‹ Histoire des sources du droit canoniqueChapitre 125 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

son édition des fausses décrétales, a conclu de cet ensemble de circonstances que Benoît Lévite n'avait point terminé son livre à Mayence, mais bien dans la France occidentale. On pourrait aller plus loin et se demander si Benoît Lévite n'est pas un personnage imaginaire. L'auteur de la compilation qui porte ce nom et des préfaces qui la précèdent était instruit et lettré; la mission importante que l'archevêque Otgar lui aurait confiée prouverait qu'il jouissait d'une grande considération dans l'église de Mayence, et néanmoins ce nom de Benedictus Levita ne se retrouve dans aucun document. On a donc des motifs de supposer que ce nom est un pseudonyme sous lequel le véritable auteur de la compilation a voulu se cacher. Nous allons trouver, sous le nom d'Angilramne, évêtjue de Metz, un autre recueil évidemment composé en vue du même but que les trois livres attribués à Benoît Lévite, et probablement rédigé dans la même province et par le même auteur. Enfin ces préoccupations disciplinaires se retrouveront exactement dans le recueil des fausses décrétales, composé à la même époque et probablement dans la même région que les capitulaires de Benoît et d'Angilramne. On pourrait donc conjecturer que les trois compilations sont du même auteur sous trois noms différents, ou, plus sûrement encore, qu'elles ont été inspirées par la môme pensée et rédigées pour atteindre le même but. Nous reviendrons sur cette question en parlant du Pseudo-Isidore, ou Fausses Décrétales.

§ 2. — Les Capitula Angilramni.

Les chapitres ou capitulaires d'Angilramne — Capitula Angilramni — sont une petite collection de soixante-onze articles ou chapitres, traitant surtout des accusations contre les évoques et les clercs, qui a clc invoquée par Hincmar, évêque de Laon , contre Ilincraar de Reims *. D'après les indications que donnent quelques manuscrits, ce recueil aurait été remis, en 785, par le pape Adrien à Angilramne, évêque de MelZj qui se trouvait à Rome pour soutenir un procès : quando pro sut negolii causa agebatur. Ces allégations sont manifestement fausses : Angilramne n'a jamais eu de procès à soutenir à Rome ; s'il avait été accusé devant le pape, celui-ci ne lui aurait pas remis un mémoire destiné à le justifier; et, d'ailleurs, le texte même des Capitula prouve qu'ils n'ont pu être remis par un pape à un évêque. Si l'on en croyait des manuscrits plus récents, ce serait, au contraire, Angilramne qui aurait remis ce mémoire au pape Adrien, cette assertion n'a pas plus de fondement historique que la précédente.

Les Capitula Angilramni , au nombre de 71, 72 ou 80^ traitent des accusations contre les clercs et spécialement contre les évoques. On y remarque de notables emprunts aux capitulaires de Benoît Lévite et aux pièces supposées qui se trouvent dans les fausses

1 , La dernière édition a été donnée par Ilinschius, dans ses Décret. Pseudohfdor., p. 757 et s. — V. Ibid.,

p. CLXiii et s. — F. Walter, p. 229 et s.

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