Polyb., XXIII
cipitamment (207). La guerre avec la Bithynie ne fut sans doute glorieuse pour aucun des belligérants. On ne sait môme lequel fut vainqueur à la rencontre de Booscéphales, la seule dont le nom nous soit parvenu. Au bout de deux ans (203), la lutte prit fin par suite de la paix p:énérale signée entre les Romains et Philippe, chacune des parties contractantes y ayant compris ses alliés '.
Cette paix devait être conclue lorsque Antiochos revint en Syrie. Il n'était pas prudent de chercher à rallumer les hostilités pour avoir occasion de spolier le roi de Pergame. Bien que les Romains eussent encore sur les bras leur querelle avec Garthage, le rôle de Irouble-fète avait ses dangers. Du reste, Antiochos n'avait pas de blessures d'amourpropre à panser en Asie Mineure, tandis que le souvenir importun de sa défaite à Raphia jetait une ombre sur sa gloire et que la Gœlé-Syrie manquait toujours à son empire. Le moment était favorable à une entreprise qui refoulerait enfin les Egyptiens en Egypte. Il n'était pas probable que Ptolémée Philopator, abruti par les excès, retrouvât un peu de l'énergie qu'il avait montrée douze ans auparavant. Il était comme un jouet ignoble aux mains d'Agathoclès et d'Agathoclia, le frère et la sœur, qui gouvernaient à sa place et gouvernaient à leur manière, bravant l'opinion publique, au risque de provoquer la révolution du dégoût. Cependant, Antiochos dut peser longtemps le pour et le contre : ce furent les nouvelles arrivées d'Alexandrie au cours de l'année 203 qui le décidèrent enfin à agir. On apprit avec stupéfaction que Ptolémée Philopator et la reine Arsinoé étaient morts, dans des circonstances mystérieuses qui prêtaient à tous les soupçons. Si étrange que paraisse le fait, il est possible que Ptolémée fût déjà mort au cours de l'année 204, et que ses tuteurs ordinaires, Sosibios et Agathoclès, eussent réussi à cacher son décès pour continuer à régner en son
i. Liv., XXVI, 24. XXVII. I, 29-33. XXVIII, o-l. Steph. Byz., s. v. Boôî KeyaXaC. Sur les événements qui suivent, voy. Histoire des Lagides, 1, pp. 331-362.
nom. Justin, qui emploie pour raconter les excès crapuleux dePhilopator les expressions les plus énergiques, assure que sa mort fut « longtemps dissimulée » *. Elle ne pouvait pas l'être indéfiniment. Les favoris du défunt comprenaient qu'ils allaient être balayés par l'indignation populaire, et ils cherchaient à gagner du temps. Par combien de meurtres clandestins et pour combien de temps assurèrent-ils le secret de leurs machinations, on l'ignore. La reine Arsinoé, qui eût été régente, la délaissée qui devait avoir amassé de formidables rancunes contre les intendants des plaisirs du roi, fut naturellement une des victimes sacrifiées à cette nécessité. Un fragment de Polybe retrouvé à l'Escurial nous fait assister à l'étrange mise en scène de la proclamation du nouveau roi, Ptolémée V Epiphane, qui était encore un enfant de quatre ou cinq ans. Sosibios et Agathoclès déclarèrent aux chefs de l'armée que le roi et la reine étaient morts, ce dont témoignaient deux urnes d'argent renfermant leurs cendres, et ils produisirent un faux testament qui leur conférait la tutelle du jeune roi Ptolémée V Epiphane. Polybe s'étend longuement sur les détails : il résulte de son récit que les régents parvinrent à se maintenir longtemps encore et qu'il fallut, pour les renverser, qu'un général populaire prît l'initiative d'une révolution de palais ".
En apprenant la mort de Ptolémée Philopator, Antiochos et Philippe de Macédoine songèrent à se partager les possessions extérieures de l'Egypte et peut-être l'Egypte ellemôme, où les nomes soulevés paraissaient vouloir se détacher du gouvernement central, avec l'espoir d'abattre la dynastie étrangère, représentée alors par un enfant, seul et unique héritier du trône. Ils conclurent entre eux un pacte aussi chanceux que malhonnête, qui ne tarda pas à être éventé et dénoncé à Rome par les Rhodiens. Philippe se réservait l'hégémonie de la mer Egée et la Carie avec Samos :