre la rétrocession de douze villes enlevées aux Arabes par Alexandre Jannée, de réintégrer Ilyrcan sur le trône. Une fois ces dispositions prises, Antipater réussit à décider Hyrcan, qui s'enfuit nuitamment de Jérusalem et alla chercher asile à Pétra. A la première rencontre, Aristobule fut battu par ses adversaires et se vit abandonné du peuple; mais il se barricada avec une poignée d'hommes dans le temple de Jérusalem et y brava longtemps les efforts d'Arétath et d'Hyrcan, si longtemps qu'il fut enfin délivré, comme nous le verrons plus loin, par un auxiliaire inattendu, le Romain M. .Emilius Scaurus, légat de Pompée (65). Toutes ces agitations et intrigues allaient aboutir, en fin de compte, à une nouvelle extension de la puissance romaine, flot envahissant qui allait atteindre la Judée après avoir submergé la Syrie. Les troupes romaines qui achevaient la ruine de Mithridate et l'humiliation de Tigrane n'étaient plus commandées par Lucullus. A ce général doué d'aptitudes éminentes, Romain par la volonté. Grec par la culture, il avait manqué la première qualité d'un chef militaire, l'art de se faire aimer du soldat. Dans sa sévérité, qui eût suffi pourle rendre impopulaire, on sentait percer le dédain transcendant de l'élève de Sylla. On savait de plus que Lucullus n'avait pas mieux réussi à garder la confiance du Sénat, qui le trouvait indocile et compromettant. Une marche pénible à travers les neiges, de Tigranocerte à Artaxata, fit éclater
dans son armée une sédition qui l'obligea à rétrograder (68). Désormais, il était à la merci de ses soldats. Ils consentirent à prendre Nisibe pour s'y installer durant l'hiver; mais, au printemps, ils exigèrent que leur général les ramenât en deçà de l'Riiphrate. En môme temps, des ordres venus de Rome achevèrent de désorganiser l'armée de Lucullus. Le peuple avait décidé {Lex Gabinia) que les soldats amenés en Asie dix-neuf ans auparavant (86) par le marianiste G. Flavius Fimbria pour combattre à la fois Mithridate et Sylla recevraient immédiatement leur congé, et que Lucullus céderait son commandement au consul M'. Acilius Glabrio, envoyé tout exprès en Asie. L'imprudence du parti démocratique, qui reprenait alors à Rome la direction des affaires, et rindiscipline des troupes rendirent à Mithridate toutes les chances perdues. Il en tira si bon parti que bientôt les Romains furent expulsés du Pont et se trouvèrent même hors d'état de protéger leur allié Ariobarzane I de Cappadoce. Lucullus vit défaire son œuvre sous ses yeux, sans pouvoir ni combattre, ni s'éloigner, car son successeur, M'. Acilius Glabrio, s'attardait en Asie Mineure pour ne pas prendre sa part de cette humiliation du nom romain.
