LEX ROMANA WISI60TH0RUM
Elles ne sont pas à proprement parler des sources de droit romain ; mais comme elles ont été faites pour des sujets romains et qu'elles sont tirées en très grande partie des (309) sources romaines , elles peuvent nous servir, dans une large mesure, à combler les lacunes considérables que présentent celles-ci. A ce point de vue, il est indispensable d'en parler ici (1).
1° Lex romana Wisigothoi^um. — Alaric II fît composer, à l'usage de ses sujets GalM-Romains , un Code formé d'extraits des sources du droit romain. S'il faut en croire Rédaction
de la loi.
le Commonitorium , ce prmce se proposait de faire disparaître les obscurités et les contradictions qui se rencontraient dans ces sources (2) ; mais le principal motif de la codification, celui qu'on ne donne pas, était un peu différent : les sources du droit', que les jurisconsultes de ce temps avaient à consulter, étaient trop nombreuses pour qu'ils pussent bien les connaître ; on se proposa de les réduire , estimant qu'on mettrait ainsi un terme à l'incertitude du droit (3). Le Code, rédigé par une commission de prudentes , c'est-à-dire sans doute de Gallo-Romains , fut approuyé, en l'année 506, par une assemblée d'évêques et de provinciaux élus et confirmé par Alaric. On envoya aux comtes wisigoths des copies authentiques de la nouvelle loi , en les faisant suivre d'un Commonitorium du roi leur enjoignant de ne juger que d'après celle-ci, à l'exclusion de toute autre source du droit (4). L'œuvre d'Alaric ne reçut pas de dénomination officielle ; les écrivains de cette
(1) Voir Brunner, Deulsche Rechtsgeschichle, I, g 49-52.
(2) Commonitorium : quod in legibus videbatur iniquum, meliori dcliberalione corrigimus, ut omnis legum Romanarum et antiqui juris obsfurilas adliitnlis sacerdotibus ac iiobilihus viris in lucem inleltigentiae melioris deducta resplendeat et nihil liabr.alur ambiyuum , unde se diulurna aul diversa Jurgantium impugnet objeclio.
(3) Il se peut qu'Alaric ait été guidé par dos motifs d'ordre politique. Cf. Lœning, Gescliichte des deulsrhen Kirclienrectits, I, 520.
(4) Voir, pour plus de détails sur l'histoire de la confection de ce Code, 8avi;;ny, Geschichte des rœm. Rechls, IP, 37 et suiv.; Uaeuel, Vorrede zur Lex Rom. Wisig., p. v et suiv., xxil et suiv.
époque la qualifient de lex romana (1) ; certains manuscrits font de même ; il y en a d'autres qui l'appellent Liber
Bréviaire dAiaric Icgum OU Libev juTis (2). Le titre de Breviarium Alarici [Alaricianum) qu'on lui donne encore aujourd'hui, concurremment avec celui de lex romana Wisigothorum, remonte au seizième siècle (3).
(810) Les extraits qui composent le Bréviaire d'Alaric sont
Sources de la loi. tirés des trois recueils de constitutions (les Codes Grégorien, Hermogénien etThéodosien), des Novelles, des Institutes de Gains, des Sentences de Paul et des Réponses de Papinien. Ils ne sont pas rangés par ordre de matières et abstraction faite de leurs sources ; chacune des œuvres auxquelles ils ont été empruntés constitue une partie distincte de l'œuvre nouvelle ; il en est ainsi même des Novelles de chaque empereur. L'opposition établie à cette époque entre le jus et les leges (4), se manifeste jusque dans la division matérielle du Bréviaire : les leges, représentées par le Code Théodosien et par les Novelles, précèdent le jus; au contraire, le Code Grégorien et le Code Hermogénien se rattachent au jus (5) et viennent après les livres de Gains et de Paul, moins peut-être parce qu'ils n'étaient à l'origine que des recueils sans caractère ofiBciel que parce que leur objet les faisait classer dans le jus. Le Bréviaire se termine par une réponse de Papinien ; c'est l'unique fragment que l'on ait emprunté aux écrits de ce jurisconsulte; on a jugé, sans doute, que sa grande réputation ne permettait pas de
(1) D'autres recueils d'extraits des sources romaines portent aussi ce titre. Cf. Savigny, op. cit., V, 131 et suiv.
