LE JUS CIVILE DE Q. MUCIUS SCAEVOLA
livres , fut le premier exposé systématique du droit privé (1) et fit faire un grand progrès à la science du droit. Dans les travaux postérieurs sur le jus civile on s'inspira surtout du plan adopté par Mucius (2). Mais son livre ne dut pas son succès uniquement à l'ordre et à la méthode qui y étaient suivis; il avait assez de valeur intrinsèque pour être encore en très haute estime auprès des jurisconsultes de l'empire. Les écrivains postérieurs en insérèrent (60) des extraits dans leurs œuvres (3) ; au deuxième siècle après Jésus-Christ, Laelius Félix, Pomponius et Gains en firent l'objet de travaux spéciaux. Q. Mucius s'est servi, dans la la composition de ses œuvres, des écrits des jurisconsultes antérieurs en remontant jusqu'à Sextus Aelius ; beaucoup de leurs décisions et de leurs opinions lui parvinrent aussi
(1) Dig., 1, 2, 2 g 41 : Q. Mucius... jus civile primus coiistituit generatim in libros XVIII redigendo. Exemples de generatim redigere, Gaius, 1, 188; Dig., 41, 2, 3 g 23.
(2) Les citations de l'œuvre originale nous montrent qu'il était question des legs dans le livre 2 (Dig., 32, 55 pr., 33, 9, 3 pr. = Aulu-Gelle, 4, 1, 17; Dig., 34, 2, 27 pr.); dans le livre 14, de la société (Dig., 17, 2, 30); dans le livre 16, du furtum (Aulu-Gelle, 6, 15, 2). Le peu qui nous reste du livre de Pomponius ex Q. Mucio nous permet de nous rendre mieux compte du contenu de l'ouvrage de Mucius. Nous arrivons par ce moyen à y distinguer les parties suivantes (cf. Lenel, Sabinussystem , 1892, p. 11 et suiv.) : du testament (Pomponius, liv. 1 à 3), et en particulier de ses formes, de l'institution d'héritier, de l'institution et de l'cxhérédation des sui, de la condition, de la rupture d'un testament par la confection d'un autre ou par suite de la captivité du testateur, de l'adition d'hérédité et de la répudiation ; ensuite des legs (Pomp., 3-9) et peut-être de l'hérédité ab intestat (Pomp., 10). Pour ce qui suit, il y a des lacunes dans les parties de l'œuvre de Pomponius qui nous sont parvenues; l'ordre des matières ne peut donc être reconstitué qu'imparfaitement; on voit que Mucius y traitait des points suivants : Affranchissement dépourvu des formes légales (Pomp., 12), Droit de passage, aqua jjluvia , Acquisition par autrui (Pomp., 14), Stipulation (Pomp., 15), Tutelle (Pomp., 16), loi Aqui/ia ^Pomp., 17), S/a/uiiberi (Pomp., 18), Adoption (Pomp., 20), Possession et usucapion (Pomp., 23-24), non usus et libertatis usucapio (Pomp., 26), Achat et Louage (Pomp., 31), Servitudes [Lenel : droits sur les eaux] (Pomp., 32), Communia et société (Pomp., 16)? Postliminium (Pomp., 37), Furtum (Pomp., 38). La restitution donnée par Voigt, Aelius und Sabinussyslem, 1875, table 1 , a été faite on empruntant les divisions du système de Sabinus ; mais c'est là un procédé que rien ne justifie.
(3) Les citations qui nous sont parvenues ont été réunies par Lonol, Palingenesia, l, p. 758 et suiv.
par la voie de la tradition orale ; il arriva dés lors que ce fut dans les œuvres de Q. Mucius que les jurisconsultes de l'époque postérieure apprirent à connaître l'ancienne jurisprudence.
L'œuvre de Q. Mucius et de ses disciples consista à grouper les règles spéciales pour en faire des principes généraux et à donner aux institutions juridiques une forme arrêtée; Mucius, véritable initiateur à cet égard, fut sans doute amené à jouer ce rôle par ses études philosophiques; mais il alla quelquefois trop loin dans cette voie, et on peut adresser le môme reproche à ses disciples. Certaines de leurs distinctions sont sans portée pratique et par conséquent sans valeur scientifique; ils ont quelquefois rapproché les unes des autres des règles entre lesquelles il n'existe qu'une ressemblance apparente et donné sur ces points une fausse direction à la jurisprudence.
Q. Mucius ne fut pas moins célèbre comme professeur Elèves de Mucius. quc comme jurisconsulte ; parmi ses élèves, on cite C. Aquilius Gallus, L. Lucilius Balbus, S. Papirius et C. (?) Juventius (1). Les écrits de ceux-ci étaient devenus si rares du temps de Pomponius qu'on avait peine à se les procurer (2); Pomponius lui-même ne put pas les consulter; il n'eut connaissance de leurs opinions que par les œuvres de leur disciple Servius. Le plus connu d'entre eux est Aquilius (3), qui fut nommé préteur en 688/86, à l'occasion de la quaestio amhitus (4). Il ne voulut pas briguer le consulat afin de se consacrer tout entier à sa profession de ju-
(1) Il est probable que c'est le môme que le T. Juventius mentionné par Cicéron, Brut., 48, 178 (magjra cum juris civilis inlellegenlia).
(2) Schrader entend autrement le passage de Pomponius, g 42 : per se eorum scripla non talia exlant, ut ea omnes appelant; denique nec versantur omnino scripta eorum inter manus hominum; cela voudrait dire que leurs œuvres n'étaient pas accessibles au point de vue du sens ; mais les mots non talia exlant ne se prêtent pas à cette explication.
(3) Cf. Onomasticon Tullianum, p. 60. Les citations se trouvent réunies dans Lenel, Palingenesia, I, p. 55.
(4) Cic, pro Cluenlio, 53, 147.