‹ Histoire des sources du droit romainChapitre 29 sur 147 · SERVIUS SULPICIUS · texte numérisé non relu

SERVIUS SULPICIUS

la dialectique (1) , et elles nous montrent qu'il continua le travail de généralisation entrepris par Scaevola (2).

Servius fut, suivant Pomponius, un écrivain fécond; il ne laissa pas moins de cent quatre-vingts livres et, du temps de Pomponius, il en subsistait encore beaucoup. Nous avons les titres de quatre d'entre eux (3).

Reprehensa Scaevolae capita ou Notata Mucii (4) ; Servius y soumettait à un examen critique un grand nombre de sentences de Scaevola et s'efforçait soit de les rectifier, soit de leur donner une base plus solide (5) ; De Dotibus en un livre (6);

Ad Brulum en deux livres, commentaire très peu étendu de l'édit du préteur, le premier ouvrage de ce genre qui fût consacré à cette source du droit (7) ; De sacris detestandis en deux livres^ au moins (8). Cicéron appréciait l'élégance et la facilité de son style (9). Les jurisconsultes postérieurs citent fréquemment ses œuvres (10) ; mais au deuxième et au troisième siècle après J.-C, il est peu probable qu'ils les aient consultées directement ; ils citaient Servius d'après les écrits d'Alfenus , de Namusa, de Labéon, de Sabinus et de Cassius. Seuls peut-être Neratius et Celsus les ont-ils eues entre les (63)

(1) Par exemple, Dig., 17, 2, 30. 50, 16, 25 g 1.

(2) Par exemple, Gaius, 1, 188.

(3) Sur un prétendu commentaire des Douze Tables dont il faudrait faire honneur à Servius, cf. Schneider, p. 78 et suiv.

(4) De ces deux titres, le premier est donné par Aulu-Gclle, 4, 1, 20; le deuxième par Paul, Dig., 17, 2, 30.

(5) Les textes tirés de ce livre ont été réunis par Schneider, Quacslionum de Ser. Sulpicio Rufo spécimen, II, 1834; cf. Sanio, op. cit., p. G7 et suiv.

(6) Dig., 12, 4, 8; Aulu-Gelle, 4, 3, 4; Sanio, op. cit., p. 66.

(7) Dig., 1, 2, 2 g 44, 14, 3, 5, g 1 ; Sanio, p. 64 et suiv. C'est à Servius que se rapporte sans doute ce que dit Cicéron, de leg,, 1, 5, 17, ci-dessus g 5, p. 33, n. 3.

(8) Aulu-Gclle, 7, 12 g 1.

(9) livulus, 42, 153; ad fam., 4, 4, 1. Doux de ses lettres so trouvent ilans Cic, ad fam., 4, 5. 12.

(10) Lonol, Palingenesia, p. 321 et suiv.

mains; peut-être aussi faut-il faire une autre exception pour Pomponius et pour Gaius (1).

Les nombreuses réponses {responsa) de Servius, que nous rapportent ses élèves dans 'leurs écrits , témoignent de l'activité qu'il déploya comme consultant. Il dut aussi avoir de grandes qualités comme professeur ; beaucoup de jurisconsultes de mérite se formèrent à son école. Eièvesdeservius. Les élèvcs les plus célèbres de Servius furent, à ce que dit Pomponius, Alfenus Varus et Aulus Ofilius. Pomponius rapporte que ce dernier demeura simple chevalier, qu'il fut admis dans l'intimité de César et qu'il laissa sur le jus civile Ofilius. beaucoup de livres {qui omnem partem operis fundarent) . Il cite parmi ceux-ci un traité de legibus (2) et un travail sur l'édit prétorien (3). Ulpien parle aussi de Librijuris partitif au nombre de cinq au moins (4), et d'Actiones comprenant au moins

(1) Sanio, op. cit., p. 71 et suiv.

(2) Dig., 1, 2, 2 g 44 : Nam de legibus vicensimae primus conscribit. On trouve des essais de correction de ce texte, qui est certainement corrompu, et des conjectures sur l'objet de l'ouvrage d'Ofilius , en particulier sur le rapport qu'il pouvait y avoir entre ce livre et les projets de réforme do César (ci-dessus, p. 21), dans Huschke, Zeitschr. f. geschichtl. Rechtswissenschaft, XV, 195; Sanio, Rechtshistorische Abhandlungen, 1845, p. 78 et suiv., et zur Geschichte der roem. Rechtswissenschaft, 1858, p. 88 et s.; en sens contraire, Karlowa, Rechlsgeschichle, I, 486.