(2) Cf. Haenel, préface, rem. 6; on y trouve encore d'autres dénominations qui figurent sur des manuscrits isolés.
(3) Certains manuscrits qui ne contiennent qu'un abrégé de ce Code qualifient cet abrégé de Breviariiim ; dans un manuscrit de la Lex Romana (Wallerstein = Haenel, 18), c'est l'index- titulorum qui est désigné de la sorte.
(4) Voir ci-dessus, p. 348.
(5) Interprelatio sur Cod. Theod., 1,4, 1 (3) : sed ex his omnibus jurisconsultoribus, ex Gregoriano Hermogeniano Gaio Papiniano et Paulo, quae necessaria causis praesentium temporiim videbantur, elegimus.
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l'exclure de ce recueil, mais que s'il fallait que son nom y figurât, on ne pouvait beaucoup utiliser ses œuvres, car elles étaient peu à la portée des jurisconsultes de ce temps. Les autres parties du Bréviaire sont d'étendue fùrt inégale. Le Code Théodosien y occupe la place la plus considérable ; parmi les écrits des jurisconsultes , ce sont les Serttentiae (1) qui l'emportent en étendue ; on n'a reproduit qu'une très faible partie du Code Grégorien ; quant au Code Hermogénien, il n'a fourni que deux constitutions. Les auteurs du Bréviaire ne voulurent extraire des sources du droit que les dispositions applicables en pratique (2). Ils ne songèrent pas à innover ; ils n'eurent aucune préoccupation théorique , aucun souci de l'enseignement du droit.
Les commissaires d'Alaric n'étaient chargés que de choisir les textes qui devaient composer la lex romana; ils n'avaient pas reçu l'autorisation de les modifier (3). Ils suivirent fidèlement les instructions qu'ils avaient reçues; on peut s'en convaincre en comparant leur recueil aux autres sources du droit romain qui nous ont transmis les mêmes textes. Ils poussèrent même le scrupule jusqu'à reproduire (3ii) intégralement des constitutions dont une partie était tombée en désuétude ou avait été abrogée (4) ; ils se bornaient
(1) Celles-ci sont précédées de l'observation suivante : Corpori huic convenu a.dnecli quae in Theodosiano pro dirimendis litibus non inveiiiuntur inserla. De ce que ces mots manquent dans une catégorie de manuscrits (le ms. de Paris, 4403 = Haenel, n. 12, les donne, quoique Haenel dise le contraire), ce n'est pas une raison pour les exclure de la Lex Romana.
(2) En dehors du Commonilorium et de la remarque qui précède, cf. l'inlerpretatio sur le Cod. Theod., 1, 4, 1 (3), in fine : quae necessaria causis praesenlium temporicm. videbantur, elegimus; voir, pour plus do détails, Fitting, Zeilschrifl fur Rechtsgeschichle, XI, 227.
(3) Communilorium. : haec quae excerpta sunl ; cf. l'adresse : leges sive species... eleclae, et la suscription : codicem de Theodosiani legibus atque sentenliis juris vel diversis libris eloclum; Cod. Theod., 1 , 4, 1 (3), Interpret. : ex his... elegimus.
