Savigny, V
GHAPITHE I.
habiluellement le résumé d'une des grandes divisions du traité qu'il expliquait (summa). Il donnait ensuite lecture du texte, lileram legebat, mesure indispensable pour un auditoire où tous les élèves ne pouvaient se procurer un manuscrit du texte des leçons. Avant les dispositions libérales que prii^enl^ au xill** siècle, rÉglise dans ses conciles et la papauté, les étudiants étaient le plus souvent fort pauvres, et hors d'état d'acheter le décret et les décrc taies dont un exemplaire bien écrit et bien corrigé, sans aucun luxe de minia* tures ou d'enluminures, coûtait une somme qui représenterait environ 1^200 francs de notre monnaie* Au XIII" siècle, les jeunes canonistcs commencèrent à trouver en location ces manuscrits, si coûteux, chez les staiionarii établis près des universités pour louer aux étudiants les livres indispensables» Dans le cours de ce même siècle, des canons de concile et des décret al es assurent des avantages considérables aux élèves des universités. Tous les clercs pourvus de bénéfices qui veulent aller étudier sont dispensés de la résidence et de toute fonction pendant une période de cinq ans, que les évêques peuvent prolonger de deux ans, si le clerc reçoit Tordre du sous-diaconat. Ce privilège qui ne s'appliquait d'abord qu'aux étudiants en théologie, fut généralisé par Boniface VIII, qui voulait assurer à TÉglise des hommes lettrés, — mn liieraii, — dont elle ne pouvait être privée sans grand dommage ^
Après la lecture du texte ou de la lettre — litera^ — qui, au xiii"^ siècle encore, était donnée assez len-
1. C- 5, X, V, 5 (Honor. 111, lâlOj. ^ G, 3t, I, 6, iti \> (Bonil", Vlil, \tm).
tement pour permettre aux élèves de noter les points nsscnliels, le professeur faisait une élude critique du jjassage, particulièrement lorsqu'il expliquait le Décret; il indiquait les meilleures leçons à suivre, les interpolations à écarter : — corrigebat, emendabat literam. Il procédait ensuite à Texposition et explication du texte : — liieram exponebat, declarabat. Dans cette exposition, on s^appliquait, comme Tavait fait Gratien, à relever les antinomies qui pouvaient se rencontrer : — assignare, notare differeniias, contrarietates; — à résoudre ces difficultés et les questions de droit qui s'y rattachaient : — quœstiones solvere; — à exposer les espèces réelles ou fictives qui pouvaient s'y rattacher {çasus) ; — à donner les règles générales qu'on pouvait déduire du passage {brocarda, brocardica) ; — à indiquer les dispositions analogues {allegorùe) *.
Indépendamment des leçons quotidiennes, il y avait chaque semaine des repetitiones où Ton revenait sur les explications avec des détails que ne comportait point la leçon, et des disputationes où chaque étudiant devait, à son tour, répondre à tous ceux qui, d'après les statuts, avaient le droit d'argumenter. Les traités qui résument quelques-unes de ces controverses s'appellent Quœstiones Mercuriales , Venereales , Sabba îhined. Dominicales, du nom du jour de la semaine où se tenaient ces conférences.
Le droit canonique avait pris de tels développements et une si grande importance au xiii° siècle, r[ue les romanistes ou civilistes s'y livrèrent avec ar- «leur. Dès cette époque, on vit des laïques enseigner
I, Savigny, III, 552 et s. — Pliillipps, IV, 165 et s.