(3) Le fragment du Dig. que nous venons de citer continue ainsi : de jurisdictione idem edictum praetoris primus diligenter composuit. C'est, du moins, ainsi que Mommsen a, le premier, ponctué ce texte, et sa ponctuation est exacte. Avant lui, on mettait un point avant idem et on concluait de ce passage qu'il avait fait un livre de jurisdictione. Il est certain que l'expression edictum componere ne doit pas s'entendre en ce sens qu'Ofilius aurait émis lui-même un édit ; la suite des idées fait penser qu'il s'agit d'un travail sur l'édit plus détaillé que ceux qui avaient paru jusque-là; il est difficile d'admettre que les matières de l'édit y eussent été distribuées en forme de commentaire, en présence de la phrase suivante : nam ante eum Servius duos libros ad Brutum perquam brevissimos ad edictum subscriptos reliquit.

(4) Dig., 32, 55 g 1. 4. 7. Sanio, Abhandlungen , p. 92 et suiv., et Zur Geschichte der roem. Rechtswissenschaft, p. 100 et suiv., présume que c'était un traité sur le jus civile se rattachant au Jus civile de Q. Mucius, mais modifiant l'ordre des matières de cette œuvre. Karlowa, Rechlsgeschichle, I, 486, serait disposé à confondre ce traité avec les livres de legibus.

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seize livres (1). Gaius mentionne un ouvrage d'Oâlius ad Atticum (2), c'est-à-dire qu'il était dédié sans doute à l'ami de Cicéron(3).Ofîlius eut pour élève Tubéron. Les opinions d'Ofilius se trouvent rapportées dans les écrits de Labéon, (64) de Caelius Sabinus, de Javolenus, de Pomponius, de Gaius, de Venuleius, de Paul et d'Ulpien (4).

P. Alfenus Varus (5), consul suffectus en l'an 715/39 (6), Aifenus varus. appartenait, à ce que l'on prétend, à une famille d'artisans de Crémone. Son mérite comme jurisconsulte lui valut le consulat et des funérailles aux frais de l'Etat (7). L'une de

(1) Dig., 33, 9, 3 g 5. 8. Sanio, Ahha.ndlungen ^ p. 94 et suiv., rapproche ce livre des Manilianae acliones. Karlowa, op. cit., p. 487, y voit, au contraire, un commentaire de l'Edit.

(2) Dig., 50, 16, 234 § 2. Lenel, Palingenesia, I, p. 798, 3, conjecture, en se basant sur le contenu de ce texte , que cet ouvrage n'est autre que les libri de legibus.

(3) Il résulte d'un passage de Cicéron, ad AH., 13, 37, 4, qu'il y avait des relations entre lui et Ofilius. Cicéron parle encore d'Ofilius à propos de la causa Siliana, ad fam., 7, 21.

(4) Sanio, Abhandlungen, p. 100-126, et Lenel, Palingenesia, I, p. 795 et suiv., les ont recueillies.

(5) Le praenomen d'Alfenus est tiré des fastes consulaires dans Dion , 55 {Dind., V, 26) ; le consul de l'année 755, qui est probablement fils du jurisconsulte, y est qualifié de noué),îou uîéç. Les jurisconsultes postérieurs emploient indifféremment, pour le désigner, les noms d'Alfenus Varus, d'Alfenus ou de Varus. Du mot Gaius, qu'on ne saurait conserver dans le texte du Dig. 1, 2, 2 g 44 {Alfenus Varus Gaius Aulus OfiUus), Hnschke , Zeitschrift fur geschichiliche Rechtswissenschaft, XV, 187, fait Vagnomen Catus; voir, en sens contraire, Mommsen, Dig., sur ce texte.

