AQUILIUS GALLUS. SERVIUS SULPICIUS
risconsulte (1), profession qui lui valut la plus haute considération auprès de ses contemporains (2). Il passa quelque temps à Cercina , île située dans la petite Syrte ; c'est là que furent composés plusieurs de ses écrits (3). On suppose qu'il est l'auteur du judicium de dolo (4), de VAqui- (6i) liana stipulatio (5) et de la formule dont on se servait pour l'institution de certains posthumes (6). Nous manquons de renseignements sur les travaux des autres disciples de Mucius (7).
Le contemporain et l'ami de Cicéron , Servius Sulpicius Rufus (consul en 703/51, mort en 711/43), n'eut pas dans la servius. science une situation inférieure à celle de Q. Mucius (8). Il était né avant la mort de celui-ci , mais il ne reçut pas son enseignement ; il eut pour maîtres les principaux disciples de Mucius, surtout Lucilius et Aquilius (9). Il avait reçu
(1) Cic, ad Ait., 1, 1, 1.
(2) Pomp., g 42 : Gallum maximae auctoritatis apud populum. fuisse Servius dicit; cf. Cic, pro Caec, 27, 77. 78. Val. Max., 8, 2, 2.
(3) Pomp., g 43 : [Seruius] instructus... a Gallo Aquilio, qui fuit Cercinae; itaque libri complures ejus extant Cercinae confecti. Cf. Schneider, Quaestionum de Ser, Sulpicio Rufo spec, I, 19.
(4) S'il faut en croire Cicéron, de nat. deorum, 3, 30, 74; cf. de off., 3, 14, 60. Les jurisconsultes postérieurs ne parlent pas de cette origine du judicium de dolo; on ne voit pas non plus, d'après le récit de Cicéron, comment la nouvelle formule passa dans l'Edit.
(5) Dig., 4G, 4, 18 g 1; Instit., 3, 29, 2.
(6) Dig., 28, 2, 29, pr.
(7) Lucilius faisait partie, en 673/71, du consilium d' Aquilius dans le procès de Quinctius, Cic, pro Quinct., 16, 53. 17, 54. Sur ce jurisconsulte ot sur Aquilius, cf. Cic, Brut., 42, 154.
(8) Ev. Otto, de Vila, sludiis, scriplis et honoribus Ser. Sulpicii (impr. dans son Thésaurus, V, 1555 et suiv.); R. Schneider, Quaestionum de Ser. Sulpicio Rufo spécimen, I, 1834; Onomaslicon Tullianum, p. 565.
(9) Pomponius, Dig., 1, 2, 2 g 43; Cic, Brut., 42, 154. Suivant Pomponius, co serait un entretien avec Scœvola qui l'aurait amené à étudier lo droit; mais depuis Ant. Augustin, on a élevé beaucoup do doutes sur l'exactitude de cette anecdote ; il est certain, en tous cas, que du temps do Scaevoia, Servius no pouvait pas être le premier orateur après Cicéron, car ce dernier no commença sa carrière oratoire qu'on l'an G73/8I (cf. Brulus, 90, 311). On trouve, il est vrai, dans Cic, pro Mur., 13, 29, uno allusion à ce fait t[uo Servius, d'orateur qui! était, devint jurisconsulte; mais Cicéron suppose (juo cela eut une autre cause.
S0UROE8 DU Droit houain. G
une instruction fort étendue (1); à l'étude du droit il joignit celle de la philosophie (2) et de la rhétorique (3) ; c'est ce qui l'amena, dit Cicéron, à élever le droit à la dignité d'une science et ce qui lui valut le premier rang parmi les jurisconsultes contemporains ou antérieurs. Ce jugement de l'orateur romain n'est pas entièrement confirmé par les jurisconsultes postérieurs (4) ; ce n'est pas à Servius qu'ils attribuent l'honneur d'avoir créé la science du droit, c'est à Scaevola; mais Servius n'en est pas moins à leurs yeux un jurisconsulte digne de la plus haute estime ; beaucoup de ses vues furent acceptées par eux comme parfaitement (62) exactes (5). Peut-être, en adressant des critiques aux juris-
consultes (6), Cicéron ne fait-il que reproduire les idées de Servius; en ce cas, ce dernier aurait reproché à ses rivaux de manquer de méthode, de réduire leur science à l'examen des cas particuliers , sans se préoccuper des rapports de ceux-ci avec l'ensemble , enfin de ne pas exposer systématiquement leurs doctrines (7). Les décisions de Servius qui nous sont parvenues se distinguent par la vigueur de
(1) Son savoir est attesté par Cic, Brut., 41, 153, et par Aulu-Gelle, 2, 10, 1.
(2) Sur la question de savoir si Servius était stoïcien, cf. Otto, p. 1563; Schneider, p. 25 et suiv.
(3) Cicéron ne lui donne pas la première place parmi les orateurs de son temps, parce qu'il se la réserve, mais il le classe immédiatement après lui. Cf. Quintilien, Inst. or., 10, 1, 116. 12, 3, 9.
(4) Cicéron, dans l'éloge qu'il fait de Servius, obéit à la préoccupation que nous venons de signaler et qui le pousse à ne pas lui reconnaître autant de mérite comme orateur que comme jurisconsulte. Dans son jugement sur Scsevola, il s'inspire des opinions de son ami ; nous le voyons, en effet, se les approprier et les reproduire fréquemment dans ses écrits. Cf. Sanio, Zur Gesc}iichte der Roem. Reclilswissenschaft, 1858, p. 59.
(5) Par exemple : Gaius, 3, 149 (contrairement à l'avis de Q. Mucius) ; Dig. 8, 5, 6 § 2 (contrairement à l'opinion d'Aquilius); 19, 2, 35, pr.; 21, 2, 69 g 3; 41, 4, 2 g 8; cf. Schneider, op. cit., p. 51 et suiv.
(6) Ci-dessus, p. 82, n. 4.
(7) Cic, de leg., 2, 19, §47 : Sedjuris consiilli sive erroris obichindi causa, ,quoplura et difficiliora scire videantur, sive, quod similius veri est, igno-
ralione docendi {nam non solum scire aliquid artis est, sed quaedam ars est etiam docendi) saepe quod positum est in una, cognitione, id in infinita dispertiunlur. Cf. Brutus, 41, 152-153.