Polyb., V
2. Polybe (XV, 25) impute à Sosibios cinq assassinats : celui de Lysimaque (fils de Ptolémée II et d'Arsinoé 1), de Magas (fils de Ptolémée III et de Bérénice), de Bérénice elle-même, de Cléomènc de Sparte, de la reine Arsinoé III, sœur-épouse de Ptolémée IV. Voy. Histoire des Lagides, I, pp. 288 et suiv.
Sosibios avait cru sans doute que la lutte contre Achaios serait pour Antiochos l'aflaire la plus pressante et le détournerait de toute entreprise contre la Gœlé-Syrie. Il avait fait preuve damabilité envers Achœos en lui rendant enfin son père Andromachos, mais sans contracter d'alliance avec lui. L'Egypte n'avait pas d'intérêt à substituer un roi de Syrie à un autre, mais à rester neutre dans une querelle oii les rivaux, luttant à forces égales, s'affaibliraient l'un par l'autre. La brusque agression d'Antiochos fut donc, pour le gouvernement égyptien, une surprise à laquelle il était mal préparé.
Au début du printemps (219), Antiochos concentra ses troupes à Apamée et élabora en Conseil son plan de campagne. Le médecin Apollophane avait pris, comme donneur d'avis, la place d'Hermias. Comme il était de Séleucie sur rOronte, dit Polybe, qui paraît attribuer au patriotisme local la stratégie sommaire du médecin, il démontra que, avant d'attaquer la Cœlé-Syrie, il fallait être maître chez soi et déloger de Séleucie, le « foyer de la dynastie » pour ainsi dire, la garnison égyptienne qui tenait depuis plus de vingt ans (246-219) les bouches du fleuve. Le Conseil, qui avait d'abord opiné pour la campagne de Cœlé-Syrie, se rallia tout entier à l'avis d' Apollophane ^ Antiochos se contenta donc pour le moment d'envoyer Théodotos Hémiolios s'emparer des défilés qui donnaient accès en Cœlé-Syrie et tourna toutes ses forces contre Séleucie.
La ville, telle que la décrit Polybe, était presque inexpugnable. Couverte au nord par le mont Coryphaeos, dont la séparait une tranchée profonde, garantie du côté de la mer par de hautes falaises et munie de fortes murailles, elle pouvait supporter un long siège. S'y attarder eût été pour Antiochos une souveraine imprudence. Il comptait évidemment sur les intelligences qu' Apollophane était à même
l. Polyb., V, 58.
142 CHAP. VI. — ANTIOCHOS 111 LE GKA.ND
de nouer avec ses compatriotes. Lorsqu'il eut fait occuper le port par la flotte de Diognélos et assis son camp à cinq stades des remparts du côté d'Antioche, il fit ofl'rir de l'argent et de belles promesses aux « épistates de la ville ». Les autorités repoussèrent ses offres, mais il s'entendit mieux avec des officiers subalternes, qui l'engagèrent à donner l'assaut pour leur fournir le prétexte et les moyens d'agir. L'assaut ayant été donné de trois côtés à la fois et le quartier du port étant tombé aux mains des Syriens, les officiers embauchés allèrent aussitôt prier le commandant Léontios de parlementer. Léontios, sans soupçonner la trahison, se rendit. Antiochos ne molesta personne, rappela los exilés, rendit à la ville son autonomie ; mais il eut soin de mettre une bonne garnison dans la citadelle et le port '.
Pendant ce temps, les affaires d'Antiochos allaient au mieux du côté de la Cœlé-Syrie. Là, il n'eut pas besoin d'acheter des traîtres ; ils s'offraient d'eux-mêmes. Théodotos d'Etolie, le môme gouverneur qui l'avait arrêté en 221 au défilé de Brochi et Gerrha, lui proposa par lettre de lui livrer la Cœlé-Syrie. Théodotos avait été mal récompensé de ses services par Ptolémée IV, qui, tout à sa vie crapuleuse, laissait ses favoris Sosibios et Agathoclès gouverner à leur guise. Il avait même dû fuir Alexandrie pour ne pas partager le sort des membres de la famille royale et du roi Cléomène de Sparte, tous assassinés ou réduits au suicide par Sosibios. Enfin, il savait qu'il allait être remplacé et que son successeur, Nicolaos d'Etolie, avait déjà quitté Alexandrie. N'ayant plus qu'un court répit pour prendre ses sûretés, il s'était emparé de Ptolémaïs, et avait donné commission à son ami Panaetolos d'occuper la ville de Tyr. C'est de là qu'il écrivit à Antiochos de se hàler. Le roi remit donc à plus tard la campagne contre Achseos et courut en Cœlé-Syrie.