(7) Acron sur Horace, Serm., 1, 3, 130 : {ut Alfenus vafer omni Abjeclo inslrumento arlis clausaque taberna Sutor [al. tonsor] erat) : Vrbane satis Alfenum Varum Cremonensem deridet, qui abjecto sutrino, quod in municipio suo exercuerat, Romam venit magistroque usus Sulpicio jurisconsulto ad tantam pervenil scientiam, ut et consulatum gereret et publico funere rfferretur. Aliter : Alfenus sutoris filius, qui ita juris studio intendit, ut beneficio arlis hujus latum clavum sumeret et ad consularem consurgeret dignitatem, Sunt qui dicant hune Cremonensem. fuisse. On no sait pas trop si Horace faisait allusion au jurisconsulte; il n'est pas sûr non plus que cet .Mfciius soit lo mrme que le condisciple de Virgile à l'école do l'épicurien Siro (Schol. Veron. sur Verg., Ed. G, 9; Scrvius sur Erl. 6, 13; Aen. 6, 204) et le légat d'Auguste qui, en 714/40, devait maintenir Virgile en possession de son domaine héréditaire à Manlouo. Vcrg., Ed. G, 9, 27. 9, 10; vita Vergilii. On est encore moins en droit do supposer que c'est do cet Alfonus que parle Catulle, 30, 1. Sur la languo du jurisconsulte Alfonus,

ses œuvres, ses Digesta en quarante livres (1), fut utilisée pour la composition du Digeste de Justinien ; on se servit tantôt de l'original (2), tantôt d'un extrait en huit livres au moins dû à Paul (3). Il y traitait surtout des matières dont (65) s'occupaient les travaux sur le jus civile (4). Les fragments que nous en avons contiennent pour la plupart des responsa tirés de la pratique des affaires ; un petit nombre seulement sont des exposés de casuistique juridique. On n'y trouve pas d'additions émanées de Paul. Servius y est cité deux fois (5). Mais il est à présumer que c'est de lui qu'il est question quand Alfenus dit simplement respondit; il y a des cas où nous en avons la preuve directe (6); et les citations de

cf. Otto, Thésaurus, V, 1654 et suiv. Kalb, Rom. Juristen, p. 35 et suiv., cf. Zeitschrift der Savigny-Slifluiig, XII, p. 108-109.

(1) Voir Dig. Index auctorum, 4, et à l'appui de cette indication, Aulu- Gelle, 7, 5, l(in libro Dig. XXXIV) et Dig. 3, 5, 20 pr. {libro XXXIX).

(2) Cf. Lenel, Palingenesia, I, p. 38 et suiv,; cet auteur pense que les fragments qui portent la rubrique : Alfenus libro — digeslorum sont tirés d'un abrégé de date postérieure.

(3) Lenel, op. cit., p. 45 et suiv. La rubrique est tantôt Alfenus Varus digeslorum. libro — a Paulo epitomatorum , tantôt Paulus libro — epitomatorum Alfeni digeslorum, une seule fois (Dig. 48, 22, 3) Alf. libro epitomaruyn. On a voulu en conclure qu'il y avait eu deux abrégés distincts; mais les extraits se ressemblent trop pour qu'on puisse l'admettre ; le parallèle établi entre le cas qui nous occupe et les deux abrégés des Posleriores de Labéon par Javolenus (g 19) n'est pas fondé. Les différences qu'on observe dans la rédaction des inscripliones sont l'œuvre des compilateurs de Justinien ; car, jusqu'au 1. 19, t. 1, Dig., tous les textes portent : Paulus libro, et ce n'est qu'à partir du 1. 19, t. 2, Dig., que l'on trouve tantôt Alfenus libro et tantôt Paulus libro.

(4) Ou ne peut pas reconnaître quel était l'ordre suivi dans cet ouvrage. Il est question du testament, du legs et de la rei vindicatio dans les livres 5 et 6 des Digesta, dans les livres 2 et 3 de l'abrégé. Cette remarque suflBt pour condamner l'opinion de H. Pernice, Miscellanea, p. 77, suivant lequel les extraits qui figurent dans la compilation de Justinien avec la rubrique Alfenus libro — digeslorum, proviendraient, comme les autres, de l'abrégé de Paul. Bluhme, Zeitschrift fur geschichll. Rechswissenschafl, IV, 406, rem. 10, objectait déjà avec raison que cette opinion ne s'accordait pas avec la suite des extraits d'Alfenus au Digeste, 19, 2, 29-31. 28, 5, 45. 46. 33, 8, 14, 15.

