‹ Histoire des sources du droit romainChapitre 128 sur 147 · MANUSCRITS DU DIGESTE · texte numérisé non relu

MANUSCRITS DU DIGESTE

que les Pisans eux-mêmes l'auraient découvert à Amalfi , en 1135, lors du sac de cette ville ; mais cette tradition ne repose sur aucun fondement (1).

Ce manuscrit (communément appelé la Florentine) renferme le texte entier des Pandectes; il n'y a qu'un très petit nombre de lacunes (2) ; on a perdu la première feuille qui donnait le début de la constitution àéStoxev (3) ; et encore celte perte est-elle postérieure à l'année 1553. Les fautes commises par le copiste sont assez fréquentes; mais beaucoup d'entre elles ont disparu par l'effet d'une correction faite après coup ; le manuscrit se trouve ainsi donner un texte assez pur. Le correcteur s'est servi peut-être d'un manuscrit différent de celui qu'avait reproduit le copiste (4) ; si cela était , il en résulterait que la Florentine pourrait être considérée comme représentant deux originaux distincts. Le correcteur ne s'est pas contenté d'améliorer le texte en substituant à une leçon fautive la leçon plus exacte des manuscrits ; il l'a modifié quelquefois dans le but de le mettre d'accord avec le sens que lui paraissait offrir l'ensemble du passage; le manuscrit reproduit par le copiste avait lui-même subi des modifications du même genre de la main de correcteurs antérieurs.

Il nous est parvenu encore quelques fragments de manuscrits de la môme époque que la Florentine : un palimpseste de Naples contenant les lois 3-16, Dig., 10, 2; les 1. 23-29, Dig., 10, 3 et les 1. 12-19, Dig., 10, 4 ; le pa- osi)

(1) Savigny, Geschichte des rœm. liechts, III», 'J'2 et suiv.; cf. Zeitschnfl der Savigny-Sliflung, VI, 300 et XI, 302.

(2) Il y a dans le manuscrit des espaces laisses en blanc à la suite de la I. 19, g 1 et 2, Dig., .36, 1, et à la fin des titres 48, 10. 22; cela donne à supposer que le manuscrit présente des lacunes à ces endroits mêmes; ces lacunes devaient exister dans l'original, et on se proposait de les combler en recourant à une autre source.

(3) Cette feuille s'est perdue entre 1553 et IGbO.

(4) C'est ce que rendent vraisemblable les textes cites par Mommscn , p LVii et suiv.; cependant les différences rolovécs entre le manuscrit et les corrections pourraient aussi s'expliquer par un examen plus soigneux du manuscrit que l'on u reproduit.

pyrus de Pommersfelden où se trouvent les 1. 35-73, Dig., 45, 1 (1).

On cessa déjà de bonne heure en Italie de se servir du Digeste. La Collectio de tutoribus (2) s'y réfère encore ; Grégoire le Grand , dans une de ses lettres , en reproduit quelques passages (3) ; mais, à partir de ce moment jusqu'au milieu du onzième siècle, c'est comme s'il était perdu (4); du moins, telle est l'impression qu'on retire de l'examen des documents que nous possédons; les seules traces qu'on y puisse relever de l'emploi du Digeste à cette époque se trouvent dans deux manuscrits : 1" Un manuscrit de Berlin contenant un fragment d'une copie du neuvième siècle , où les textes du Digeste (à l'exception des constitutions introductives et des Indices) se rattachent à ceux des Institutes (5); 2° deux gloses d'un manuscrit des Institutes qui ont été écrites au neuvième ou au dixième siècle (6). On ne recommence à faire usage du Digeste que vers la fin du onzième siècle ; les premiers ouvrages dont les auteurs y aient eu recours, sont VExpositio sur le Liber Papiensis (7) du milieu du onzième siècle, les Exceptiones Pétri (8) rédigées au plus tard, sous leur forme la plus

(1) On les trouve reproduits clans l'édition du Digeste de Momrasen, t. I, app. I. II ; voir à la fin du t. II un fac-similé (photolithographie) du manuscrit de Pommersfelden.

(2) Ci-dessus, p. 498.

(3) 13, 45 (ci-dessus, p. 477, n. 4); cf. Mommsen, Dig., 48, 4, 7 g 3.

(4) Conrat, Epitome exactis regibus, p. ccxLix et suiv.; Fitting, Zeitschrift der Savigny-Stiflung. VI, 110 et auiv.

(5) On a reproduit Dig., 1, 1-1, 7, 3; on a laissé de côté 1, 5, 24-1, 6, 8pr., probablement parce qu'une feuille manquait au manuscrit que l'on copiait.

(6) Dans le manuscrit de Bamberg, D, II, 3, sur Instit., 2, 1, 9, qui se réfèrent à Dig., 11, 7, 2 g 4. 5; reproduit par Conrat, Epitome exactis regibus, p. XLViri, cf. p. CCLI et suiv.; l'époque de la rédaction de ces gloses n'est pas bien établie ; on ne peut pas affirmer non plus que leur auteur ait puisé directement dans le Digeste lui-même les passages qu'il cite. Chiappelli, Arctiivio giuridico, XLIV, fasc. 6, et Fitting, Inslilulionenglosse des Gualcausus, 1891, p. 35, 54 et suiv., ont aussi essaye d'établir qu'on s'était servi du Digeste avant le milieu du onzième siècle.