(4) Cod. Theod., 3, 5, 2. 4, 12 (14), 1 ; Nov. Valent. 10 (31); Nov. Maior., 1 (7). Dérogations à cotte règle générale, Cod. Theod., 2, 10, 3 (G). 4,4,7. 16, 2, 1 (IG, 7, 3): Nov. Maior., 2 (11); la mutilation do la constitution du Cod. Theod., 2, l'J, G, n'est pas prouvée.
en pareil cas à constater dans une interpretatio le fait de la désuétude ou de l'abrogation. Quelques sentences de Paul ont été abrégées et on les a altérées en les abrégeant ; le texte primitif en est même quelquefois interpolé; mais on ne saurait dire au juste si c'est la faute de la commission ou si cela tient au mauvais état des manuscrits qu'elle avait à sa disposition (1). Quant à la forme sous laquelle le Bréviaire donne les Institutes de Gains, on ne pourra se l'expliquer qu'après ce que nous allons dire des interpretationes ajoutées aux textes et de leur origine. Chaque constitution, chaque sententia est accompagnée Interpretatio. d'une addition appelée Interpretatio , reproduisant en d'autres termes la disposition contenue au texte , la résumant d'ordinaire , quelquefois au contraire (par exemple pour les Sentences) développant la règle formulée au texte d'une manière nette et concise. Lorsque le fragment , constitution ou sentence , n'? pas besoin d'être expliqué, on se contente de le dire dans V interpretatio. L'origine de cette interpretatio a donné lieu à des difficultés. On y voyait jusqu'ici une œuvre originale des commissaires d'Alaric (2). A l'appui de cette manière de voir, on citait certaines remarques de Y interpretatio , dont les unes ont trait à la forme de la lex romana (3), dont les autres se réfèrent aux changements qu'ont subis les règles romaines dans le royaume des Wisigoths, surtout par suite de l'institution de nouveaux fonctionnaires de l'ordre administratif et de l'ordre judiciaire (4). On pouvait aussi invoquer dans le même sens le Commonitorium , qui fait évidemment allusion à V Interpretatio dans la phrase suivante : haec quae excerpta sunt vel clariori interprétations
(1) Cf. la préface de mon édition de Paul dans la Collectio, II, 41 et suiv.
(2) Savigny, Geschichte des rœm. Rechts im Miltelalter, II», 54 et suiv.
(3) Interpr. sur le God. Theod., 5, 1, 7 : similis est haec lex superiori, sed quia evidentior est, et istam inseruimus. Cf. Interpr. sur Gregor., 2, 1 et Heriuog., 1, 1.
(4) Cf. Haenel, préface, rem. 37. 38.
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composita et dans l'inscription : leges sive species... electae et sicut praeceptum est ex plana tae ; Yinterpretatio est donc opposée aux extraits qui constituent le texte, chose qui ne se comprendrait pas si Yinterpretatio était elle-même composée d'extraits (1). Mais, dans ces derniers temps, on a trouvé des données sûres qui permettent de se rendre compte de (3i2) la formation de ces interpretationes (2). Les scolies du Vatican sur le Code Théodosien et les travaux du même genre d'origine orientale (3), ont prouvé qu'il y existait au cinquième siècle des sommaires tout à fait semblables. Certains manuscrits de la lex romana contiennent des mterpretationes de constitutions et de sentences tirées des sources originales et qui sont analogues aux interpretationes du Bréviaire (4). Si l'on ajoute qu'il y a des ressemblances entre la Consultatio (5), la leœ romana Burgundionum (6). VEdictum Theoderici (7) , et les interpretationes contenues dans le code wisigothique , on ne saurait douter que l'on ait puisé pour composer ces œuvres à une source commune (8).
(1) Degenkolb, Kritisch. Vierteljahrschrift fur Gesetzgebung und Rechlswissenschaft, XIV (1872), p. 520.
(2) Bluhme, Préface de la Lex Rom. Burgundionum [Monumenta Germaniae hislorica, Leges, III, 580); Dernburg , Die Inslitutioiien des Gajus, p. 120, 1 ; Fitting, op. cit., p. 228 et suiv.; cf. Haenel, préface de son édition de la Lex Romana, p. xv. — Degenkolb se prononce en sens contraire, op. cit.
(4) Il en est ainsi des compléments du Cod. Theod., 1, 2, 9. 1, 16, 13. 2, 7, 2. 3, 12, 1. 4, 8, 8. 4, 10, 2. 3. 4, 11, 1-3. 6-8. 4, 13, 2; Paul, 1, 1, 5. 1, 7, 4. 5, 4, 15; cf. le passage intercalé à la suite do Paul, 4, 7, 19 (p. 101 do mon édition, ligne 26).