(5) Dig., 28, 5, 46. 33, 7, 16 g 1. On lit aussi dans un texte d'Alfenus consilium. omnes jurisperiti dederunl, Dig., 8, 5, 17 g 1.

(6) Cf. Dig., 40, 7. 39 g 3 (Javolenus : Servius ait) avec Dig , 40, 7, 14 g I (Alfenus : respondil) et Dig., 19, 2, 35 pr. (Africanus : dislinclio a Servio inlroducta) avec Dig., 19, 2, 30 pr. (Alfenus : respondil).

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Servius, puisées par d'autres jurisconsultes dans l'œuvre d'Alfenus, viennent à l'appui de cette idée (1). Du reste, tout ce que contenaient ces Digesta n'était point tiré de ' Servius; Aulu-Gelle et les jurisconsultes romains citent des opinions personnelles d'Alfenus (2). En l'absence de données sûres , on peut se demander à propos de la plupart des fragments d'Alfenus qui nous sont parvenus (3), si la décision qu'ils renferment émane de Servius ou d'Alfenus (4). La question ne saurait être résolue.

Un autre ouvrage d'Alfenus, qu'Aulu-Gelle (5) est seul à citer, portait pour titre Conjectanea et comprenait au (66) moins deux livres ; le passage qu'il cite figurait aussi , dit-il , dans les Digesta d'Alfenus (6).

(1) Dig., 3, 5, 20 pr. 17. 2, 65 g 8. 28, 1, 25. 32, 29 g 2. 33, 4, 6 vr. 46, 3, 67. 50, 16, 77. Il n'est pas douteux que ces textes ne se réfèrent aux Digesta d'Alfenus. Il faut noter aussi le rogavi — respondit au Dig., 38, 1, 26 § 1 ; cf. principium. Le jurisconsulte Dorothée, qui vivait du temps de Justinien, avait déjà fait cette remarque; aussi dans les passages où le texte de Justinien porte simplement consulebalur et respondit, il avait traduit quelque fois ces termes par rjpwTifiOTi ô lépêioç ou HépSioc, àTrexpivato ; cf. les scolies sur les Basiliques, 20, 1, 27. 48, 1, 6. 48, 5, 15. 60, 2, 5.

(2> Aulu-Gelle, 7, 5, 1 -, Dig., 6, 1, 5 § 2. 8, 5, 8 g 5. 9, 2, 29 g 4. 18, 1, 18 § 1. 31, 74. 39, 2, 9 22- 39, 3, 2 g 5. 40, 12, 10. 50, 16, 84. 239 g 6.

(3) Il y a quelques phrases d'Alfenus qui se rattachent aux décisions de Servius. Dig., 18, 1, 40 g 6. 24, 1, 38 g 1. 33, 7, 12 g 2 (cf. 33, 7, 16 g 2). Au Dig., 33, 7, 16 g 1, Alfenus se prononce contre Servius pour l'opinion de Cornélius. Cf. ci-dessous, p. 90, n. 5.

(4) On a voulu attacher quelque importance à l'emploi du mot respondi dans certains textes (par exemple, Dig,, 4, 8, 50. 5, 1, 76; G, 1, 57. 8, 5, 17 g 2. 9, 2, 52 g 1-4. 10, 3, 26. 11, 3, 16. 19, 2, 29). Ce mot peut provenir d'une simple faute de copiste ou d'une interprétation inexacte de l'abréviation par laquelle on représente indifféremment respondi ou respondit Ainsi Dorothée (p. 87, n. 1). traduit le respondi du Dig., 9, 1, 5, comme s'il y avait Servius respondit. Quelquefois on trouve le discours direct (Dig., 4, 6, 42. 8, 2, 16. 8, 5, 17 pr. 9, 2, 52 pr. 10. 3, 27. 18, 1, 40 g 6. 19, l, 26, 27. 19, 2, 27 pr. 30, 106. 47, 2, 58) ou les expressions piacuit, placet, etc. (Dig. 8, 4, 15. 18, 6, 13, 15. 32, 60. 33, 7, 16 pr. 34, 2. 28. 39, 3, 24 g 3. 44, 1, 14); quelques-uns des textes cités plus haut (p. 87, n. 1) contiennent des expressions de ce genre.

