MANUSCRITS DU DIGESTE
qui lui fut donné (1). On ne saurait douter que le récit d'Odofredus ne soit une pure invention ; nous manquons, (383) en réalité, de toute indication précise sur l'origine de cette division (2). D'ailleurs, nous verrons qu'étant donné l'état du texte de cette classe de manuscrits, cette division est sans importance au point de vue des recherches critiques.
Les rapports entre les manuscrits de la Vulgate et la Florentine ont donné lieu à des controverses depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours; ce n'est qu'à la suite d'une collation minutieuse de la Florentine et des principaux manuscrits de la Vulgate que Mommsen a pu donner une solution définitive de ces difficultés (3) ; le travail auquel il s'est livré en préparant la nouvelle édition critique du Digeste a donné les résultats suivants. Les manuscrits de la Vulgate dérivent d'un manuscrit type datant du dixième ou du onzième siècle ; ce dernier n'est lui-même , en général, qu'une reproduction de la Florentine (4); cependant
(1) Savigny, op. cit., IIP, 430.
(2) Cf. Johannes Bassianus, imprimé dans la Zeitschrift der Savigny-Stiftung, IX, 1, 40. Scheurl, Zeitschrift fur Rechtsqeschichte, XII, 145, a tenté d'expliquer comment les Très Partes ont été séparées de l'Infortial en disant que c'était une conséquence de l'ordre des études établi par Justinien; comme celui-ci ne se référait qu'aux livres 1 à 36, on avait dû faire de ces livres une copie à part. Mais cette explication n'est pas heureuse. Il ne s'agit pas, en effet, de montrer pourquoi le second manuscrit type se terminait au livre 36; la question est de savoir d'où vient que la copie prise sur la Florentine s'arrête au milieu d'une phrase; étant donné l'état do la Florentine, il n'y avait aucune raison pour cela.
(3) Préface de son édition du Digeste, p. Lxiiii et suiv. Il a rectifié dans ce travail les résultats qu'il avait présentés dans une étude antérieure, Jahrbuch des gemeinen Rechts, V, 1862, p. 407 et suiv. Sur les opinions anciennes, cf. Savigny, op. cit., III*, 449 et suiv. Fitting a essayé do prouver qu'il y avait eu une revision du texte indépendante do la Florentine et do la Vulgate (Juristische Schriflcn des frûheren Mittelaltcrs , p. 207 et suiv.); voir on sens contraire, Momiuson, Zeitschrift fur Rcchtsgcschiclite , XIII, 190 et suiv. (Réplique de Fitting, ibid., p. 285 et suiv.) ot Conrat, Epitome exactis regibus, p. XLI ot suiv.
(4) Les fragments do Berlin se rapprochent à toi point du manuscrit do Florence, qu'ils ont dû ctro copiés sur ce manuscrit ou sur un autre tout à fait somblablo; peut-ôtro dérivont-ils d'un mémo original quo les manuscrits les plus réconts. Gf. Mommson, p. XLli ot suiv.
Sources du Oruit romain. 33
514 HISTOrRE DES SOURCES DU DROIT ROMAIN.
on a aussi consulté pour le composer un manuscrit indépendant de celui-ci ; en effet, les manuscrits de la Vulgate renferment des corrections importantes au texte de la Florentine ; on y a comblé certaines lacunes que présente celui-ci et on n'aurait pas pu le faire à l'aide de simples conjectures. Le nombre de ces corrections est, d'ailleurs, très faible ; beaucoup de fautes qu'on remarque dans le texte de la Florentine n'ont pas disparu ; cela prouve qu'on ne s'est servi de ce manuscrit supplémentaire que d'une façon très superficielle. Les corrections dues à ce manuscrit ne se rencontrent que dans les livres 2. 3. 6. 7. 9. 12. 17. (384) 30. 31. 33. 34; à partir du livre 35, on n'en trouve plus de trace (1). Il est probable qu'avant d'être fixé, le texte des manuscrits de la Vulgate avait été déjà l'objet d'une élaboration dans les écoles, car on trouve dans les plus anciens d'entre eux des interpolations identiques (2).
Lorsque le manuscrit type de la Vulgate eut été constitué, on ne cessa pas pour cela de recourir à la Florentine. Les manuscrits et les commentaires du douzième et du treizième siècle se réfèrent souvent à la littera Pisana (3). Au contraire, on ne trouve aucune trace, dans les manuscrits récents de la Vulgate, de corrections faites après coup à l'aide de l'ancienne copie qui avait servi à établir le texte primitif de la Vulgate, concurremment avec la Florentine. Cette copie dut se perdre de bonne beure. Les écoles de droit et, en particulier, l'école de Bologne s'efforcèrent de faire concorder les leçons des manuscrits
(1) On ne saurait conclure de là que les seize derniers livres du Digeste manquaient au deuxième manuscrit qui a servi à l'établissement du texte de la Florentine, car, dans les parties qui précèdent, il y a des livres entiers et même des séries de livres qui ne sont pas corrigés d'après ce manuscrit.
(2) Mommsen, p. LXVIII; on ne remarque encore rien de semblable dans les fragments de Berlin.
(3) Savigny, op. cit., p. 467 et suiv. et les recueils de variantes, p. 719 et suiv. On vise aussi la Florentine dans les expressions suivantes : ex autenticis pandectis ou ex aut{entico) ou pandecla (sur ce dernier terme, cf. Savigny, p. 443).