Justin., XLI, 4. Strab., XI, p
86 r.HAP. m. ANTIOCHOS II THÉOS
là une période de transition durant laquelle Diodotos reconnut la suzeraineté d'Antiochos et se contenta d'une indépendance de lait. C'est ce qu'attestent les premières monnaies bactriennes, frappées avant la défection ouverte, qui sont encore à l'effigie du « roi Antiochos » et portent seulement au revers le Zeus Promachos des Diodolides. A partir de 2o0, Diodotos prit le litre de roi, avec le prédicat de Soter, et substitua son eifigie à celle du Séleucide. Il reste cependant un doute sur l'identité du « roi Diodotos » qui s'arrogea ainsi la pleine souveraineté et qui pourrait ôtre Diodotos II (vers 238). La Sogdiane (Bokhara) au N., la Margiane (Merv) au S.-O. de la Bactriane, durent nécessairement se rallier au nouveau royaume. On dit que Diodotos comptait un millier de villes (?) dans son domaine.
L'ébranlement causé par la défection de la Bactriane eut son contre-coup dans les régions limitrophes. Si l'ambition d'un satrape grec avait pu détacher sans coup férir de l'empire syrien une de ses plus fertiles provinces, cet exemple donné par l'étranger était bien fait pour enhardir ceux qui détestaient le joug de l'étranger lui-même. Ainsi éclata en Astauène, ou Astabène, entre les provinces de Parthie (Khorassan) et d'Ilyrcanie (Mazanderan), une révolte qui allait donner naissance au royaume des Parthes (vers 249 ou 248 a. C).
En raison des divergences qu'offrent les textes anciens, il faut renoncer à savoir au juste qui étaient et d'où venaient les fondateurs de la dynastie des Arsacides, Arsace et Tiridate. La tradition qui paraît la plus ancienne fait d'eux des Scythes qui, à la tète dune bande de nomades Parnes ou Aparnes appartenant à la tribu des Dahes, envahissent la satrapie de Parthyée ou Parthyène et s'en rendent maîtres, après avoir tué le satrape d'Antiochos. Les Arsacides euxmêmes ont contribué à modifier cette tradition, de façon à écarter de leurs origines ce nom mal famé de Scythes et à légitimer leur dynastie. Arsace est ainsi tantôt un Bactrien;
tantôt un Parthe qui est Scythe, mais seulement à la façon de ses compatriotes, c'est-à-dire descendant de Scythes amenés dans le pays par les conquérants assyriens ; tantôt un Perse, descendant des Achéménides *. La rébellion môme d'Arsace et de Tiridate est devenue un acte de légitime défense contre la brutalité lascive du satrape, qu'on appelle tantôt Phéréclès, tantôt x^gathoclès, tantôt Andragoras. On sait qu'Andragoras fut nommé satrape de Parthie par Alexandre ^, et des monnaies de ces régions portent en légende le nom d'Andragoras (ANAPArOPOV) ; mais on ne saurait dire si ces monnaies n'ont pas été frappées par un second Andragoras, celui qu'aurait tué Arsace. En tout cas, le satrape qui battait monnaie à son nom affectait déjà les allures d'un dynaste indépendant, et Arsace ne fit qu'achever le mouvement séparatiste commencé avant lui. D'après les documents cunéiformes, lère des Arsacides a pour point de départ l'automne de Fan 248 avant notre ère, date officielle, fixée après coup et qui ne correspond pas nécessairement à la réalité des faits. Il n'est pas probable que les Parthes aient ainsi conquis d'emblée leur indépendance, et il paraît bien que la dynastie ne fut réellement assise que par le second Arsacide (Tiridate), à la faveur des troubles qui réduisirent à l'impuissance le successeur d'Antiochos II [f ].
Il est prudent d'écarter les versions qui tendent à rattacher les Arsacides aux Achéménides. On voit trop l'intérêt qu'y avait la nouvelle dynastie. D'autre part, il faut se garder d'adjuger tous les « Scythes » et tous les nomades à la race touranienne, sans autre argument qu'un nom dépourvu de toute signification ethnologique. Les Grecs appelaient Scythes tous les peuples du Nord, comme ils appelaient
1. D'après Suidas (s. v. Swttp'.î), les Parthes descendaient de bO.OOO Scythes amenés par Sésostris, roi d'Egypte, soi-disant conquérant de toute l'Asie et de l'Europe. Le nom patronymique, Arsace, est un diminutif d'Artaxerce.
2. Justin., XII, 4, 12. Il faut dire que l'existence d'un premier Andragoras est assez problématique. Il a pu être inventé pour justifier les prétentions du contemporain d'Antiochos II.
Celtes tous ceux de l'Europe centrale et Ethiopiens tous ceux de l'Exlrôme-Sud. Quand môme il serait démontré que les Arsacides étaient des Scythes, on n'aurait pas le droit d'en conclure qu'ils n'étaient pas de race iranienne et ne représentaient que par accident la réaction des mœurs et de la religion de l'Iran contre la conquête gréco-macédonienne. Aucun indice ne permet do constater entre les Parlhes et leurs rois une hétérogénéité quelconque, pas plus qu'entre les Parthes et leurs voisins de Margiane, Bactriane, Sogdiane, tous pays oii le fonds de la population était iranien.