(.5) Aulu-Gelle, 7, 5, 1.

(6) Bynkcrshock, Observât., 8, 1, a soutenu que les Dincsla cités par Aulu- Gelle ne sont pas ceux d'Alfenus, mais l'cruvro de Nainusa (v. ci-dessous); cf. Mommscn, /.eitschrift fur liechtstjesclnclile, Vil. ■\W, rem. 1; et on sons

Avec Alfenus et Ofîlius , Pomponius nomme huit autres disciples de Servius , en disant qu'ils étaient de ceux qui avaient écrit des livres de droit : Titus Caesius , Aufidius Namusa. Tucca, Aufidius Namusa , Flavius Priscus, Gains Ateius, Pacuvius Labeo (1), Cinna, Publius (2) Gellius (3). Il nous apprend, en outre, que Namusa avait réuni dans cent quarante livres les écrits de huit des dix élèves de Servius dont il vient de donner les noms (4). Il est difficile de savoir au juste quels sont ceux d'entre eux dont les œuvres ne figuraient pas dans ce recueil (5). Néanmoins, l'opposition établie dans un texte entre les auditores Servii et les deux jurisconsultes nommés en premier lieu , Alfenus et Ofilius, porterait à croire que ce sont ces deux qui furent exclus (6). Des huit autres, les jurisconsultes postérieurs ne citent que Namusa lui-même, Ateius et Cinna (7). En-

contraire, ci-dessous p. 88, n. 6. D'autres auteurs regardent les Conjecla.nea comme une partie du Digeste.

(1) Hertz, sur Priscien, 8, 18, en se basant sur un passage d'Aulu-Gelle, 5, 21, 10 (ad Pàcuvium Labeonem) , a joint le nom de Pacuvius à celui do Labéon; auparavant on croyait qu'il se rapportait à G. Ateius.

(2) Les manuscrits portent Publicius; cf. p. 88, n. 7.

(3) Kuntze, Cursus, § 197, propose de lire Vitellius.

(4) £.v his decem octo libros conscripsenint, quorum omnes qui fuerunt libri digesti sunt ab Aufidio Namusa in CXL libros. L'expression digerere se réfère sans doute, comme le pense Mommsen, Zeilschrift fur Rechtsgeschichle, VII, 480 et suiv., à un travail d'ensemble oii ces écrits sont rangés d'après l'ordre des matières; il est probable, d'ailleurs, que le livre portait le titre de Digesta. C'est à cet ouvrage que se réfèrent sans doute les citations des auditores Servii au Dig., 33, 4, 6 g 1. 33, 7, 12 pr. g 6. 39, 3, 1 g 6.

(5) On se trouve en présence d'une contradiction de Pomponius; il commence par dire, dans le texte précité, que ces dix élèves furent tous des écrivains {fere tamen hi libros conscripserunt) , puis il déclare (p. 88, n. 4) que huit d'entre eux seulement ont laissé des écrits.

(C) Dig., 33, 4, 6 pr. et g 1 : Alfenus Varus Servium respoiidisse ait — Ofilius Cascellius item et Servii auditores retlulerunt. Il n'y a pas à tenir compte des expressions du Dig., 39, 3, 2 g 5 (Varus ait), g 6 {Apud Namusam relalum est); car, au g 4 , on lit aussi : apud Ateium relatum est. — La conjecture que nous venons d'émettre ne peut pas se concilier avec l'idée (ci-dessus, p. 87, n. 6) que les Digesta d'Alfenus et la compilation de Namusa ne faisaient qu'un seul et même ouvrage.

(7) Namusa, Dig., 13, G, 5 g 7. 35, 1, 40 g 3. 39, 3, 2 g G; de mémo Dig,, 17, 2, 52 g 18. 33, 5, 20 (où il est diflicile de faire rapporter Aufidius à Tucca) Priscien, G, 4 g 18 ? Ateius. Dig., 23, 3, 79 g 1. 32, 30 g 6. 34, 2, 39 g 2. 39,

CASCELLIUS. 89

core ne les mentionne-t-on guère que comme ayant rapporté des opinions de Servius.

