‹ Histoire des sources du droit romainChapitre 54 sur 147 · CITATIONS · texte numérisé non relu

CITATIONS

et il arrive même que l'extrait n'est pas littéral ; on se borne à une analyse de l'ouvrage (1).

Il parait même que certains jurisconsultes ont donné de leurs œuvres personnelles comme deux éditions, l'une plus étendue, l'autre abrégée (2); c'est, du moins, ce que l'on est porté à supposer lorsqu'on se trouve en présence d'écrits ayant le même titre et le même auteur, mais non la même étendue (3).

Les œuvres des anciens jurisconsultes ont fourni des extraits qui sont insérés dans celles des jurisconsultes postérieurs , en particulier dans celles qui renferment un exposé approfondi du droit et qui sont faites pour dispenser de recourir directement aux travaux antérieurs. Nous y trouvons des citations textuelles ou non , avec ou sans indication des sources (4). Il ne faut pas comparer cette reproduction des œuvres anciennes par les jurisconsultes à celles que pratiquent les historiens , les grammairiens et les archéologues delà même époque; ceux-ci sont des plagiaires, des compilateurs sans critique; les jurisconsultes procèdent

(1) C'est ce qu'on remarque, par exemple, dans Javoleniis ex posterioribus Labeonis et ex Cassio , dans les libri ex Q. Mucio ou ad Q. Mucium, dans Paulus ad Vitellium et, jusqu'à 'un certain point, dans les libri ex Plautio ou ad Plautium.

(2) De même Lactance fit de ses sept livres d'Institutes un extrait en un livre: Héliodore commença par publier son traité Uept [xÉTpwv en 49 livres, puis il l'abrégea en 1 1 livres, le réduisit à 3 livres, et enfin à un seul (i4necdota varia Graeca, éd. Studemund, p. 35, 20 et suiv.).

(3) Ainsi nous savons que Gaius avait écrit des regxilae en trois livres et en un seul, que Paul et Ulpicn avaient composé des regitlae en sept livres et en un seul , que Pomponius avait fait des Enchiridiu en deux livres et en un, que Paul avait écrit 80 livres ad ediclum et un brève edictiim en 23 livres, qu'Ulpien avait peut-être publié des Pandeclae en 10 livres et en un livre; cf. Modestin, De praescriplionibus, g 27, ci-dessous.

(4) Cf., par exemple, Dig., i4 , 4, 4 'i .32, et 0. 1, 72. 21, 3. 2. Il n'est pas douteux que les compilateurs de Justinicn n'aient fait disparaître assez souvent les renvois aux sources (cf., par exemple, i 22, Dig. do Julien; g 20. Ul|). ad. Ed.); mais il ne faut pas croire, pour cola, qu'il faille les accuser toutes les fois (|ue, dans un texte, la source n'est pas indiquée. — Do mémo, on aurait tort de penser «ju'une régie est l'œiivro 'd'un jurisconsulte, parce (ju'en parlant d'elle, un jurisconsulte postérieur renvoie aux écrits do celuici; c'est ce (|iie prouvent les textes réunis par Buld, ,/u{ja;i, I, 30 et suiv.

tout autrement ; pas un d'eux n'hésite à se livrer à un transe) vail personnel et à un examen de la matière qu'il traite. Lorsqu'on cite plusieurs jurisconsultes dans le même sens, tantôt on s'en tient à l'ordre historique (1) , tantôt le plus récent^est placé avant le plus ancien (2) , non pas par hasard, mais parce que la citation du plus ancien est tirée des écrits du plus récent.

Les autres œuvres des jurisconsultes romains (à l'exception de quelques écrits qui ont un caractère tout spécial , comme les recueils de constitutions ou de praejudicia) se rattachent par leur plan et par leur composition aux commentaires sur le droit privé et aux travaux d'ensemble comme les Digesta; ce sont des études portant sur certaines parties de ceux-ci ou sur des matières qui n'y avaient pas trouvé place (3).

Nous avons quelques renseignements sur la disposition matérielle des écrits des jurisconsultes. Chaque ouvrage, dès qu'il dépassait un certain volume, était divisé en libri; on désignait sous le nom de libri singulares ((xovo'êiêXoi) les ouvrages qui n'étaient pas susceptibles de division, vu leur peu d'étendue. Les divisions étaient faites, en tenant compte non pas exclusivement ou même principalement des matières traitées par l'auteur, mais surtout des matériaux employés pour écrire ; on sait qu'on se servait pour écrire les ouvrages destinés au grand public de rouleaux

(1) Par exemple Dig., 14, 2, 2 g 3 (Servius, Ofilius, Labéon); 17, 1, 22 l 10 (Trebatius, Ofilius, Labéon); 18, 2, 13 (Mucius, Brutus, Labéon); 19, 2, 19 g 1 (Servius, Labéon, Sabinus); 30, 30 g 7 (Gallus Aquilius, Ofilius, Trebatius); 40, 7, 39 pr. (Q. Mucius, Gallus, Labéon).

(2) Ainsi dans Javolenus ex posterioribus Labeoiiis, Labéon précède d'ordinaire Ofilius, Cascellius, Trebatius ; autres exemples, Dig., 2, 14, 27 pr. (Neratius, Atilicinus, Proculus); 19, 1, 13 § 22 (Labéon, Trebatius); 30, 45 pr. (Neratius, Ariston, Ofilius); 39, 3, 1 g 17 (Labéon, Cascellius).

(3) Ce sont donc plutôt des compléments nécessités par les vices d'une exposition peu méthodique que des monographies dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot. On ne connaît pas, pour la période ou nous sommes, des recueils de formules d'actes comme ceux que des jurisconsultes renommés avaient publiés dans la période précédente. Sur les actiones de Vcnuleius, voy. g 23,

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