Diodor., XIX
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argyraspidcs pour les décider à s'insurger contre Eumène. Séleucos et Antigène avaient des souvenirs communs qui purent être évoques à cette occasion; ils avaient frappé ensemble Perdiccas sur les bords du Nil. Antigène était bien décidé à suivre le conseil de Séleucos, mais plus tard. Pour le moment, il aimait mieux protéger Eumène qu'obéira Antigone. Il fallait bien, dans le conflit engagé, que ses argyraspidcs fussent au service do l'un ou de l'autre.
Au printemps de 317, Eumène s'apprêta à passer le Tigre pour aller rejoindre les satrapes à Suse. Séleucos et Pilhon songèrent un instant à lui disputer le passage : ils rompirent même les digues d'un canal pour inonder son camp, espérant toujours, et jusqu'au dernier moment, provoquer la défection dos argyraspidcs ou donner à Antigone le temps d'arriver. Celui-ci, venu à grandes journées des bords de THellespont, avait fait reposer ses troupes en Mésopotamie ; mais il était encore trop loin et Eumène trop près de Babylone pour que Séleucos pût risquer d'entrer en conflit avoué avec l'armée royale. Eumène était sur la route de Suse quand Antigone, lancé à sa poursuite, arriva à Babylone. Séleucos et Pithon se joignirent à lui, espérant bien avoir pris le parti du plus fort. Quand ils arrivèrent à Suse, Eumène en était parti avec ses alliés; mais les trésors étaient restés dans la citadelle, défondue par une forte garnison. Séleucos, nommé satrape de Susiane par Antigone, resta pour bloquer la citadelle, pendant qu'Antigone se mettait de nouveau à la poursuite de son ennemi.
Battu sur le Copratas, obligé de chercher un refuge en Médie et harcelé au passage par les Gosséens, Antigone fut sauvé par l'indiscipline des satrapes dont Eumène était le chef nominal. Le Gardien ne parvenait à assouplir l'orgueil et à apaiser les rivalités de personnages comme Peucestas et Antigène qu'en tenant conseil avec eux dans un pavillon royal où Irônait la divinité d'Alexandre. Au lieu de marcher sur l'Asie Mineure, qu'ils auraient trouvée sans défense, il
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plut aux satrapes (le tourner du cûlé opposé el d'aller banqueter à Persrpolis, Profilant de ce répit, Anli^one redescendit de la Médie sur la roule; de Persépolis. Repoussé de nouveau après une grande bataille livrée en Para'tacône, il revint îi la charge et réussit enfin, en (îaljicne, non pas à surprendre ni à battre son rival, mais à trouver enlin les traîtres de qui il attendait sa revanche. Eumône fut livré à Anligone par ses propres troupes (316). Le Borgne, n'écoutant que sa vieille rancune, ou, suivant une autre version, cédant à regret aux injonctions de son armée, mit à mort son adversaire; mais il se débarrassa aussi des incorrigibles brouillons qui avaient cru, en trahissant Eumène, satisfaire et éloigner Antigone. Le commandant des argyraspides, Antigène, sans doute l'instigateur de la trahison, fut brûlé vif.
§ ni
La lutte contre Antigone (316-312).
Antigone était maître de toute l'Asie et se sentait de taille à la gouverner. 11 ne lui restait plus que quelques mauvais vouloirs à prévenir et quelques importuns à supprimer. Avant de quitter Ecbatane, où il avait attendu le printemps, il se défit de Pithon, qui s'agitait bruyamment, comme toujours, et oubliait qu'il n'était plus chez lui depuis que son hùte était devenu son maître. Invité à une entrevue qui devait être cordiale, Pithon fut arrêté, jugé et exécuté, à titre d'exemple. Quand Anligone arriva à Suse, après avoir tenu une sorte de cour plénière à Persépolis et réorganisé l'administration des provinces supérieures en partageant les pouvoirs, dans chaque région, entre des satrapes indigènes et des stratèges macédoniens, Séleucos avait réussi à pacifier le pays et à traiter à l'amiable avec le commandant du fort, Xénophilos, qui se déclara prêt à mettre à la disposition d' Antigone les trésors dont il avait la garde. Antigone prit
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l'argent, mais ne se crut pas obligé pour autant de récompenser les loyaux services de Séleucos '. 11 n'entendait pas le laisser à la tète de deux satrapies limitrophes et de deux capitales comme Suseet Babylone. Il nomma donc un satrape de Susiane, et même, pour plus de sûreté, un indigène, Aspisas; puis il prit le chemin de Babylone. Là, il verrait s'il devait laisser en place un auxiliaire aussi respectueux, mais aussi dangereux que Séleucos. Le satrape de Babylone était aimé dans sa province : il n'en fallait pas davantage pour devenir suspect à Antigone, qui ramenait avec lui Peucestas pour des raisons analogues. Peucestas était trop populaire à Persépolis : Antigone l'avait remplacé par Asclépiodore, sous prétexte de lui réserver un emploi plus en vue. Ce qu'il advint de cette promesse, nous l'ignorons : à partir de ce moment, aucun historien ne fait plus mention de Peucestas.
A Babylone, le conflit prévu éclata. Antigone émit la prétention de contrôler les actes du satrape et particulièrement sa gestion financière. Séleucos, à bout de patience et craignant le sort de Pithon, s'enfuit avec une faible escorte et alla demander asile à Ptolémée ^ On raconta plus tard que des prêtres chaldéens avaient dès lors prédit sa fortune, et qu' Antigone, superstitieux une fois en sa vie, fit courir après le fugitif, dont, en somme, il était heureux d'être débarrassé. Après avoir installé un nouveau satrape à Babylone et destitué celui de Mésopotamie, qui avait protégé la fuite de Séleucos, Antigone vint hiverner en Gilicie. Il était alors le plus puissant des généraux d'Alexandre, et, grâce aux trésors trouvés à Ecbatane, à Suse et à Cyinda, le mieux pourvu d'argent. En ce temps oii tout était à vendre, les
1. D'après Diodore (XIX, 46. 48. 56), Antigone avait pris à Ecbatane 5,000 tal. d'argent; à Suse 20,000 tal. Un peu plus tard, il trouva dans le Trésor de Cyinda, 10,000 tal., et il tirait de ses revenus 11,000 tal. par an. 11 aurait donc disposé successivement de la somme fabuleuse de 276 millions de drachmes.