Aulus Cascellius et Trebatius furent tous les deux con- (g?) temporains de Varus et d'Ofilius, mais ils n'étaient pas comme ceux-ci de l'école de Servius. Le premier (1) eut casceiims. pour maître (2) Volcatius, élève de Q. Mucius. Pomponius rapporte qu'après sa questure (3) , il ne brigua plus de fonctions publiques ; ceci n'est pas en harmonie avec ce qu'il ajoute, que le consulat aurait été offert à Cascellius par Auguste; il aurait fallu pour cela que Cascellius eût été préteur. Peut-être, en effet, occupa-t-il la préture, comme tendraient à le faire supposer la création du judicium Cascellianum (4), si c'est bien lui qui l'a imaginé , et le récit de Valère Maxime, d'après lequel il aurait refusé les formules d'action et, par suite, privé de la protection des lois ceux qui avaient reçu des donations de la part des triumvirs (5). Le refus du consulat s'accorde bien avec le rôle d'opposant qu'on lui prête (6). Pomponius ne connaît qu'une

3, 2 g 4. 14 pr. (ici la Flor, porte Anlâeus); Cinna, Dig., 23, 2, 6. 35, 1, 40 § 1. Le Pacunius cité au Dig., 13, G, 1 § 1, n'est pas sans doute le Pacuvius dont nous parlons au texte (cf. g 21); le Publicius mentionné au Dig., 31, 50 § 2. 35, 1, 51 § 1. 38, 17, 2 § 8, est, d'après ce dernier texte, un jurisconsulte postérieur au Sénatusconsulte Tertullien.

(1) Il est fait mention d'A. Cascellius dans Horace, Ars poet., 371 (cf. Mommsen, Hermès, XV, 114), dans Amraien, 30, 6, et dans le Sénatusconsulte de Oropiis, 1. 13 {Hermès, XX, 270).

(2) D'après la correction faite par Mommsen au Dig,, 1, 2, 2 g 45 : A. Cascellius Q. Mucii auditoris Volcatii auditor. La substitution de Volcatii à Volusii s'appuie sur un passage de Pline, H. N., 8, 40, 144 : Volcatium, qui Cascellium jus civile docuit. Il y a des auteurs qui lisent : Q. Mucii et Volusii auditor; mais la suite des idées donne lieu do croire que Pomponius ne comptait ni Cascellius ni Trebatius parmi les élèves de Q, Mucius.

(3) Il fut questeur avant 681/73; cf. Mommsen dans VHermes, XX, 282.

(4) Gains, 4, 166. 169.

(5) Val. Max., 6, 2, 12 : Age Cascellius vir juris civilis scieiUia clarus, quam periculose contumax! nuUius enim aul gratia aul aucloritate conpelli poterat, ut de aliqua earuin rerum, quas triumviri dedcrant, formul&m componeret , hoc animi judicio universa corum brxcficia extra omnem ordincm legum ponens. Dirksen, Hintcrlasscnc Scliriften , II, 441, entend autrement ce texte.

((i) Voir la .suite du texte précédent do Val. Max. : Idem cum multa de tempuribus liherius loquerctur amicique ne id faceret monerent, duas rrs,

de ses œuvres , un Liber bene dictorum (1). La plupart des citations de cet auteur sont tirées de Labéon (2) ; il n'y a que Celsus qui ait peut-être consulté directement ses écrits (3).

. (68) C. Trebatius Testa était probablement originaire de

Velia (4) ; il eut pour maître Q. Cornélius Maximus (5) ,

Trebatius. fut vivemeut recommandé en l'année 700/54 par Cicéron à César et réussit peu à peu à acquérir la faveur de celui-ci (6). Ce fut un des jurisconsultes les plus estimés du temps d'Auguste (7). A ce que rapporte Pomponius , il était regardé comme supérieur à Cascellius, soit au point de vue

quae hominibus amarissime viderentur, magnam sibi licentiam praebere respondit, senectutem et orbit&tem.

(1) En tout cas, les facetiae publiées sous le nom de Cascellius et dont il est question dans Macrobe, Sat., 2, 6, et dans Quintilien, 7ns/. oral., 6, 3, 87, ne font point partie de ce livre ; plusieurs d'entre elles sont peut-être apocryphes. Cf. Dirksen, op. cit., p. 445 et suiv. Sur les libri bene dictorum en général, cf. Sanio, Varroniana, p. 266, note.

