Polyb., Y
Colophon. Puis, Attale remonta vers le nord-est et n'y eut pas moins de succès. Thémistocle, qui commandait dans la région de Mysie pour le compte d'Achaeos, lui livra les places dont il disposait. Attale allait franchir le Macestos, affluent du Rhyndacos, lorsqu'il fut arrêté par le refus d'obéissance que lui signifièrent ses mercenaires gaulois, las de traîner avec eux leurs femmes et leurs enfants dans des marches rapides et fatigantes. Ils donnèrent pour raison ou prirent pour prétexte une éclipse de lune, phénomène qui chez tous les peuples passait pour un mauvais présage et qui survint, d'après les calculs astronomiques, le 1" septembre 218. Attale se trouva fort embarrassé et un peu honteux, lui, le prétendu rempart de l'hellénisme contre les Gaulois, d'avoir soudoyé des Gaulois et d'être obligé de céder à leurs exigences. S'en défaire par quelque guet-apens était un expédient déjà pratiqué ailleurs, mais chanceux et déshonorant; rompre avec eux, c'était risquer de les voir embaucher par Achaeos. Attale prit le parti d'en faire des colons et de les installer sur les bords de l'Hellespont, avec l'agrément plus ou moins sincère des villes, — Lampsaque, Alexandrie de Troade et llion, — à qui il imposait ce dangereux voisinage : après quoi, il rentra à Pergame plus puissant qu'il n'en était sorti *.
Antiochos pouvait être maintenant certain que la guerre contre Attale soutenu par son allié Prusias I de Bithynie suffirait pour occuper Achœos. Sur ce conflit, nous n'avons d'autre renseignement qu'une phrase de Polybe : « Rentré à Sardes, dit-il, Achaeos combattit Attale sans relâche et menaça Prusias : il était la terreur et l'oppresseur de tous
1. Polyb., V, 77-78. Sur l'itinéraire d'Attale dans cette campagne, voy. les opinions divergentes de G. Radet [Rev. d. Univ. du Midi, II [1896] p. 1-18), M. Holleaux {ihid.,\U [1897], p. 409 sqq.), B. Niese (II [1899], p. ;<91), R. Bevan, II [1902], p. 4, G. Cardinali [Rerjn. di Perr/., [1906], pp. 46-48). La principale difficulté gît dans l'identification de plusieurs localités mentionnées par Polybe, et surtout du fleuve Mér/istos, qui, pour Radet, n'est pas le Macestos mais le Kara-Arslan, sur le chemin d'Attale allant au secours de Selge (?).
les habitants de la région en deçà du Taurus » *. Antiochos poursuivit donc la conquête de la CœU'-Syrie. Ses succès de l'année précédente avaient dû décourager la résistance des villes phéniciennes : dans le sud de la Palestine, Gaza ellemême, la ville de tout temps fidèle aux Lagides, paraît avoir été occupée par ses troupes avant l'ouverture de la nouvelle campagne •; il pensait n'avoir plus qu'un grand coup à frapper pour trancher enfin une querelle qui durait depuis trois quarts de siècle. Du reste, il était décidé à envahir l'Egypte, s'il le fallait, pour dicter la paix.
Les deux rois avaient mis sur pied toutes leurs forces. Antiochos avait enrôlé des recrues de toutes les nations de son empire, renforcées de mercenaires hellènes et crétois : ses nouveaux alliés, les Arabes, lui avaient fourni un appoint d'environ dix mille combattants. Son armée comprenait 62.000 fantassins, 6.000 cavaliers et 102 éléphants. L'armée égyptienne ne lui était pas inférieure. Ses 73 éléphants africains ne valaient pas ceux de l'Inde; mais son efi'ectif montait à 75.000 hommes, dont 70.000 d'infanterie. Pour atteindre un aussi formidable effectif, Sosibios avait dérogé à une règle jusque-là invariable; il avait armé 20.000 Egyptiens. De part et d'autre, les troupes étaient exercées à la tactique macédonienne : il est question de phalanges énormes dans l'une et l'autre armée ^ Les deux rivaux partirent à peu près vers le même temps, au printemps 217, l'un de Plolémaïs, l'autre de Péluse. Ptolémée emmenait avec lui sa jeune sœur-épouse Arsinoé (III) *, comme pour attester que, dans cet effort suprême, il jouait le sort de sa dynastie. Antiochos rallia en passant une partie de ses troupes à Gaza, et s'avança avec précaution vers la frontière d'Egypte. II avait dépassé Raphia, la dernière ville syrienne, lorsque l'on