Dans l'intervalle, le vent avait tourné à Rome; la loi Maninilia (67), proposée par un tribun de la plèbe et soutenue par l'éloquence de Gicéron, avait abrogé la loi Gabinia et chargé Pompée de continuer la guerre contre Mithridate. Pompée, arrivant en Asie, prit tout de suite l'allure d'un dictateur hautain, affichant un parfait dédain pour les mesures prises et les engagements contractés par son prédécesseur. L'entrevue des deux généraux, qui eut lieu en Galatie, à Danala, fut orageuse (66). Lucullus obéit pourtant : il remit le commandement de ses troupes à l'homme qu'une insolente fortune prédestinait à moissonner partout où les autres avaient semé. Ge qu'avait fait Lucullus allait être oublié : Pompée, généralissime des armées de terre et de mer de la République en Orient, venait recueillir le fruit des victoires de
Sylla, de Muréna et de Lucullus. Celui-ci, parfaitement dégoûté des Quirites et de leur démocratie, retourna en Italie avec 1600 hommes que voulut bien lui laisser Pompée pour l'accompagner au Capilolo le jour du triomphe. Mais ce jour, les démocrates le lui firent attendre trois ans, et la pompe triomphale défila alors au milieu d'un peuple qui ne songeait qu'aux victoires de Pompée,
Pompée aimait à faire grand, et il avait assez de forces sous la main pour que l'audace lui fût permise. Du reste, les circonstances favorisaient comme toujours l'homme heureux. Tigrane, aigri et affaibli par la révolte de son fils ïigrane le Jeune, se défiait de Mithridate, et le roi des Parthes, Phraate III (Arsace XII) était l'allié des Romains, qui lui garantissaient de nouveau sa frontière de l'Euphrate. Phraate se chargea même d'opérer une diversion, en envahissant l'Arménie pour y ramener Tigrane le Jeune, dont il avait fait son gendre. Mithridate, rejeté du Pont sur l'Arménie, proscrit par Tigrane, qui mit sa tète à prix, s'enfuit dans ses possessions du Bosphore Gimmérien. A la fin, Tigrane, assailli par les Romains au moment où il venait de repousser à grandpeine l'invasion des Parthes, perdit courage. Il vint jeter sa tiare aux pieds de Pompée, se prosternant devant lui à la mode barbare, dit Appien, et s'estima heureux de rester, par la grâce du Romain, en possession du trône d'Arménie (66). Pompée donna à Tigrane le Jeune, comme avance d'hoirie, un petit royaume composé de la Sophènc et de la Gordyène, royaume qui fut bientôt- après le châtiment de cet ambitieux - réuni à la Cappadoce '. L'Osrhoène, avec Edesse, fut laissée au prince arabe Ariamne, qui avait su prendre à temps le parti du vainqueur. Après un an passé à guerroyer dans le Caucase pour allonger la liste de ses victoires, six mois consacrés à pacifier l'ancien royaume de Pont et à distribuer des prébendes à une cour de solliciteurs
i. Appian., Milh-id., 105. Dio Cass., XXXVl, 35-36.
plus OU moins couronnés, l'homme qui faisait et défaisait des empires prît le chemin de la Syrie (été 64) '.
La Syrie était alors en pleine anarchie. Les Bédouins, maîtres des forteresses du Liban, comme Sinna, Borama, Gigarta, Botrys, Théouprosopon, et des villes phéniciennes de Bérytos et Byblos, exploitaient les grandes routes, et ces incorrigibles maraudeurs avaient pour émules une quantité de petits despotes, parasites nés de la décomposition sociale qu'accélérait l'absence de gouvernement régulier *. Le malheureux Antiochos XIII n'avait pas gardé longtemps la faveur des gens d'Antioche, qui l'avaient d'abord accueilli comme une sauvegarde contre la menace de l'annexion romaine. Pour avoir été battu dans une rencontre quelconque, il fut aussitôt considéré comme un incapable et il lui fallut réprimer une sédition provoquée par un parti qui ne l'avait toléré jusque-là qu'à regret. Les meneurs s'enfuirent et allèrent chercher en Gilicie le jeune Philippe (II), fils de l'ex-roi Philippe I et petit-fils d'Antiochos VIII Grypos. G'était de nouveau le vieux levain des querelles dynastiques en fermentation, la branche aînée opposée à la branche cadette. Philippe II fut intronisé par l'émir arabe Aziz, — peut-être l'ancien allié de son père : — Antiochos XIII, de son côté, fit appel au dynaste d'Émèse, Sampsicéramos. Mais les deux chefs arabes, au lieu de se combattre, s'entendirent pour trahir leurs clients et se partager l'enjeu de la partie. Antiochos fut fait prisonnier par Sampsicéramos : Philippe échappa à Aziz et se réfugia provisoirement à Antioche ^ 11 dut recevoir son congé des habitants; nous le retrouverons un instant plus loin, prêt à courir les aventures. 11 est possible que Sampsicéramos ait
i. Arrivé à Phasis, Pompée renonça à poursuivre le « gibier royal » : il revint dans le Pont et de là en Syrie. L'année suivante, Mithridate, détrôné par son fils Pharnace, se tue à Panticapée (Th. Reinach, Mithridate Eupator, pp. 398-410).