(5) Ci-dessus, p. 410, n. 1.
(6) Lex Romnna Burg., éd. Barkow, p. XLiv. XLViii.
(7) Cf. Ediclum Theoderici, c. 5. 14. 18. 20. 26-28. 42. 54. 77. 117. 120. 122. 134. 152.
(8) On a donné une autre preuve do l'emploi de ces interprétations de date antérieure; c'est qu'on trouve les mots et cetera à la fin de Vintcrprelatio d'une loi du Cod. Theod., 2, 18, 1 ; comme cette constitution n'est certainement pas complète, cette observation prouve que Vinterpretatio est, elle aussi, abrégée. Mais il n'est pas sur que les manuscrits renferment les mots cl cetera (le silence trilaonol sur ce point no tiro pas à conséquonco,
youncKS DU Dnoir noMAiN. '27
hHnterpretatio ne se borne pas, d'ailleurs, à une simple paraphrase du texte ; on y trouve quelquefois des définitions de l'institution juridique dont il est question au texte (1) ou des références à d'autres lois (2). Il y a même certaines de ces références qui ne sont pas en harmonie avec le contenu de la lex Romana ; en effet, elles se rapportent à des textes qui ne figurent pas dans celle-ci, quelquefois même à des écrits auxquels les commissaires d'Alaric n'ont fait aucun emprunt (3). Raison de plus pour penser que V Interpretatio a été tirée de travaux antérieurs. Une (313) autre observation confirme encore cette opinion : à la suite de certaines constitutions du Code Théodosien , on lit la remarque qu'il faut joindre au texte des éclaircissements tirés du jus (sans indication plus précise) (4). Une fois même, on a laissé subsister la remarque , après avoir fait l'addition nécessaire (5). Ces particularités que l'on observe dans Y biterpretatio , sont caractéristiques de l'enseignement du droit et font supposer que V interpretatio a son origine dans les écoles où se donnait cet enseignement. Les compilateurs auxquels on doit la lex Romana , ne les ont conservées dans ce Code que jiar pure négligence (6). L'abrégé des Instilutes de Gaius diffère des autres par-
cf. Degenkolb, op. cit., p, 553, 1); et à supposer que cette leçon fût bien établie, elle pourrait résulter d'une simple erreur du scribe.
(1) Par exemple Cod. Theod., 1, 2, 3 (5). 2, 12, 7. 2, 15, 1. 3, 2, 1. 8, 5 (12), 1. 10, 5, 1 (10, 10, 2); Paul, 1, 2, 1. 1, 7, 2.
(2) Par exemple Cod. Theod., 4, 6, 2; Nov. Theod., 7. l ; Nov. Valent., 8.
(3) Les interprelationes sur le Cod. Theod., 3, 13, 2. 3, 16, 2, se réfèrent, à propos des rétentions exercées sur la dot, aux Pauli Sententiae sub titulo de dotibus et aux Pauli Responsa sub titulo de re uxoria; des constitutions qui ne figurent pas dans la Lex Romana sont citées sous les textes suivants, Cod. Theod., 1, 4. 1 (3). 4, 4, 1 ; Greg., 2, 1 (2, 3, 1).
(4) Sur le Cod. Theod., 2, 4, 1. 6. 2, 21 , 2. 5, 1, 1. 3. 6, 1 (5), 2. A propos d'une autre loi, Cod. Theod., 8, 6, 1 (8, 13, 2), on se contente de dire, comme à propos des 1. 3, 13 , 2, et 3, 16, 2 (note 3), qu'il faut se référer au jus.
(5) Sur le Cod. Theod., 9, 29 (39), 3.
(6) Voir cependant, Fitting, p. 239 et suiv. Fitting se prononce avec raison contre l'opinion de Degenkolb, p. 528 et suiv., qui voit dans ces remarques des gloses de date postérieure.