(2) Ainsi celles qu'on trouve dans les extraits des Libri posteriorum de Labéon par Javolemis (Dig., 28, 6, 39 pr, , § 2, 32, 29 pr., 100 pr,,§ 1. 33, 4, 6 g 1, 33, 6, 7 pr. 33, 7, 4. 26 g 1. 33, 10, 10, 34, 2, 39 § 1. 35, 1. 40 g 1); les citations d'Ulpien, Dig., 39, 3, 1 g 17 (Labeo et Cascellius), et Dig., 43, 24, 1 g 7 (Cascellius Trebatius) peuvent aussi avoir été tirées de Labéon.

(3) Dig., 50, 16, 158.

(4) Cic, ad fam., 7, 20.

(5) Dig., 1, 2, 2 g 45; cf. Cic, Ad fam., 7, 8, 2. 7, 17, 3. Cornélius est également mentionné par Alfenus, Dig., 33, 7, 16 g 1.

(6) Cic, ad fam., 7, 5. Les lettres adressées à Trebatius permettent de se faire une idée de ce personnage (7, 6-22, — a. 700. 701. 710). Cf. les passages indiqués dans VOnomasticon TuUianum ; Teufifel, sur les satires d'Horace (éd. Kirchner, 2, 2), II, 10-14. Il n'y a pas de motif pour en conclure avec Puchta, Institutionen , I, 250, que c'était un esprit médiocre. Il s'était attaché à César pour acquérir des biens et une situation. Sur les relations qu'il eut avec lui, cf. Suét. , Cœsar, 78. Cicéron lui dédia ses Topiques, et c'est pour cela que , dans la première partie de son oeuvre , il choisit de préférence des exemples ayant un caractère juridique.

(7) Inst., 2, 25 pr. Il ne parcourut pas, que nous sachions, la carrière des honneurs; il obtint seulement le tribunat militaire (Cic, ad fam., 7, 18; cf. 7, 8), Stange, De C. Trebatio, 1849, p, 14, suppose qu'il fut édile curule; mais cette conjecture n'a d'autre base qu'une correction erronée du texte d'Aulu-Gelle, 4, 2, 8. C'est à Trebatius qu'Horace adresse une de ses satires. Serm., 2, 1 (a. 720/32-721/33), Porphyrion remarque à ce sujet : ad Trebatium scribit eqiiilem Romanum, hic est Trebatius juris peritus, quHocum oblinuit inter poetas et aliquot libros de civili jure conposuil et de religionibus novem.

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de l'expérience pratique, soit au point de vue de la science du droit [peritior) (1) , mais celui-ci l'emportait sur lui pour le talent de la parole. De l'œuvre de Trebatius nous trouvons cités neuf ou dix livres De religionibus et plusieurs livres De civili jure (2). Pomponius fait observer que, de son temps, on possédait encore plusieurs ouvrages de Trebatius, mais on avait cessé de les consulter. Il est cité assez fréquemment, antérieurement à Pomponius, par Labéon, Cassius, Proculus, Caelius Sabinus, Celsus et Javolenus , après Pomponius, par Gains, Florentin, Venuleius, Ulpien, Paul et Marcien. Ces derniers ne connaissent Trebatius que de seconde main , surtout par les écrits de son élève Labéon ; les premiers de ces jurisconsultes eux-mêmes paraissent ne l'avoir guère connu que par cette voie et n'avoir eu recours à ses œuvres que par exception (3).

En suivant l'ordre chronologique, on trouve, après Cas- (69) cellius et Trebatius, Q. Aelius Tubero (4). Ce jurisconsulte Tubéron. commença à se faire connaître en portant une accusation contre Q. Ligarius, qui fut, comme on le sait, défendu par Cicéron. L'échec qu'il subit dans ce procès dut être la principale raison qui l'amena à abandonner l'art oratoire et à se consacrer à la jurisprudence. Il s'attacha à Ofilius et devint l'un des hommes les mieux versés dans la connaissance du droit public et du droit privé. Les écrits qu'il

(1) Cf. A. Pernice, Labeo, I, 19 et suiv.

