‹ Histoire des sources du droit romainChapitre 20 sur 147 · INFLUENCE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE

rium, en particulier, semble avoir beaucoup emprunté à la Grèce. Mais la Grèce n'avait pas une jurisprudence qui pût, comme sa littérature, servir de modèle aux Romains. Les écrits juridiques de ceux-ci sont l'œuvre originale d'esprits indépendants (1). Ce qui fait la haute valeur du droit romain, ce sont moins les principes de date ancienne ou < 6) récente qui le composent que le travail personnel des jurisconsultes qui ont mis en œuvre ces principes (2). Les Romains n'ont eu à apprendre des Grecs que l'art de l'exposition scientifique et du développement logique des idées. A cet égard, les philosophes grecs furent leurs maîtres. Ce fut l'école du Portique qui eut le plus de succès ; Les stoïciens. ses doctrines introduites dans le monde romain par Panaetius, le maître de Scipion Emilien, furent aisément acceptées par les meilleurs esprits, à cause de leur concordance avec les croyances morales des Romains (3). Il est prouvé que plusieurs jurisconsultes appartenaient à cette école (4) ; quelques-uns passaient même pour de profonds philosophes (5).

Les jurisconsultes romains empruntèrent donc aux philosophes grecs la méthode scientifique applicable en gé- • néral à toutes les branches des connaissances humaines. Mais ils se gardèrent bien d'adopter, en matière de jurisprudence, les idées de ces philosophes, même de ceux qui passaient pour être les seuls à avoir une conception scientifique du droit. Ceux-ci cherchaient à se rendre compte de l'origine et du caractère du droit en se plaçant à un point

(1) Cicéron, de oral., 1, 44, 197, exprime à cet égard le sentiment personnel des Romains.

(2) Cf. Bruns, Geschichte und Quellen des roem. Redits, g 11 {Hollzendorff's Encyclopaedie, I).

(3) Mommsen, Roem. Geschichte, IV, 415 et suiv. {Hist. rom., trad. Alexandre, III, p. 100).

(4) P. Mucius , S. Pompeius (Cic, Brut., 47, 175), P. Rutilius Rufus , Q. Aelius Tubero.

(5) Rutilius, Aelius, Servius; ce dernier appartenait pout-ôtro, comme Cicéron lui-môme, à l'école éclectique issue do la fusion entre le Portique et l'Académie.

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de vue général, au point de vue de l'humanité abstraite ; dans leurs recherches sur le Jus naturale et le Jus gentium, ils poursuivaient des chimères et perdaient tout contact avec la réalité pratique. Les jurisconsultes romains n'ont jamais cessé de s'attacher à l'étude de la législation en vigueur dans leur pays ; leurs travaux n'ont trait qu'à l'application pratique de celle-ci. Il est vrai que, par une circonstance favorable à cette tendance, ils n'eurent à s'occuper que du droit d'un seul peuple; en Grèce, au contraire, il y avait un grand nombre de législations diverses en vigueur dans de petits états et ayant la même autorité les unes que les autres ; quelques-unes d'entre elles, comme le montre le droit de Gortyne, étaient même très développées jusque dans les détails ; les philosophes regardaient comme chose au-dessous d'eux de se borner à l'étude d'une de ces législations. Ne possédant pas une connaissance suffisante des détails et, en particulier, du droit privé, ils voulurent procéder en allant du général au Méthode particulier (1). Les jurisconsultes romains suivirent la mar-

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romains. cho luvcrse ; ils prirent a part chaque principe et chaque institution, ils cherchèrent à en préciser les règles, ils s'efforcèrent de déterminer exactement les rapports qu'il y avait entre eux ; ils rattachèrent les cas qui se présentaient à eux aux théories générales, aûn d'obtenir des solutions pratiques basées sur des principes bien arrêtés. L'étude des détails eut pour résultat de leur donner une connaissance approfondie de l'ensemble ; on la devine à chaque instant dans leurs œuvres, quoique celles-ci ne renferment pas d'exposé systématique et complet de la législation. Comme ils ne cessent jamais d'être en contact avec la pratique, leur science est vivante et ne s'immobilise pas dans le formalisme ; quand les régies existantes les amènent à des résultats peu conciliables avec les besoins de leur temps, ils n'hésitent pas à les soumettre à

(1) Cf. Zellcr, Philosophie dcr Griechen, I*, G4. 120.

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