Justin., XXVII
2. B. Haussoullier, in Revue de Philol., XXV [1901], pp. 125-145. = Dittenb., 0 G/S., 227.
Troisième guerre de Syrie ou guerre de Laodice (246-240).
S'il était encore temps de sauver Bérénice, c'est à Antioche que Ptolémée III Évergète devait courir tout d'abord. Nous avons, des opérations qui aboutirent à la prise d'Antioche, une relation écrite par un témoin oculaire, que l'on croit pouvoir attribuer à Ptolémée lui-même ^ Les méfaits ordinaires de l'homonymie, qui rendent toujours contestable l'emplacement d'une Antioche, d'une Séleucie; la correction proposée de elç oXov^ en sic SôXou;; l'attribution possible de la qualité d'àoeXcpr, à Laodice ou à Bérénice : tout cela complique et obscurcit l'exégèse du précieux papyrus, malheureusement assez mutilé. Ce qui est hors de conteste dans ce récit, c'est que le corps de débarquement, parti probablement de Cypre avec « autant de vaisseaux qu'en pouvait contenir le port de Séleucie », ne rencontra de résistance ni à Séleucie, ni à Antioche. Les Egyptiens y furent accueillis avec de grandes démonstrations d'amitié. Ils avaient été rejoints à Séleucie par une escadre (syrienne) d'avant-garde, qui, sous la conduite de Pythagoras et d'Aristoclès, avait fait une randonnée sur la côte de Gilicie et s'était emparée, à Soles ^, avec le concours de la garnison et de la population, d'une somme de 1500 talents que le stratège de Gilicie, Aribaze, s'apprêtait à expédier à la reine Laodice, à Ephèse. Le malheureux stratège avait pris la fuite, mais il ne put rejoindre Laodice : il fut égorgé dans les passes du Taurus et sa tête portée à Antioche. De Séleucie, les équipages débarqués se dirigent sur Antioche. Après avoir relaté les
1. Papyrus de Gourob {Pelr. Pap., II, n. 4o [1893] et III, pp. 335-338), document sur lequel s'accumulent déjà les dissertations (Mahatly, Wilhelm, Kôhler, Th. Reinach, Wilcken, HoUeaux, etc.), publié en dernier lieu par Wilcken, GrundzUge u. Chrestomathie der Fapyvuskicnde, I, 2, pp. 1-7. Leipzig, 1912.
2. sdXoui; xo'Jî [Ki>>ixto]u; (Wilcken); car il y avait aussi Soles en Cypre.
98 CHAP. IV. — SÉLKUCO» Il CALLIMCOS
pourparlers engagés sur le pied de cordialité parfaite avec les autorités locales et l'accueil enthousiaste de la poj)ulalion, le narrateur ajoute : « vers le coucher du soleil, nous allumes en hâte vers la sœur (£'.t£âOo;jlcV ejOécoç r.oô; t^^ àûe)/jy^v) ; après quoi, nous nous occupâmes de mesures utiles, donnant des ordres aux officiers, soldats et autres indigènes et délibérant sur l'ensemble de la situation ; puis, au bout de quelques jours '. . . ». Ici s'arrête le texte papyrologique.
La valeur historique de ce précieux document est incontestable. C'est évidemment un rapport ofliciel , qui a été envoyé à Alexandrie, et dont une copie a été conservée dans une bourgade du Fayoûm. La découverte du supplément qui constitue la col. IV ne permet plus de croire qu'il s'agit d'une lettre privée, écrite par un soldai de l'expédition à sa famille. L'auteur, qui dispose de tels pouvoirs à Antioche, dans des circonstances aussi pressantes, ne peut être qu'un officier supérieur, l'amiral ou uavarque de la flotte, ou, comme on l'a pensé, Ptolémée lui-môme. Mais ce texte pose plus de questions qu'il n'en résout. Polybe, faisant un retour sur le passé à propos des débats qui ont précédé les hostilités entre Antiochos le Grand et Ptolémée Philopator en 219 a. Chr., dit que le roi de Syrie résolut de s'emparer tout d'abord de Séleucie; car « il se trouvait que Séleucie était encore occupée à l'époque par des garnisons dépendant des rois d'Egypte depuis le temps de Ptolémée surnommé Evergète, au moment où celui-ci, vu les malheuis (o-ufjLTrrwjxaTa) de Bérénice et la colère qu'il en ressentit, fit campagne dans les régions de Syrie et s'empara de cette ville ^ ». Il est excessif d'en conclure que Ptolémée, commandant non pas la flotte, mais l'armée de terre, était déjà maître de Séleucie et d'Antioche quand la flotte y arriva. Les mouvements d'une flotte sont en général plus rapides que ceux d'une armée, et la distance est courte de Cypre aux bouches de