Nous ne sommes guère mieux renseignés sur les faits et gestes du fondateur de la dynastie, que les auteurs confondent souvent avec son frère et successeur. Ces confusions sont d'autant plus difficiles à éviter que tous les Arsacides portaient, en tant que rois, le nom d'Arsace, comme tous les Lagides le nom de Ptolémée. C'est ainsi que Justin fait mourir Arsace I dans un âge avancé, en pleine paix; Ammien Marcellin, dans la force de l'âge ; Arrien (cité par le Syncelle), après un court règne de deux ans, dans une rencontre qui aurait coûté la vie au premier iVrsacide et obligé le second à chercher un asile chez les Scythes. On ne dit pas si ce combat fut livré à des troupes envoyées par le Séleucide, ou si Arsace n'eut pas peut-être à lutter contre des villes hellénisées, comme la populeuse Ilécatompylos, la future capitale, qui ne voulaient pas avoir « le Scythe » pour maître. De ces humbles commencements, si modestes que les Arsacides n'ont pas cru devoir substituer sur leurs monnaies leur ère dynastique à celle des Séleucides, devait sortir la puissante monarchie qui assura l'indépendance de l'Asie centrale en la défendant à la fois contre les nomades du Nord et les conquérants de l'Ouest.
Ainsi l'obstination avec laquelle Antiochos II s'était buté à l'idée de reprendre la Cœlé-Syrie lui avait coûté une bonne partie de ses provinces orientales. La facilité avec laquelle ce démembrement s'était opéré était d'un fâcheux augure
pour l'avenir de la monarchie séleucide. Anliochos le comprit sans doute, car il se hâta de faire la paix avec Plolémée. Cette fois, ce fut bien un traité en forme, et il fut ou parut être tout à l'avantage d'Antiochos. Autant qu'on en peut juger par les faits postérieurs, Ptolémée abandonnait toute prétention sur les villes ioniennes, et il se dessaisissait de ce qu'il avait pu prendre sur les côtes de Cilicie et de Pamphylie. Quant à la Gœlé-Syrie, objet principal du litige, les clauses la concernant sont enveloppées pour nous dans les mystérieuses combinaisons que suppose l'étrange marché proposé par Ptolémée et accepté par Antiochos. Si le Lagide se montrait facile aux concessions, c'est qu'il entendait contracter alliance avec le Séleucide; il lui offrit la main de sa fille Bérénice. Sans doute il avait fait de ce mariage une condition expresse du traité, et il avait dû y attacher des avantages plus capables de séduire Antiochos que les charmes d'une princesse qui avait largement dépassé la trentaine \ Antiochos était marié avec sa sœur Laodice, et de cette union étaient nés des enfants légitimes [f ]. Philadelphe, qui avait épousé sa sœur, la défunte Arsinoé II, ne pouvait trouver irrégulier le ménage royal et prétendre disqualifier les fils de Laodice. Il est difficile cependant de lui prêter d'autre, arrière-pensée que le désir d'introduire la discorde au foyer du Séleucide et d'en profiter. L'appât tendu était la dot promise à Bérénice, dot digne de l'opulence proverbiale de son père, et si magnifique que la princesse égyptienne fut appelée la « porte-dot » (cpcpv/icpopoç). N'y avait-il pas joint une concession qui expliquerait beaucoup mieux qu'Antiochos ait cru tirer de ce mariage un bénéfice évident, incomparable, tel enfin que Laodice elle-même le reconnaîtrait et accepterait à ce prix sa déchéance? C'est faire beaucoup d'honneur à saint Jérôme que de peser et retourner en tous sens chaque mot de son texte ; mais enfin, il y est dit que
1. Elle était fille d'Arsinoé I fille de Lysimaque, répudiée par Philadelphe, au plus tard en 278/7 a. C.
Ptoldmée accompagna sa fille jusqu'à Péluse. 11 semble que Péluse soit à ce moment sa frontière et qu'il considère la Gœlé-Syrie comme ne lui appartenant plus. La cession de cette province, sans cesse revendiquée et convoitée par les Séleucides depuis un siècle et demi, aurait donc été l'irrésistible séduction qui emporta le consentement d'Antiochos 11 comptant sur l'adhésion présumée de Laodice. La Gœlé-Syrie, apanage de Bérénice, serait désormais rattachée aux possessions des Séleucides en la personne de Bérénice, comme une sorte d'État neutre intercalé entre les deux royaumes, qui passerait après elle h ses enfants. Cette théorie spécieuse, ou quelque autre analogue, comme celle qui plus tard fit prélever sur la Cœlé-Syrie la dot de Cléopâtre, fille d'Antiochos III, décida Antiochos II à courir le risque d'oflenser cruellement sa sœur-épouse et de s'aliéner l'atrection de ses enfants.
La vengeance de Laodice.
Ce qui est certain, c'est que le mariage se fit, à une date qui flotte aux environs de 230. 11 n'est pas nécessaire d'admettre, sur la foi de Jérôme, que Antiochos ait formellement répudié Laodice, déclarant « qu'il prenait Bérénice pour reine et gardait Laodice comme concubine » : ainsi que Stratonice sous le règne précédent, Laodice passait au rang de reine douairière, diminuée sans doute, mais non disqualifiée. Si l'on peut se fier à la date maintes fois discutée de l'inscription de Durdurkar en Phrygie, il semble qu'Antiochos II voulut consoler sa chère sœur la reine Laodice en lui décernant les honneurs divins et un culte officiel associé au sien. 11 prodigue à Laodice les éloges et les expressions affectueuses dans cette lettre adressée à Anaximbrotos, satrape ou stratège de Phrygie, pour lui enjoindre d'organiser le nou-