Athen., XIII, p. 593 c
comprise entre le Taurus et la mer : le reste, il rexploita comme une aubaine sans lendemain et revint chargé de butin, satisfait d'avoir vengé sa sœur et enrichi son Trésor (244?) '. Ainsi se termina le premier acte, assez court, de la « Guerre de Laodicc ».
De son côté, Séleucos II, réfugié en Asie Mineure, que Plolémée n'avait pas envahie, et momentanément réduit à l'impuissance, n'était cependant pas resté inactif. Avant d'aller plus loin, il est bon d'avertir que nous entrons ici dans la partie la plus irrémédiablement embrouillée de l'histoire des Séleucides, un véritable maquis d'assertions sans garantie, de thèses et d'hypothèses. Nous n'avons pour nous guider dans un labyrinthe de faits enchevêtrés, tous de lieu et de date problématiques, que trois textes passablement discordants, dont aucun n'est de première main; ceux de Ïrogue-Pompée, de Justin, et de Porphyre résumé par Eusèhe. J'ai étudié ailleurs les systèmes bâtis avec ces textes torturés par des tentatives de correction, diversement découpés et entremêlés par morceaux, à la façon des mosaïques -. C'est une période qu'il faut franchir à vol d'oiseau, en planant à la hauteur d'où l'on ne distingue plus que les grandes lignes de la topographie et de la chronologie, les seules que l'on puisse se flatter de fixer dans une certaine mesure.
Donc, pendant que Ptolémée parcourait la Haute-Asie, Séleucos II réunissait une flotte immense, dit Justin, pour opérer contre les villes qui avaient fait défection. L'historien aSirmait plus haut que toutes les villes grecques avaient fait défection et s'étaient livrées à Ptolémée, avec les navires
1. R. Bevan, The Ilouse of Séleucos, I, p. 190, est d'un avis diamétralement opposé. Pour lui, Ptolémée, ivre de gloire, seems really to hâve contemplated making himself king of Asia as well as of Egypt. He actually intends to govern Iran from Alexandria as a dependency.
2. Trog., Prol, 27. Justin., XXVII, 1-3. Euseb. Arm., I, pp. 231-254 Schône. Voy. A. B.-L., Le reçjne de Séleucus II Callinicus et la critique historique (Revue des Universités du Midi, III [1897], pp. 133-168).
102 CHAP. IV. — SÉLI'LCOS II CALLIMCOS
quelles destinaient ù lu défense de Bérénice. Dans ces conditions, on ne voit pas où et comment Séleucos II eût pu rassembler une flotte, tout le littoral cilicien et syro-phénicicn étant aussi au pouvoir de Ptolémée. Il faut donc que les cités délectionnaires aient été en infime minorité; et, en fait, — nous l'avons dit plus haut, — on ne trouve guère à citer qu'Ephèsc et Magnésie du Sipylc comme passées à l'ennemi. On peut rapporter à cette époque un décret d'ÉrythicB en l'honneur des stratèges qui ont vaillamment protégé leurs concitoyens, « quand la guerre entourait la ville et la région • ». Un peu plus tard. Magnésie du Sipyle, qui tenait d'abord pour l'Egyptien, fait sa paix avec Smyrne, et par conséquent avec le Séleucide, dont les Smyrniotes étaient de fidèles partisans. Ceux-ci avaient montré pour la cause de Séleucos II un véritable dévouement. Ils en avaient été récompensés par les privilèges — liberté, immunité, démocratie — que leur octroya le roi, et par la dignité de « ville sainte et inviolable » (Ispà xal ào-uXo^) qu'il fit conférer à leur cité par l'oracle de Delphes. Dans le préambule du verbeux document qui nous a été conservé, ils font valoir l'affection réciproque, attestée par leur culte d'Aphrodite Stratonicis, du dieu Antiochos et de la déesse Stratonice, qui les unit à la dynastie. Dans cet étalage de sentiments, il n'y a place que pour une brève allusion en style banal aux « nombreux et grands dangers qui ont environné la ville et le pays », et l'indication du moment. Le pacte est conclu entre les deux cités pendant que « le roi est passé outremonts en (Syrie) Séleucide », c'est-à-dire vers l'an 243 '. La flotte de Séleucos, toujours d'après Justin, sombre dans une tempête, et cette catastrophe ramène soudain au malheureux naufragé la sympathie des cités, qui le trouvent assez puni. Revirement étrange, si vraiment Séleucos se pré-