‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 8 sur 297 · Diod., XVIII, 3. Justin., XIII, 4, 17. Appian., Syr · texte numérisé non relu

Diod., XVIII, 3. Justin., XIII, 4, 17. Appian., Syr

avoir à se défier. Perdiccas le jugea nn^rae plus utile à ses côtés que pourvu d'une satrapie. C'était alors, h l'ùge d'environ In-ute ans, nn homme de belle prestance, d'une grande force physique, dont il avait fait preuve, dit-on, en arrivant dans sa course furieuse un taureau échappé qu'Alexandre allait sacrifier '. Perdiccas ne supposait pas sans doute que dans cet athlète il y eût un ambitieux au caractère tenace et résolu, calme d'ailleurs et prémuni par l'égalité de son humeur contre des fautes où d'autres se laissaient entraîner par l'eiïet d'une fougue irréfléchie. Pendant près de trois ans, Séleucos avait rempli consciencieusement ses fonctions et suivi Perdiccas en Cappadoce, en Pisidie, en Egypte. C'est là que, jugeant le moment venu de secouer le joug, il avait résolument pris sa part de responsabilité dans le meurtre de Perdiccas. A partir de celte époque, Séleucos reste au premier plan de l'histoire des successeurs d'Alexandre.

L'armée d'invasion, réconciliée avec Ptolémée, reprit le chemin de la Syrie, sous la conduite de Pithon et d'xVrrhidaîos ou Arrhabœos, l'olficier qui avait amené en Egypte le corps d'Alexandre. On savait maintenant que le favori et séide de Perdiccas, Eumène de Cardia, avait battu les troupes amenées d'Europe par Cratère, que Cratère lui-môme était resté sur le champ de bataille, et que l'Asie Mineure était presque tout entière au pouvoir d'Eumène. Perdiccas était mort, mais son parti avait retrouvé un chef dans ce Grec que les Macédoniens traitaient de misérable scribe et qui se révélait tout à coup homme de guerre. Il fallait aviser. Les généraux tinrent à Triparadisos, localité située sur le cours de lOrontc ', un congrès où furent convoqués An-

\. Appian., Syr., 57. Suidas, s. v. liXrjxo;. On disait bien aussi que Lysiuiaque avait terrassé un lion {Justin., XV, 3, 7-8).

2. Sur l'emplacement exact, voy. les opinions divergentes de P. Perdrizet (Revue Archéol., \X\ll [1898], pp. 34-39 : pour Riblah) etdeR. Dussaud (iitd., XXXIII ;i898], pp. 113-121 : pour Djousiyé).

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tipatcr et AnliL^onc. Anlipator, (jui avait rallié les troupes de Cratère, était en marche pour secourir Ptolémée : Antigone accourut de Gypre. Le congrès, un instant troublé par les intrigues de la reine Eurydice, confia la régence à Antipater, avec le titre de curateur (sTr'.asl/iTrjc;), et procéda à une nouvelle répartition des satrapies et dignités.

Autant qu'on en peut juger, le principe adopté alors fut de séparer les pouvoirs militaires, concentrés aux mains d'un petit nombre de stratèges, des pouvoirs administratifs délégués aux satrapes. Antipater eut pour lieutenant un chiliarque, qui fut son fils Gassandre; Antigonc fut stratège ou chef de l'armée dans l'Asie en deçà de l'Euphrate, et Pithon fils de Grateuas ', ex-satrape de Médie, stratège des provinces orientales. On n'avait sans doute réglé que par à peu près les rapports hiérarchiques entre les stratèges et les satrapes, et entre les stratèges et le chiliarque. L'anarchie allait sortir de ces remaniements improvisés. Séleucos, qui avait secouru à temps Antipater au cours d'une sédition provoquée par Eurydice ^ reçut la satrapie de Babylonie, occupée avant lui par Archon fils de Glinias et Docimos ^

Le territoire qui lui fut adjugé n'était pas très étendu. Il ne comprenait que la partie inférieure du bassin des deux fleuves, entre la Susiane à l'E., la Mésopotamie au N. et les déserts d'Arabie au S.-O. ; mais Babylone était encore une ville incomparable, au moins par le prestige des souvenirs et l'avantage de sa position moyenne entre l'Occident et l'Orient. G'est là qu'Alexandre avait l'intention de placer la capitale de son empire, projet maintenant abandonné. Los contractants de Triparadisos tenaient si peu à donner un centre à l'empire déjà à demi disloqué que le régent allait

1. A distinguer de Pithon fils d'Agénor, partisan d'Antigone, tué à la bataille de Gaza en 312. L'orthographe du nom (ITôiOuv — nûOwv dans Diodore — ) est la même de part et d'autre.

2. De compte à demi avec Antigone(Arrian., .S^^cc./l^ea;., sa.Polyœn., IV, 6, 4).

3. Diodor., XVII I, 39, 6. La Susiane à Antigène, la Mésopotamie et l'Arbélitide, tout le bassin moyen de l'Euphrate et du Tigre, à .\mphimachos.

emmener les rois en Macédoine et y chercher le repos qui convenait à son grand âge. Ils s'apprêtaient à évincer le dernier et le seul champion du régime unitaire, Eumène de Cardia.

La lutte contre Eumène (.321-316).

