‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 53 sur 297 · Polyb., V · texte numérisé non relu

Polyb., V

rOronte. Il est donc probable que la flotte a devancé l'armée; et, au surplus, l'interprétation strictement littérale de l'assertion émise en passant par Polybe est respectée, si c'est Ptolémée lui-même qui entre à Séleucie avec la flotte. Il n'y a point incompatibilité, à plus forte raison contradiction, entre le texte de Polybe et celui du papyrus.

11 se peut que Séleucie eût déjà pris spontanément le parti de Bérénice contre les révolutionnaires d'Antioche, car il semble bien, d'après le papyrus, que l'escadre conduite par Pythagoras et Aristoclès avait été envoyée par Bérénice ellemême ou du moins en son nom ^ Mais nous n'avons ici aucun renseignement sur ce qui s'est passé à Antioche avant l'arrivée des Egyptiens, et nous y rencontrons un détail tout à fait déconcertant : la visite du chef du détachement à « la sœur », c'est-à-dire, — toute autre interprétation est inadmissible % — à la reine Bérénice. Comment le narrateur a-til pu mentionner celle au secours de laquelle toutes les forces égyptiennes se hâtaient sans ajouter un mot sur son sort? Il s'étend avec complaisance sur les acclamations qui l'accueillent et reste muet sur la réception faite par Bérénice à ses sauveurs. Vivante, elle eût été sauvée, en effet; mais tous les auteurs s'accordent à dire qu'elle avait été victime de la révolution provoquée à Antioche par les menées de Laodice, et il n'est plus question par la suite que do venger sa mort. Il est impossible d'admettre que ses libérateurs l'aient trouvée encore en vie ; et alors, que signifie cette mention étrangement laconique d'une visite sur laquelle on n'a rien à dire? C'est pousser un peu loin le soin d'éviter des paroles de mauvais augure, ou bien ce silence cache une ruse de guerre, convenue d'avance entre le rédacteur et le destinataire de l'écrit, peut-être celle dont parle Polyen, le

1. [Ta] i£ (15?) oxâsT, rr,; àôeXaf,? -pàî aÙToù; ôiaTr£[jnj/a[j.f;T,<; (col. I, lig. 23- 24). La leçon le n'est que probable (Wilcken).

2. Ou « la sœur » est la sœur du narrateur, qui serait alors Ptolémée ; ou plutôt, T, àôsVf-r, est un titre protocolaire, synonyme de r, j3affi>viaffa. Pour un Égyptien, la reine est nécessairement la sœur de sou époux.

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dessein de commander, d'expédier des ordres dans les provinces au nom de Bérénice supposée vivante. 11 est douteux que la supercherie ait réussi à tromper le peuple d'Antioche; mais elle a pu s'accréditer au dehors assez longtemps pour être utile [f ].

D'Antiochc, Ptolémée se lança vers l'Orient. Ce fut, paraît-il, une marche triomphale, une prise de possession, sans guerre ni combats, des provinces orientales de l'empire des Séleucides. Pendant ce temps, la flotte égyptienne croisait sur les côtes de l'Asie Mineure, provoquant à la défection les cités maritimes, mais, ce semble, avec peu de succès. Ephèse lui fut livrée par le gouverneur de la ville, Sophron, à la suite d'une intrigue dont Athénée a pris le récit dans Phylarque '. Soupçonné par Laodice et mandé à la cour de Sardes (?), Sophron fut averti du sort qui l'attendait par son ancienne maîtresse Danaé, confidente de Laodice. Danaé paya de sa vie son dévouement : mais Sophron put s'échapper, regagner Ephèse, dont il se hâta d'ouvrir les portes aux Egyptiens. Ptolémée ne s'attarda pas longtemps dans la Haute-Asie. « Il aurait envahi tout le royaume de Séleucos, dit Justin, s'il n'avait été rappelé en Egypte par une sédition domestique ». Quelle espèce de sédition, on ne le dit pas, et il se pourrait que ce fût là un prétexte allégué pour motiver le retour précipité de Ptolémée. Justin convient que le roi n'a pas poussé ses conquêtes (( jusqu'à la Baclriane », comme le dit l'inscription d'Adulis; il est môme douteux qu'il soit allé, de sa personne, plus loin que Babylone ou Séleucie sur le Tigre. Il ne se faisait probablement pas illusion sur la solidité de conquêtes ainsi improvisées. Il songeait moins à supplanter son rival en Orient qu'à ruiner le prestige des Séleucides et à encourager les révoltes qui commençaient alors de ce côté le démembrement de leur empire. Ce qu'il tenait à garder, c'était la Syrie et la région

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