‹ Histoire des sources du droit canoniqueChapitre 133 sur 323 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dances dans ces écrits; ils sont également hostiles aux chorévêques, et ils réclament également des garanties pour les évêques, mais avec cette différence de doctrine très considérable que les Acta veulent qu'on porte les^ causes épiscopales devant le primat, tandis que le Pseudo-Isidore les réserve toutes au pape.

M. Simson allègue, en outre, certaines ressemblances de style entre ces trois textes. On y supprime souvent les détails pour ne pas fatiguer le lecteur, — propter prolixitatem ; — on y emploie les mots prœfixus (pour prâsdictus)^ scedula, enucleatim, oppido (adverbe), tyrannica poiestas , opiiscuhiniy mater civitatis ecdesia (église épiscopale), etc. Toutefois, M. Simson reconnaît que Benoît Lévite el le Pseudo-Isidore écrivaient plus élégamment que l'auteur des Acta. Sans s'arrêter à ce point, ni aux divergences doctrinales des trois livres, il incline à croire qu'ils sont de la même main et probablement l'œuvre d'un diacre du Mans, nommé Léodald (p. 57).

Ce Léodald serait donc l'auteur des Acta Pontifia cum Cenomanensium , des Gesta Aldrici et des fausses décrétales. On aurait, en outre, exactement les mêmes raisons de lui attribuer les capitulaires de Benoît Lévite, les Capitula Angilramni, les pseudo-canons d'Isaac de Langres, et la revision préparatoire de VHispana, signalée par Maassen.

Une entreprise aussi vaste, témoignant d'une science et d'une imagination peu communes, n'a pu être conçue et exécutée par un seul homme ; aussi on a conjecturé en France que tous ces écrits sortaient d'un atelier de faussaires, établi au Mans, où travail-

laiL ^ un groupe de clercs de Tenlourage immédiat ï< d*Aldric. »

Cette hypothèse ne paraît pas prouvée. On a fabriqué quelques pièces fausses au Mans : on en a inséré dans les Acta Pontificum Cenomanensium, mais fautil en conclure que toutes les pièces apocryphes du IX'' sii^cle ont été fabriquées dans ce diocèse ?

Si Ton devait appliquer ici la maxime is fecit eut prodest, les ennuis causés à Tévêque Aldric, du Mans^ les diflicultés que lui créent ses prétentions sur le monastère de Saint-Galais, pourraient-ils se comparer k k déposition de l'archevêque Ebon de Reims et de Févéque Rothad de Soissons, à la dégradation dont on menaçait tous les clercs ordonnés par ces prélats ^ aux désordres causés par les chorévêques dans cette province de Reims? — Ces dignitaires, ces clercs incarcérés ou dégradés n'étaieùt-ils pas bien autrement intéressés que les Manceaux à défendre, par totis les moyens, leur titre sacerdotal, leur liberté, et même leur vie menacés?

Si Ton veut se placer à un point de vue plus général, ne devra-t-on pas reconnaître qu'à cette époque, des préoccupations de résistance à l'arbitraire se manifestaient plus ou moins vivement dans toutes les églises de France, et que des clercs isolés, appartenant à diverses provinces, ont pu travailler dans le même but, puiser aux mêmes sources, soutenir des doctrines analogues pour combattre les mêmes abus, sans se réunir au Mans sous la direction d' Aldric ?

Tant qu'on n'aura pas répondu à ces questions, on n*aura pas le droit d'affirmer que le diocèse du Mans est lo lieu d'origine des fausses décrétâtes, et les

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