De 321 à 318, nous perdons de vue le gouverneur de la Babylonie. C'est le temps où Eumène lutte désespérément contre une coalition qui le traite en étranger et en proscrit, faisant appel contre lui à l'orgueil macédonien et à la trahison. Rien de plus confus que les péripéties de cette lutte mémorable, où, à côté des deux adversaires, s'agite une foule de comparses, ambitieux pour leur propre compte, sans scrupules et sans foi, où les défections interviennent à tout propos pour contrecarrer les combinaisons stratégiques et faire du vainqueur de la veille le vaincu du lendemain. Les hésitations et contradictions des témoignages anciens épaississent encore à nos yeux l'obscurité qui plane sur cette période d'anarchie.

Eumène, reculant devant les forces déployées par Anligone, fut battu en Cappadoce, grâce à la trahison du commandant de sa cavalerie (320). Il se réfugia, avec ce qui lui restait de troupes fidèles, dans la forteresse de Nora, d'où il réussit à s'échapper, après avoir, pendant plus d'un an, résisté aux sommations et déjoué les intrigues d'Antigone. Les Perdiccaniens qui n'avaient pas voulu faire cause commune avec lui — Alcétas, Attale, l'un frère, l'autre beaufrère de Perdiccas, Laomédon de Mitylènc — tombèrent l'un après l'autre, ou sur les champs de bataille ou livrés après leur défaite à Antigone, qui ne faisait point de quartier aux vaincus (319) '. Entre temps (janv. 319), Antipater était

1. C'est vers ce temps que DéuuHrios, fils d'Antigone et de Stratonice fille de Corragos, épouse Phila, fille d'Antipater, alors veuve de Cratère.

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mort, et son successeur, Polyperchon, conseillé par Olympias, la mère d'Alexandre, prit parti pour le défenseur de l'unité de l'empire. Eumène se trouvait ainsi investi de pouvoirs réguliers : avec la flotte qu'il se construisait à la hâte en Phénicie, il comptait tenir tête à Antigone et à Ptolémée. Mais il comptait sans la trahison, qui, partout et toujours, s'attachait à ses pas. Traque en Asie Mineure par Antigone désormais maître de la mer Egée, il fut contraint d'aller, du côté de l'Orient, tenter la fortune avec les nouveaux alliés que le hasard venait de lui susciter.

Au printemps de 318, Pitlion, satrape de Médie et stratèga de toutes les provinces supérieures, c'est-à-dire situées audelà du Tigre, jugea qu'il était temps pour lui de mettre à profit l'anarchie générale et de transformer son commandement militaire en souveraineté. Pithon fils de Crateuas était un ambitieux inquiet, incapable de fixer ses désirs et de viser un but assez longtemps pour y atteindre. Satrape de Médie après la mort d'x\lexandrc, il avait obéi à regret à Perdiccas. En Egypte, il avait donné le signal de la défection et avait été nommé sur place gouverneur général avec Arrhabœos pour collègue. Cette dignité improvisée et mal définie, il n'avait pu la garder. Il était impopulaire parmi les troupes, qui suivent parfois mais méprisent et suspectent toujours les insubordonnés. Il avait donc repris sa satrapie de Médie, et les nécessités de la lutte à soutenir contre Eumène lui avaient valu sa nomination de stratège de la Haute-Asie. Il devait surveiller les satrapes de ces régions et empêcher de ce côté la désorganisation de l'empire. Mais la tranquillité qui régnait au-delà de l'Euphrate ne faisait pas le compte du stratège. Tout à coup, au mépris des conventions passées àTriparadisos, il envahit la Parlhyône, s'empare de la personne du satrape Philippe et le fait mettre à mort; après quoi, il lui donne pour successeur son frère à lui, Eudamos. Cet acte de despotisme brutal provoqua entre les satrapes menacés une coalition dont le satrape de

Perse, Peuceslas, lui rinstigatcur et le chef. Pitlion fut expulsé de la Parlliyèno, et, ne se trouvant plus en sûreté dans sa province de Miidie, il se réfugia îi Babylone, auprès de Sélcucos.

On voit que, toujours prudent et ennemi des résolutions soudaines, Séleucos ne s'était pas joint à la coalition. Peutôtrc aussi sa province n'étail-elle pas comprise dans les « satrapies supérieures » et n'avail-il pas eu à résister aux ouvertures de ses collègues. Il espérait sans doute profiter de toutes ces querelles sans y prendre part. Mais l'agitation provoquée par Pilhon eut des conséquences imprévues. Kumône, qui, après la défaite de la flotte envoyée dans l'IIellespont par Polyperchon et la défection de sa propre flotte, n'espérait plus se mettre en relation par la mer Egée avec la Macédoine et la Grèce, Eumène pensa que les satrapes coalisés s'associeraient volontiers à sa cause. Il eut soin, du reste, de mettre en avant l'autorité des rois légitimes : les satrapes reçurent des lettres royales leur enjoignant « de se soumettre aux ordres d'Eumène et de lui obéir en tout ' ». Parti de Phénicie à la fin de 318, Eumène rallia au passage Amphimachos, satrape de Mésopotamie, et alla hiverner à Carae (Kapwv xoi|j.a',) en Babylonie.

C'est de là sans doute qu'il expédia ses courriers aux satrapes. 11 lit également sonder Séleucos et Pithon par Antigène, commandant des argyraspides et satrape de Susiane, qui, chargé par Antipater de rapporter en Occident les trésors de Suse, s'était attaché, par défiance d'Anligone, k la cause des rois et — provisoirement, du moins — ù la fortune d'Eumène. Séleucos répondit qu'il était prêt à servir la cause des rois, mais qu'il ne consentirait jamais à se soumettre aux ordres d'Eumène, qui avait été condamné à mort par un conseil des Macédoniens -. Après divers pourparlers, Séleucos envoya de son côté un affidé à Antigène et aux

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