POMPONIUS
Les sept livres ex Plautio où il traite surtout du jus honorarium (1), sont certainement postérieurs au règne d'Hadrien.
On sait aussi que ses Variae lectiones en quarante et un livres au moins (2), sont de date plus récente que les libri ad edictum (3). Ni le titre de cet ouvrage ni les fragments que nous en avons ne nous permettent de nous rendre compte de son caractère et des rapports qu'il présente avec les écrits antérieurs de Pomponius (4). Les Variae lectiones renferment de la casuistique tirée en grande partie d'autres ouvrages.
C'est après la mort d'Antonin le Pieux (5) que furent publiés ses vingt livres d'Epistulae (6). On y trouve des éclair-
(1) