‹ Histoire des sources du droit canoniqueChapitre 132 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

éclairés et les plus impartiaux ont démontré la fausseté de cette attribution et établi que les papes n'ont connu les fausses décrétales que postérieurement à l'époque oii elles ont été invoquées en France ^

On peut logiquement supposer que cette collection a eu pour patrie la contrée où elle a été d'abord citée, c'est-à-dire la France. A l'appui de celte conjecture, on invoque les considérations suivantes. Les manuscrits signalés jusqu'à ce jour ont été écrits en France ; — l'auteur s'est servi de plusieurs textes qui n'étaient alors connus que dans notre pays, tels que les capitulai res de Benoît Lévite, le concile Je Paris de 829, les conciles de Meaux et d'Aix-la-Gliu pelle de 836, la correspondance de saint Boniface, arche vôque de Mayence, la Lex romana Visigothorum , oi il emploie fréquemment des expressions propres à Tempire franc, telles que missi, comités, seniores, etc.

On a pu môme conjecturer que ces fausses décrétales ont été rédigées dans la province ecclésiastique de Reims. Elles paraissent être alléguées pour la première fois, soit par Hincmar de Reims, soit par Wulfad et les autres clercs de cette province, ordonnés par l'archevêque Ebon, — qui avait été condamné à Thionville en 835 et déposé, — lorsque le concile de Soissons délibère sur la validité de leur ordination. On les cite dans l'assemblée *de Quierzy, de 8u7- Hincmar, archevêque de Reims, s'en sert souvent depuis l'an 859 ou même depuis 852, et les pontifes

1 . Hinscliius, p. cciv et s. — Scliroerss, Op. cit. — Le P. Lacroix, Revue des Questions historiques, 1880, t. XXVn, p. 375 et s. — Rocquain,

La Papatdé au moyen tige, ^>. 17 et s. — Le P. de Smedt, I^huiei^ feîigieuses el historiques, kih 187(1 et

romains ne s'y réfèrent pour la première fois que dans le procès de Rothad, évêque de Soissons, qui les avait vraisemblablement produites pour sa défense \ Les attaques dirigées par Tauteur de cette collection contre les chorévêques prouveraient aussi qu'il n'appartenait pas aux provinces où l'on ne se plaignait point de ces évêques ruraux, la métropole deMayence par exemple, mais bien plutôt à la province de Reims, où l'administration des chorévêques Foulque et Richald, après la déposition d'Ebon, avait soulevé de vives réclamations. Tout ce qui a trait à la déposition des évêques dans ces fausses décré taies se raj) porte si exactement à la cause de ce dernier prélat et de son suffragant Rothad, qu'on a pu suppGsOT qu'elles avaient été préparées pour cette grave affaiio, la plus importante, au point de vue canonique, qui se soit produite dans ce siècle.

M. B. Simson a repris récemment et développé un autre système qu'il avait précédemment indiqué*. Il expose, du reste, avec réserve, son opinion qui a été accueillie en France avec plus de faveur qu'en AUemayiie ; nous devons donc en indiquer les traits principaux.

M. Bimson a été vivement frappé de la ressemblance de quelques passages des Acta Pontificum Cenonianensium et aussi des Gesia Aldrici (832-8S6), avec des textes des capitulaires de Benoît Lévite et des fausses décrétales. On remarque les mêmes ten-

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