(2) Cf. ci-dessus, p. 90, n. 7. On ne sait si Porphyrion fait allusion par là à un traité systématique de jure civili, en donnant à ce mot son sens restreint, ou plutôt à plusieurs ouvrages sur le droit existant. Los libri de religionibus ont été utilisés par Aulu-Gcllc, 7, 12 (livre 2); Macrobe, Sat., 1, 16,28. 3, 3, 2. 4, 3, 5, 1 (livre 1); 3, 7, 8 (livre 9) ; 3, 3. 5 (livre 10) ; Sc'rvius,' Aen., 11, 316 (livre 7): voir aussi Arnobe, Adv. génies, 7, 31, et Die 11 7 14 811. ' *

(3) Sanio, Zur Geschirhie der rœm. Rechlswissenschafi, p. 109 et suiv. Les citations do Trebatius so trouvent réunies dans Lenel, Palingencsia, II, p. 343 et suiv.

(4) Ce n'est pas lo consul do l'a. 74:1/1 1, car le père de celui-ci s'appelait Quintus, tandis que lo père du jurisconsulte s'appelait Lucius (Cic, nro Lig., 1, 21).

publia sont relatifs à ces deux branches du droit (1) ; ce fut donc le premier jurisconsulte qui étudia spécialement le droit public dont les historiens et les archéologues s'étaient seuls occupés jusque-là (2). Ses œuvres étaient peu recherchées à cause de leur style archaïque (3). L'une d'elles portait peut-être le titre de De officio judicis (4). Labéon et Capiton se servirent de ses travaux (5) ; les citations qu'on en fit dans la suite furent toutes puisées sans doute dans les écrits de ces derniers (6).

Peut-être faut-il aussi ranger parmi les jurisconsultes Aeiius Gaiius. C. Aolius Gallus (7); le traité dont il est l'auteur, De significatione verborum guae ad jus civile pertinent, comprenant au moins deux livres , fut utilisé tout d'abord par Verrius Flaccus (8). On en trouve un passage dans le Digeste de Justinien (9). Il a fourni des citations aux jurisconsultes, à Gaius certainement (10), peut-être à Julien, et, par l'intermédiaire de celui-ci, à Ulpien (11).

(1) Il écrivit aussi une histoire de Rome; cf., sur cet ouvrage, H. Peter, Historicorum Romanorum reliquiae, I, p. CCCLV et suiv.

(2) L. Cincius, qui était probablement plus ancien que Tubéron (cf. Teuffel, Literaturgeschichte, g 117, 4}, et auquel on doit, entre autres œuvres archéologiques, des livres de comiliis, de consulum potestate, et de officio jurisconsulti, ne saurait être classé parmi les jurisconsultes. Les extraits de ce dernier traité (Festus, Nunciipata pecunia et Sanates) contiennent des recherches sur les antiquités de Rome, mais n'ont pas trait au droit, cf. p. 63, n. 2.

(3) Dig., 1, 2, 2 g 46 : Sermone antiquo usus affectavit scribere et ideo parum libri ejus grati habentur.

(4) Gellius , 14, 2, 20. Aulu-Gelle mentionne l'existence d'un livre Ad C. Oppium, 6 (7), 9, 11.

(h) Sur Celsus, voir g 22.

(6) Un recueil de ces citations se trouve dans Lenel, op. cit., II, p. 377 et suiv.

(7) C.-G.-E. Heimbach, De C. Aelio Gallo, 1823; cf. Lachmann, Zeilschrift fur geschichll. Rechtswissenschaft,Xl, 116 et suiv.

(8) Les fragments tirés de Festus, d'Aulu-Gelle, de Servius, de Priscien, sont reproduits dans la Jurisprudentia de Huschke, p. 94 et suiv. Sur les extraits d'Aelius donnés par Festus, cf. Reitzenstein, Verrianisclie Forschungen, 1887, p. 80 et suiv.

(9) Dig., 50, 16, 157.

(10) Dig., 22, 1, 19 pr.

(11) Dig., 50, 16, 77. Mais peut-être aussi dans ce texte, comme dans un autre passage du Dig., 43, 24, 7 g 4, s'agit-il de Gallus Aquilius.

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