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ties de la lex Romana , en ce que le texte et Vinterpretatio n'y sont pas distincts; le texte a disparu, Vinterpretatio a pris sa place (1). Ce changement de méthode se comprend sans peine si l'on admet que l'œuvre même de Gains ne ub^r cau. servait plus à l'enseignement; on l'avait remaniée pour l'école et c'est sous cette forme nouvelle qu'elle passa, par voie d'extrait , dans la lex Romana ; comme les Institutes elles-mêmes, le liber Gaii avait été écrit d'un seul trait; il se prêtait mal à la division en paragraphes. L'examen intrinsèque de l'abrégé wisigothique de Gaius démontre qu'il a été composé à l'aide d'un remaniement antérieur à la lex Romana (2). La division du Gaius originaire en quatre livres y est abandonnée ; le quatrième livre manque ; le deuxième et le troisième réunis ensemble ont formé le deuxième livre de l'abrégé (3). Rien ne fait supposer que cet abrégé ait été connu en Orient (4). (3i4)
(1) La meilleure édition du Gaius wisigothique est celle de Boecking, Corpus juris Romani Antejusliniani I, pars altéra.
(2) C'est ainsi qu'on peut tirer argument des particularités suivantes : substitution de l'affranchissement an/e consulem à la manumissio vindicta,
1, 1, 1. 4. 1, 2, 1 (Fitting, op. cit., p. 329, qui est hésitant); oubli des changements nécessaires, par exemple 2, 3, 3 (cf. 1,6, 3); renvois à des additions encore à faire, 2, G {hic de Pauli sentenliis addendum), 2, 9, 4 (exponendum hic quid sit donum), du même genre que les additions dont nous avons parlé ci-dessus, p. 418, n. 4 (les derniers éditeurs ont maladroitement supprimé ces remarques). Fitting appelle l'attention (p. 327) sur l'emploi du mot nam dans les 1. 1, 5, 2. 2, 8, 7, quoiqu'il n'y ait aucun rapport de causalité justifiant l'emploi de ce mot ; il voit là un indice de coupures maladroites; mais nam est employé ici pour sed, comme dans les lois 1,2, 1-4.
2, 4, 3, sans qu'il y ait aucun rapport de causalité.
(3) Les manuscrits ne contiennent, il est vrai, aucune division en livres; on n'y trouve qu'une division en titres ; mais la division primitive en livres apparaît cependant : à partir du huitième titre, au moins dans une classe de manuscrits, il y a une nouvelle série de titres avec un numérotage différent ; c'est là juslemcnt que se trouvent les extraits du livre 2 do l'original.
(4) Cf. Dcgonkolb, op. cil., p. 520, et ci-dessous, p. 407. On a émis des conjectures diverses sur la provenance du travail utilisé par les compilatours de la Lex liomana : il aurait été fait on Italie, d'après Dernburg, p. 124; à Romo, d'après Fitting, p. 335 (ces doux autours se basent sur la mention de raCTranchissemont devant les consuls, n. 2 suprà) ; dans une province, d'après Forrini, La glossn torincse dellc Islituzioni, p. 3, rem. l (lieudiconti del r. Islilulo lombardo, p. ii, vol. XVII, fasc. xvi). Dernburg, p. 128, remarquant
L'abrégé de Gaius, inséré dans le Bréviaire d'Alaric, nous montre le texte du jurisconsulte traité avec moins de respect encore que Vinterpretalio des autres sources du droit. On ne s'est pas contenté de le mettre d'accord avec le droit en vigueur et pour cela de le corriger et de l'abréger; on y a ajouté quelquefois des développements (1). Il n'y a plus trace des controverses signalées par Gaius ; on les a fait disparaître tantôt en ne conservant qu'une seule des opinions en présence (2), tantôt, et c'est le procédé employé de préférence, en laissant de côté les paragraphes où elles étaient exposées. On est surpris de voir qu'on ait supprimé les parties relatives à certaines matières d'une grande importance pratique , comme la tradition, l'usucapion, l'occupation, la capacité d'aliéner, l'adition d'hérédité; la théorie des obligations est également tout à fait insuffisante. Cela tient à ce que les commissaires d'Alaric ont fait leur œuvre à la légère et non à ce qu'ils pensaient compléter les lacunes de Gaius à l'aide des extraits des autres écrits contenus dans leur compilation (3).
