Michel, 486. Dittenb., ibid
l'apothéose et le culte des rois 467
par les généalogies héroïques qui faisaient la chaîne entre l'une et l'autre. Il y avait môme telles divinités infimes ou grotesques, à demi animales, auxquelles les beaux spécimens de l'humanité pouvaient se comparer avec avantage. En somme, la ligne de démarcation se réduisant à l'immortalilé attribuée aux dieux, on peut dire sans paradoxe que, ce privilège, les hommes dignes de revivre dans le souvenir de leurs semblables l'acquéraient par la commémoration perpétuelle de leur personnalité devenue objet de culte. Cette immortalité-là, les hommes pouvaient la donner; et, à ce point de vue, le propos des Thasiens à Agésilas n'était peut-être pas si sot qu'on l'a voulu dire. C'était presque l'équivalent de la canonisation, qui depuis a assuré aux « Saints » un culte honorifique, laborieusement distingué par nos théologiens du culte dû à Dieu, ou culte de « latrie », par les étiquettes de « dulie » pour les Saints et même d' « hyperdulie « pour la Vierge '. On sentait bien que le titre de dieu pouvait être donné par anticipation à un roi vivant, mais que l'apothéose affirmée par un culte stable devait être réservée aux morts. Antiochos I ne fut SuT/^p ou 'AitôX- Xwv SwTTÎp, honoré par des Swr/îp'.a, qu'après sa mort. Antiochos II fut, dit-on, acclamé « dieu » par les Milésiens, — et ce titre resta son prédicat historique ; — mais il ne fut « le dieu Antiochos », comme son père, que sous le règne de son successeur ^ Dans l'inscription de Séleucie de Piérie, déjà plusieurs fois citée, tous les Séleucides défunts sont dieux, honorés par un culte collectif : le roi vivant Sélcucos
1. La langue ecclésiastique a conservé au mot "Kz^pzia. le sens que lui avait donné Platon {ipoL, 23 c. Pliaedr., 244 e) ; mais le sens religieux de SouXsia ou 5o'j>vta et le superlatif ûi:epSou>>ta lui appartiennent en propre. La canonisation — voire même la béatification — a une autre efHcacité que l'apothéose antique ; celle-ci n'empêchait pas de prier les dieux pou7' {OtJq) les dieux vivants, leurs associés, et on n'attendait guère de protection des morts divinisés.
2. CIG., 313". Michel., 19. Dittenb., OGIS., 229. Inscription de Smyrne, visant TÔ[i TtaTÉpa ayTO'j (SjÎvE'jxo'j) ôeov 'Avxtoyov xal x^^[i |jiT;Tépa x^^^ toû narpàç 6îiv STpaToviv-v (lig. 9). Antiochos I est ô ôcà? xal auT'r.p 'AvxCoyoç (lig. 100). Le roi régnant, Séleucos II, n'est que le ;3aTi>.£Ùî Zélfj-/.oi.
468 CHAP. XVI. — (.OLVF.RNRMKNT ET INSTITUTIONS
IV IMiilo|);it(»i-, tout en nyaiit son iJi't'^lre sp^'cial, est simplement (( le Roi » '. L'association ou assimilation à des divinités déterminées, (|ni avail été ciiiployéc tout d'abord, était une métiiotle de transition qui pouvait paraître à la fois obscure et blaspliématoire (juand elle allait jusqu'à l'identitîcation avec un aspect de la divinité. Quelle était au juste la personnalité bybride d'un Séleucos Zeus Nicator, d'un Antioclios Apollon Soter, ou d'une Aphrodite Stratonicis"?Ge qu'y gatïnait le composant humain était perdu par l'autre. Le procédé ne fut pas oublié, car on le rencontre encore appliqué par les Grecs à Néron Zeus Eleuthérios *; mais l'association — sans confusion — était un moyen plus délicat d'arriver au même but. C'est le genre d'hommage que les Chalcidiens ollVircnt à Flamininus. Leur « Sauveur » eut un culte desservi par un prêtre, et ils mirent sur les principaux édifices de la cité : dédié « à Titus et à Héraclès », dédié « à Titus et à Apollon » *. Le dieu mortel est ainsi comparé, et même préféré, à ses modèles, sans s'absorber en eux ou les absorber en lui.
Cependant, les honneurs décrétés spontanément par les villes grecques à leurs patrons, Séleucides et plus tard Attalides, honneurs variés dans leurs rites et diversement associés aux cultes locaux, ne constituaient pas un culte
1. Dittenb., OGIS., 245, et mieux encore, l'inscription de Téos [ibid., 246), où, de Séleucos I à Démôtrios I, tous les rois (sauf Antioohos ô Méya;) sont 6eo£. Il semble que, en fait, Antiochos III ait estimé son titre de Méya; audessus du titre désormais banal de 0£ùç, et que la postérité ait été de cet avis.
2. On peut douter que la ôsà iltpaxovixT, (iig. 9 soit, dans l'inscription précitée de Smyrne ci-dessus, p. 467, 2), identifiée avec la l-sa-rovixl; 'AfpoSÎTT, (Iig. 11) ; mais c'est bien parce que Aphrodite est comme enrôlée dans la clientèle de Stralonice que son temple est pourvu d'un droit d'asile étendu môme à la ville (OGIS., 228. Tac, A»n., III, 63).
3. Voj'. l'inscription d'Acra'phia?, découverte et publiée par M. HoUeaux (BCH., XII [1888], pp. 5iO-o28. — Discours prononcé par Néron à Corinthe, etc. (Lyon, 188'J). Décret voté sur la proposition d Épaminondas, prêtre des Augustes, en l'honneur de Néron libérateur des Hellènes [Ne'owv] Zeù? 'EXcu6épto; (Iig. 41-49-51). Le nom de Néron a été martelé dans les lignes où il est associé au nom de Zeus.