1. Polyb., V, 59-61. Il y avait à Séleucie GOOO HiJ^too: ou citoyens de plein droit.
Cette fois encore, il prit par la vallée du Marsyas, comptant bien n'être plus arrêté au défilé, qu'avait dû occuper Théodotos Hémiolios. Arrivé à Brochi, il trouva le fort tenu encore par une garnison égyptienne, mais une garnison qui paraissait vouloir rester sur la défensive. Il apprit en outre que Théodotos d'Etolie était assiégé dans Ptolémaïs par Nicolaos. Sans perdre de temps, il laissa le gros équipage pour faire le siège de Brochi et passa outre avec les troupes légères pour dégager Ptolémaïs. Il rencontra plus loin sur sa route, au défilé qui coupe la chaîne du Liban à la hauteur de Béryte, un poste égyptien que Nicolaos y avait envoyé en avant-garde. Antiochos força le passage, et il y fut rejoint par le reste de son armée, qui avait dû lasser assez vite la molle résistance des garnisaires de Brochi. Nicolaos ne l'attendit pas : il se replia vers le sud, pour défendre au moins la Palestine. Accueilli avec allégresse par ses amis Théodotos d'Etolie et Pana^tolos, Antiochos entra à Tyr et à Ptolémaïs, où il prit tout ce qui se trouvait dans les arsenaux, notamment quarante vaisseaux, dont vingt de haut bord. Avec sa flotte ainsi renforcée et une armée pleine d'ardeur, il rêvait de porter la guerre en Egypte ; mais il sut ou on lui fit croire que Ptolémée se préparait à une vigoureuse résistance, que des troupes étaient concentrées à Péluse, les canaux ouverts aux eaux du Nil et les puits d'eau douce comblés le long de la route désertique qui traverse la Casiotide. Il se contenta donc de soumettre l'une après l'autre les villes de Phénicie et de Gœlé-Syrie. L'opération fut assez longue, car, si les petites villes se faisaient humbles, celles qui étaient fortifiées ne cédaient qu'après un siège en forme.
Pour amortir encore davantage l'élan des Syriens et se donner le temps de faire des préparatifs, Sosibios et Agathoclès se mirent à négocier. Ils engagèrent des pourparlers avec Antiochos, et, pour les traîner plus sûrement en longueur, ils envoyèrent des députés aux Bhodiens, aux By-
zantins, aux Gyzicéniens, aux Etoliens, les invitant à s'entremettre pour amener entre les belligérants une paix durable. C'était un moyen infaillible de noyer la question pendante sous des flots d'éloquence diplom.ilicjue. Pendant que les ambassadeurs allaient et venaient et linissaient par tenir une sorte de congrès à Memphis, les mercenaires et aventuriers do lous pays aflluaient à Alexandrie, où ils étaient armés et exercés sous la direction de deux chefs réputés, Polycrate d'Argos et Andromachosd'Aspendos, secondés par une douzaine de condottieri qui amenaient leurs recrues.
Cependant, Antiochos, aux approches de l'hiver (219-218), s'obstinait au siège de Dora, ville cananéenne assise à l'extrême limite de la Phénicie, sur un rocher en saillie dans la mer. La ville, déjà très forte par sa position, était occupée ou fut secourue par Nicolaos; de sorte (jue Antiochos, à bout de patience et pressé de rentrer par crainte des agissements d'Achaeos, consentit à signer avec Ptolémée une trêve de quatre mois, se déclarant disposé à régler à l'amiable toutes les affaires. La Palestine restait tout entière aux mains des Egyptiens.
Le roi laissa des garnisons dans les places reconquises, confia le commandement de la région à Théodotos d'Etolie et reprit le chemin de Séleucie, persuadé que la guerre avec l'Egypte, la phase militaire du moins, était bien finie.
Les négociations se poursuivirent durant l'hiver à Séleucie. Diplomate naïf autant que médiocre général, Antiochos se mit à invoquer son bon droit, fondé sur les conventions de 301. Il ne pouvait mieux entrer dans le plan de Sosibios, qui ne cherchait qu'à gagner du temps. Ce fut une excellente occasion de tourner en controverse et échange de récriminations l'histoire de trois quarts de siècle, sans aboutir à une entente. Les événements récents fournirent aussi un aliment à la discussion. Dans leur zèle pour la paix, les négociateurs égyptiens insistaient pour comprendre Âchaeos dans le traité à intervenir. Sur ce point, Antiochos
CAMPAGNES EN CŒLÉ-SYRIE, MÉDIE ET ASIE MINEURE i4S
ne voulut rien entendre, « trouvant odieux que Ptolémée osât couvrir de sa protection des rebelles et faire des propositions de ce genre » '. On se sépara sans avoir rien conclu, en l'état d'hostilité indécise que laissent des négociations en suspens.
Au printemps de 218, - l'année où Hannibal franchit les Alpes, - Antiochos, sans s'apercevoir encore qu'il était joué, crut bon cependant de reprendre la conquête commencée l'année précédente. Suivant la côte, il reçut à Marathos les hommages des Aradiens, dont Marathos était une dépendance, franchit la frontière de Cœlé-Syrie à ïhéouprosopon et arriva, prenant et brûlant quelques petites places sur le chemin, à Béryte, d'où il envoya son avant-garde, commandée par Nicarchos et Théodotos (Hémiolios?), occuper les défilés que traverse le Lycos (Nahr el Kelb), au nord de Sidon. Lui-même, suivi par sa flotte, qui naviguait de conserve sous les ordres de Diognétos, alla poser son camp sur les bords du Damouras (Nahr Damour), entre Béryte et Sidon, 011 il rejoignit Théodotos et Nicarchos.
Les Egyptiens cependant n'étaient pas restés inactifs. La grande armée n'était pas prête encore : mais Ptolémée avait équipé une flotte de trente vaisseaux pontés et plus de quatre cents vaisseaux de charge, que commandait le navarque Périgène. Elle devait appuyer les opérations des troupes de terre, que commandait Nicolaos. Des approvisionnements considérables avaient été amassés à Gaza. Nicolaos avait hâté sa marche et pris position à Porphyréon, entre Béryte et Sidon, couvert par son avant-garde, qui occupait les défilés de Platanes. Les deux armées se trouvaient donc en présence, ainsi que les deux flottes. Le choc qui eut lieu tourna à l'avantage d' Antiochos. Les troupes syriennes exécutèrent en même temps une attaque de front et un mouvement tournant par les hauteurs du Liban. L'armée égyptienne,