que les mariages entre cousins germains y sont interdits, place la rédaction de ce travail entre l'année 384, époque où cet empêchement fut probablement établi, et l'année 400 où Arcadius le supprima. Cod. Just. , 5, 4, 19. Mais Honorius suppose, en 409, que cet empêchement subsistait encore, Cod. Theod., 3, 10, 1; et il figure même dans la Lex Romana, Cod. Theod., 3, 12, 3. Fitting, p. 335, place VEpitome entre les années 384 et 428, parce que VEp. de Gaius, 2, 9, 3, aurait dû laisser de côté la dotis dictio, si elle avait été composée après la disposition du Cod. Theod., 3, 13, 4 (428); l'argument n'est pas sûr; cf., par exemple, Vadrogatio apud populum, 2, 3, 3 (Fitting, p. 336, IG, conclut, il est vrai, d'une constitution du Cod. Just., 8, 47, 2, que cette institution subsistait encore au quatrième siècle).
(1) Par exemple, 2, 1, 7. 2, 5, 2 (tiré des Institutcs de Marcien?; cf. Inst., 2, 20, 4 = Dig., 22, 3, 21); 2, 9, 11. J. Godofroy, dans ses Prolégomènes sur le Code Théodosicn (éd. Rittcr, p. ccxxiv), énumére les additions du même genre qui figurent dans Vinterpretalio sur le Code Théodosicn.
(2) Par exemple, 2, 1, 4. 2, 5, 7. 2, 10.
(3) Haenel, Préface du Code Théodosicn, p. xvii, admet cette dernière opinion; mais si elle était exacte, on ne s'expliquerait pas pourquoi on a conservé dans le liber Gaii d'autres matières qui sont traitées aussi longuement, par exemple, dans l'extrait des Sente7\ces; on ne comprendrait pas davantage que la Lex Romana fût muette sur nombre de points où on a pratiqué des coupures dans le Gaius.
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La comparaison de Vinterpretatio et de l'abrégé de Gaiu*s avec les originaux a permis de constater des changements, dont on ne trouvait pas trace ailleurs, et qu'avaient subies à la fin du cinquième siècle diverses institutions romaines en Occident ou du moins dans les pays soumis à la domination wisigothique (1). Vinterpretatio n'a que peu de valeur au point de vue scientifique (2) ; on y remarque (315) nombre de méprises grossières sur le sens des textes (3).
La leœ romana fut abrogée dans le royaume des Wisigoths par Chindaswind (642-653); mais si elle cessa d'être Destinées
° ^ \ / ' ^^ Bréviaire
appliquée, on continua à l'étudier (4). On la considéra dAiaric. dans l'empire franc comme le recueil usuel des sources du droit romain. C'est par elle surtout que ce droit y a été connu jusqu'au douzième siècle (5). Comme elle ne s'appliquait plus à titre de Code officiel et immuable, les possesseurs de certains manuscrits qui avaient encore à leur disposition les sources de la lex romana s'en servirent pour y faire des additions ; ils y ajoutèrent des constitutions ou des sententiae , quelquefois même des titres ou
(1) A cet égard, on n'a pas encore suffisamment étudié la Lex Romana, Le meilleur travail que nous possédions est encore celui de Fitting, op. cit., p. 432. La dissertation de Maubeuge, de ratione qua Visigothi Gaii Institutiones in epilcmen redegerint, 1842, au sujet des changements qu'a éprouvés le premier livre de Gains, est insuffisante. [Voir l'excellente étude de M. Lécrivain, Annales du Midi, t. L]
(2) En sens contraire, Fitting. op. cit., p. 222 et suiv.