(7) Cf. les textes réunis par Boretius, Monumenla Germaniae histor., Leges, IV, p. Lxxxiii.

(8) Publiées par Savigny , op. cit., Il*, p. 321 et suiv.

MANUSCRITS DtJ DIGESTE. 511

ancienne, avant 1068 (1) et certains recueils canoniques de la fin du onzième siècle (2) ; un acte de 1075 nous montre le droit du Digeste mis en pratique (3).

C'est de cette époque que datent les manuscrits les plus récents. Ils se distinguent par l'absence des passages en langue grecque qui figurent , en petit nombre d'ailleurs , dans le Digeste ; les scribes du onzième et du douzième siècle qui ne connaissaient pas le grec, se sont contentés d'imiter du mieux qu'ils ont pu quelques mots isolés ou quelques phrases très courtes rédigées en cette langue ; à partir du treizième siècle, les lacunes que présentaient (382) sous ce rapport les manuscrits ont été comblées quelquefois à l'aide de traductions latines dues au Pisan Burgundio (mort en 1194) et faites d'après le manuscrit de Florence alors à Pise (4). Observons encore que dans cette catégorie de manuscrits les inscriptions des lois ont été tronquées, comme cela est arrivé pour les constitutions du Code ; on n'a conservé que les noms des jurisconsultes pour séparer les fragments les uns des autres. Les constitutions introductives y manquent presque toujours, Vlndex auctorum toujours, Vlndex titulorum en règle générale.

Ces manuscrits , relativement récents , sont qualifiés , d'ordinaire, de manuscrits de la Vulgate, parce qu'ils don- Lavuigate. nent le texte du Digeste qu'on a communément suivi jus-

(1) Ficker, Ueber die Usatici Barcliinonae, 188G, p. 8 et suiv. (Mitlheilungen des Inslituls fur œsterr. Gcschichlsforschung , II, Ergdnzungsband, p. 243 et suiv.); cf. Fitting, Zeilschrifl der Savigny-Sliftung , VII, 1 , 42 et suiv. [Add. Vigie, Nouv. Rev. hislor. de di'oit, a. 1887, p. 105; Tardif, Hist. des sources du droit français, Or. rom. , p. 213, n. (bibliof^raphic du sujet); Conrat, Gesch. der Q., p. 420 et s.]

(2) Digeste, éd. Moriimscn, II, app. IV.

(3) Ficker, Forschungen zur Reichs-und Rcchtsgeschichte Italiens, IV, 99 et suiv.

(4) Savigny, Gcscfiiclite des ra-ui. Redits, IV, 402 et suiv. L'opinion d'après ia(|ucllc la traduction des extraits dos lixcitsationes do Modostin, au 20* et au 27* livre du Digeste, daterait de plusieurs siècles avant cette époque, est encore soutenue par Savigny; mais Mommscn, 4* appendice du Digeste, I, l'a réfutée.

qu'à nos jours. Nous en possédons encore, à l'heure qu'il est, un grand nombre. Quelques-uns seulement, — et ce sont les plus anciens , — contiennent le Digeste tout entier. Les autres sont divisés en trois parties. La première Le partie, appelée Digestum vêtus, s'arrête à l'inscription de la

Digestum vêtus ,

7iovum loi 2, livre 24, titre 3; la deuxième partie, ou Infortia-

et VJnfortiat. ' ' ' f » '

tum, va du livre 24, titre 3, à la fin du trente-huitième livre ; enfin , les livres 39 à 50 forment le Digestum novum. Ajoutons que la fin de VInfortiat constitue une subdivision dé- Les Très Partes, siguéc SOUS le nom 6.6 Ttcs Partes, parce qu'elle commence aux mots très partes au milieu d'une phrase de la loi 82 , Dig., 35, 2. Odofredus, jurisconsulte de Bologne, qui vivait vers le milieu du treizième siècle, nous donne, au sujet de cette division , divers renseignements qui ne sont pas parfaitement d'accord entre eux, mais qui peuvent en somme se résumer de la manière suivante : Irnerius, le célèbre professeur de Bologne, qui fut juge jusqu'en 1125 (1), et aux travaux duquel les jurisconsultes postérieurs rattachent la renaissance du droit romain au douzième siècle, Irnerius n'aurait connu d'abord, en dehors du Code , des Institutes et des Novelles de Julien , que le Digestum vêtus et le Digestum novum; il ne posséda l'M/brtiat que par la suite et encore sous une forme incomplète; les Très Partes y manquaient (2). C'est par ce fait que s'expliquerait, suivant Odofredus, la division que nous venons de rapporter. Odofredus paraît croire que les Trvs Partes ont été découvertes à part; mais un jurisconsulte plus ancien, Placentin (mort en 1192), nous apprend que les Très Parles formaient le commencement du Digestum novum , et qu'on les ajouta à la deuxième partie du Digeste, qui se trouva ainsi complétée ou renforcée ; de là le nom (ï Infortiatum

(1) Savigny, op. cit., IV*, 9 et suiv. Ficker, Forschungen zur Reichs-und Rechtsgeschichte Italiens, III, 109. 133 et suiv. 139 et suiv. Ii3. 15G. 4G3.

(2) Les renseignements que fournit à cet égard Odofredus ont été réunis par Savigny, op. cil., IIP, 42G et suiv.

Page 1