CHAPITRE II
étaient si nombreux et si incorrects qu'on entreprit de dresser une sorte d'Erratum général qu'on appela Correctorium. Le premier fut fait en 1226 par la Faculté de théologie de Paris et approuvé par l'archevêque de Sens, d'où il est appelé Correctio Parisiensis ou Senonensis. Ce travail fut très vivement critiqué. Les Dominicains en firent un autre qui fut terminé en 1256 et servit aux plus illustres théologiens de cet Ordre. C/est le Correctorium Dominicanorum. Les Franciscains eurent aussi le leur; mais le plus célèbre est le Correctorium Sorbonicum, ainsi appelé parce qu'il a été surtout connu par un manuscrit conservé dans la bibliothèque de la Sorbonne. On ignore le nom de l'auteur, dont la science et la critique étaient bien supérieures à son temps.
Ces Correctoria ne produisirent pas tout l'effet qu'on en attendait ; ils amenèrent cependant une certaine uniformité dans les manuscrits du xiv° et du xv** siècle, au moins pour les passages importants, et ils concoururent ainsi à l'établissement de cette version qui s'est appelée la Vulgate et a été si souvent imprimée dès le xv° siècle.
Les premiers éditeurs s'étaient peu préoccupés de la correction du texte; la Polyglotte d'Alcala, les bibles de R. Estienne, notamment celle de 1540, furent supérieures aux précédentes impressions; mais elles étaient encore défectueuses sur bien des points.
En déclarant authentique le texte de la Vulgate, les Pères du concile de Trente décidèrent qu'il serait imprimé le plus correctement possible. Aussitôt après la clôture du concile, Pie IV chargea de ce soin une Congrégation de cardinaux. Sous Grégoire XIII et
Sixte-Quint, plusieurs théologiens furent adjoints à cette commission dont les travaux marchaient très lentement. Les meilleurs et plus anciens manuscrits conservés à Rome, en Italie et môme à l'étranger, avaient été réunis et mis à sa disposition. Elle se proposait, en effet, de reconstituer, autant que possible, le texte primitif de saint Jérôme ; en cas de désaccord entre les plus anciens manuscrits, elle voulait recourir aux écrits des Pères et des interprètes les plus autorisés, et enfin aux textes grec et hébreu.
Sixte-Quint revit attentivement le travail de la Congrégation, accepta une partie des corrections, rejeta les autres et remit Texemplaire ainsi corrigé à Aide Manuce, dont le père avait été précédemment placé à la tête de l'imprimerie du Vatican. Cette édition fut rapidement conduite et terminée en 1S90.
Elle souleva aussitôt de très vives critiques; le pape Grégoire XIV s'en émut et il institua une nouvelle Congrégation pour la reviser. Ce travail fut terminé en octobre 1591, peu de jours avant la mort de Grégoire XIV. Clément VIII, élu pape en janvier 1592, fit encore revoir le texte proposé qui fut enfin imprimé avant la fin de cette môme année 1592, sous le même titre que l'édition Sixtine. Cette nouvelle édition, qu'on appelle aujourd'hui Clémentine, est supérieure à la précédente bien qu'elle laisse encore à désirer sur divers points. Il faut reconnaître toutefois qu'aucune publication de texte n'a présenté plus de difficultés et n'a été conduite avec plus de soin.