(3) On trouve une liste des erreurs commises au sujet des lois du Code Théodosien dans Godefroy, op. cit., et Haenel, Préface, rem. 42, 43; quant aux Sentences de Paul, voir, par exemple, l'inlerpretatio sur 1,1,4 (2). 1, 2, 4. 1, 13 A, 3. 1. 18, 5. 1, 19. 1. 2, 1, 2. 2, 17, 16 (2, 18, 12). 5, 6, 1. Certaines do ces erreurs sont imputables aux compilateurs de la Lex Romana; c'est ainsi qu'ils semblent avoir laissé de côté les cas do délation do la bonorum. possessio (sauf une brève indication dos droits des cognats dans Gaius, 2, 8. 7), parce qu'ils ont lu dans l'Interprét. du Code Théodosien, 4, 1, 1, que la bonorum possessio, c'est-à-dire la concession do celle-ci sur proposition, était supprimée. Cf. Fitting, op. cit., p. 444 et suiv.; cet auteur ne voit là qu'une suite do la confusion survenue entre l'hérédité civile et l'hérédité prétorienne.
(4) Lex Wisiyolhorum, 2, 1, « (9).
(5) Cf., dans l'édition do Ilaoucl, p. 464-466, les indicalionB rolalivos aux destinées do la Lex Romana.
des livres tout entiers (1). On collationna aussi certains passages du Code wisigothique avec les originaux et on emprunta à ceux-ci des leçons que l'on inséra dans les manuscrits de la leœ romana. Les copies d'époque postérieure reproduisent quelquefois ces leçons et ces additions (2).
Les manuscrits ne contiennent pas seulement des additions insérées au texte ; à la suite de la lex romana se trouvent encore des recueils de constitutions et de sentences, par exemple le recueil des constitutions, dit de Sirmond, dont il a été question plus haut (3). Nous possé- (316) dons également trois autres appendices du même genre (4). L'un d'entre eux provient du Code Grégorien ou plutôt des parties de ce Code qui figurent dans la lex romana. Les deux autres sont des appendices au Code Théodosien, à Paul et au Code Grégorien (5).
Si la lex romana a été complétée dans certains manuscrits, d'autres nous la donnent en abrégé. Beaucoup trouvaient le Code d'Alaric trop étendu pour les besoins du AbrcRés temps ; on en fit des extraits et des abrégés en recourant
de la lex Romana. ■■ '-'
surtout à V interpretatio . dans les parties où il y a à la fois
(1) Voir Haenel, Préface, p. xix (énumération).
(2) On a prétendu (Haenel, p. xxv) que de pareilles préoccupations critiques étaient tout à fait étrangères à cette époque ; mais une pareille assertion est beaucoup trop absolue et dans le cas particulier, en ce qui concerne la Lex Romana, l'existence de ces additions démontre combien elle est fausse. C'est surtout au Code Théodosien qu'on a fait des corrections.
(3) Page 391.
(4) Au lieu de trois appendices, Haenel n'en compte que deux dans son édition de la Lex Romana, p. 45'2-455, parce que l'un d'eux, celui qui consiste dans quatre constitutions du Code Grégorien wisigothique, n'apparaît pas d'ordinaire dans les manuscrits comme un tout indépendant, mais forme l'introduction de l'un des deux autres. Avant Haenel, Klenze avait publié sous le titre d'Inslilutio Gregoriani, deux de ces ap])endices ainsi rattachés l'un à l'autre (Zeitschrifi fur geschiclilliche Reclitswissenschafl, XI, 235 et suiv.); il s'était servi d'un manuscrit de Berlin où l'ordre des feuillets avait été dérangé par la mise en cahiers ; cf. Haenel , Préface à la Le.v Romana, p. xxi. Cujas avait déjà utilisé ces appendices pour compléter les œuvres juridiques d'où ils avaient été tirés.
(5) Ces deux derniers appendices figurent dans la Colleclio, III, p. '249.