Polyb., IV
84 CIIAP. m. — ANTIOCHOS 11 THÉOS
Intervenir clans la querelle, c'était encore pour Antiochos une façon do combattre ses propres adversaires. II paraît avoir prudemment attendu que Zia(?las fût victorieux pour venir à la rescousse on déclarant la guerre aux Byzantins. C'est aussitôt après la paix rétablie en liilhynio que Memnon mentionne l'agression d'Antiochos contre Byzance. Ce fut pour le Séleucide une déception de plus. Les lléracléotes, qu'il pouvait croire à bout de ressources, expédièrent quarante trières au secours de Byzance, « et, par leur fait, la guerre n'alla pas plus loin que les menaces ».
En fin'de compte, au bout de sept ou huit ans d'hostilités ondoyantes, dans lesquelles les escarmouches elles surprises remplaçaient les batailles, les deux adversaires songèrent à traiter. Le plus las des deux était Ploléméo : du moins, d'après S. Jérôme, c'est de lui que vinrent les propositions de paix. Il s'apercevait qu'il était en train de perdre par morceaux le protectorat des Cyclades, que lui disputait Anligoue Gonatas, parent et allié d'Antiochos. Sans doute, Antigone était pour le moment inquiété par la révolte de son neveu Alexandre fils de Cratère, qui l'obligeait à reconquérir le Péloponnèse [f ] : mais Ptolémée avait appris à ses dépens qu'Antigone savait poursuivre plus d'une tâche à la fois '. Le Séleucide avait des raisons plus graves encore de se prêter à une transaction. Pendant qu'il s'obstinait, en dépit de ses mécomptes, à reconquérir la Cœlé-Syrie, les provinces d'Exlrome-Oricnt se détachaient de son empire : la Bactrianc ne lui obéissait plus, et la révolte gagnait la région qui sépare la Bactriane de la Médie. Il s'est passé là, entre 256 et 248 environ, des événements considérables dont nous pouvons nous faire une idée approximative, grâce à quelques textes heureusement complétés par des indications numismatiques.
1. Il est presque inutile d'avertir que la concordance entre des dates toutes discutables est des plus problématiques. Lôcart des opinions va de 265 (Droysen) à 245 (de Sanctis)! Je me rallie à ropinion moyenne, qui place la défection d'Alexandre entre 252 et 250.
Abstraction faite des anachronismes et contradictions de détail, les textes de Justin et de Strabon s'accordent suffisamment en ce qui concerne la date et l'auteur de la révolte de la Bactriane (Afghanistan septentrional) *. Ce fut moins un soulèvement national qu'une défection tramée et accomplie par Diodotos ou Théodotos, satrape de la province, vers 250 avant notre ère [f j. Si l'on se met en quctc des motifs, il est aisé d'en trouver de plausibles. On sait que, du vivant môme d'Alexandre, en 325, des vétérans d'origine hellénique, répartis dans les colonies qu'avait fondées le conquérant dans ces régions frontières, avaient songé à revenir en Grèce. Alexandre, qu'ils croyaient perdu dans l'Inde, en était revenu, et les mécontents n'avaient plus osé remuer ; mais, à sa mort (323), ils avaient déserté, au nombre de plus de vingt mille hommes, ces régions maudites où ils étaient comme déportés. Ces insoumis furent exterminés en Médie par ordre de Perdiccas, et, pendant trois quarts de siècle, il n'y eut plus de troubles dans ces Marches où les villes hellénisées avaient besoin de toutes leurs forces pour résister à la poussée des Touraniens. Mais des rancunes couvaient sous la cendre, nourries à la fois par l'orgueil hellénique des descendants des vétérans et le patriotisme bactrien. La Bactriane se vantait d'être la patrie de Zoroastre [Zarathoustra] : elle avait toujours été, sous les Achéménides, une province privilégiée, une sorte d'apanage royal. Un satrape intelligent a pu exploiter ces vieux souvenirs. Le fait est que les rois bactriens sont toujours considérés par les auteurs comme des Hellènes et distingués à ce titre des Macédoniens.
Diodotos choisit pour se proclamer indépendant le moment où Antiochos II était trop engagé dans sa querelle avec Ptolémée II pour pouvoir surveiller l'Extrême-Orient. Cette révolution dut être par conséquent toute pacifique. Il y eut