CHAPITRE V
SÉLEUCOS III [KÉRAUNOS] SOTER (226-223).
Séleucos m contre Attale de Pergame : première expédition d'Andromachos (225?). — Séleucos trahi et assassiné en Phrygie par Nicanor et Apatourios. — Achœos réserve la couronne à Antiochos III, frère de Séleucos (223).
L'histoire du court règne de Séleucos III tient en quelques lignes. On nous apprend qu'il échangea en montant sur le trône son nom d'Alexandre contre celui de Séleucos, et que les soldats le surnommèrent Kéraunos, sobriquet remplacé dans les inscriptions par le vocable plus respectueux de Soter. Quant aux données chronologiques, elles sont comme toujours faussées par l'habitude d'éliminer les fractions d'années. La durée du règne est évaluée à deux ou trois ans *.
Pour être peu nombreux, les événements qui remplissent ce court règne n'en sont pas plus faciles à classer. Polybe n'en parle qu'à propos d'autre chose, et, si on l'en croyait, le premier acte de Séleucos III aurait été l'expédition contre Attale, dans laquelle il périt. Il est probable, en effet, que le jeune roi, moins résigné que ne l'avait été son père, songea tout d'abord à reconquérir l'Asie Mineure au N. duTaurus, dont la perte avait mutilé l'empire des Séleu-
1. Euseb. Arm., I, p. 253 Sch. Le titre de Sw-rf.p {CIG., 4458) ne figure pas sur les monnaies; à plus forte raison, le surnom de Keoayvôî. La chronologie est, comme toujours, en désarroi et l'objet de multiples supputations portant sur la conversion des années olympiques [deux, App., Syr., 66; ou trois, Euscbe, Sulp. Sévère, S. Jérôme) en années juliennes.
PREMIÈRE EXPÉDITION d'aNDROMACHOS 121
cides, et les hostilités ont pu commencer dès 226. Mais ici se pose une énigme. Ce n'est pas Andromachos, mais son fils Achaeos, qui accompagne Séleucos dans l'expédition oiî le roi trouva la mort, et l'on apprend par Polybc que, cinq ou six ans plus tard, Andromachos était depuis longtemps détenu à Alexandrie, Ptolémée résistant toujours aux instances d'Achaeos' et des Rhodiens qui le suppliaient de rendre la liberté à son prisonnier '. Gomment Andromachos était-il tombé aux mains de Ptolémée III? Oi^i, quand et à quel propos aurait-il eu à combattre les Egyptiens? Il est facile d'imaginer, difficile de prouver une collaboration active de Ptolémée avec Attale. On ne sait pas davantage quand et à quel propos le régent de Macédoine, Antigone II Doson (depuis 230), a chassé les garnisons égyptiennes de la Carie, peut-être comme allié soit de Séleucos II, soit de Séleucos III -. La solution qui me paraît la meilleure est aussi la plus simple. Andromachos a dû prendre le commandement dans une première campagne dirigée contre Attale. Il y fut vaincu et fait prisonnier. Attale n'était pas cruel ; il n'oubliait pas non plus qu' Andromachos était le frère de sa mère Antiochis ^ Embarrassé de son captif, il a sans doute pris le parti de le confier à la garde du bon Evergète, qui mettait volontiers sous clef les personnages dangereux pour la paix internationale. Tant que vécut Ptolémée III, Andromachos ne sortit pas d'Alexandrie.
Ce fut donc le roi Séleucos en personne qui entreprit une nouvelle campagne, ayant pour lieutenant Achseos et un officier digne de le seconder, nommé Epigène *. Laissant son royaume à la garde d'une sorte de grand-vizir (eixsotwç Im. za. Tîpàypia'ra, irposa-Tw? twv oXwv Tipayii-àTiov) ', Hermias de Carie, il
i. Polyb.,IV, 48, 7; 51.