CHAPITRE V
dents, pour faciliter la tâche des évoques et Tobéissance des clercs et des fidèles. Dans les pièces fausses il s'est efforcé de faire prévaloir les règles qui avaient été rappelées assez inutilement par les conciles tenus vers cette époque, à Paris, à Meaux et à Aix-la- Chapelle. Pour atteindre plus sûrement ce but, il a placé ces règles sous le nom vénéré des premiers pontifes romains , procédé assez fréquemment employé au moyen âge, comme on Ta remarqué plus haut. On s'explique sans peine, ajoutent les auteurs dont nous résumons présentement Topinion, qu'à l'époque et dans la province où il écrivait, il se soit beaucoup préoccupé des accusations portées contre les évêques, et qu'il ait cherché à faire prévaloir les règles et les garanties du droit romain sur la procédure arbitraire qu'on suivait alors. S'il cherche à fortifier l'autorité des primats et des patriarches, c'est pour assurer un recours aux évêques contre les sentences iniques et les abus de pouvoir des métropolitains. Il combat, dans la même pensée, la compétence des tribunaux séculiers en ce qui concerne les personnes et les choses ecclésiastiques, les translations d'évêques, l'institution des chorévêques qui usurpaient souvent l'autorité épiscopale et avaient soulevé des plaintes si légitimes dans la province de Reims. Il se préoccupe aussi tout spécialement du maintien des circonscriptions diocésaines et paroissiales et de la conservation des biens ecclésiastiques. Dans les questions dogmatiques, on ne remarque rien de particulier; il ne touche même pas à la seule controverse sérieuse soulevée alors en France par Gotteschalk sur la prédestination et condamnée en 849 par
le concile de Quierzy. Pour radministralion des sacrements, il reproduit presque littéralement les dispositions des conciles de l'époque. En ce qui concerne l'autorité des souverains Pontifes, il expose des doctrines si diverses et même si contradictoires qu'on ne saurait lui attribuer la pensée de faire prévaloir un corps de doctrines nouvelles. On ne peut donc admettre que l'auteur ait eu les préoccupations et les tendances que certains auteurs lui ont prêtées sans motifs sérieux *.
On doit reconnaître avec Phillips, Walter, Hinschius et Roth que les fausses décrétales n'ont pas eu pour but de défendre les prérogatives de la papauté, non contestées à cette époque, et qu'elles ne contiennent aucune règle nouvelle en matière disciplinaire. Mais il est bien difficile de ne pas voir une pensée dominante au milieu des textes accumulés qui forment cette volumineuse collection. C'est la même pensée qui a visiblement inspiré les capitulaires de Benoît Lévite, les Capitula Angilramni^ les Canons d'Isaac de Langres et d'autres écrits de la même époque. La défense des droits des évêques dépossédés de leur siège, soit par la violence, soit môme par la décision d'un concile provincial qui ne pouvait pas toujours délibérer avec indépendance et impartialité, tel est le but principal vers lequel convergent toutes, les théories particulières de l'auteur et la plupart des textes qu'il assemble ou fabrique.
L'état général de l'église de France au milieu des
1. Phillips, IV, 69. — F. Walter, i encore Roih. Pseudo-fsidor, Zeitschr. § 97. — Hinschius, ccxvi et s. — V. | fiir Rechtsgesch., 1865, t. V, p. 9 et s.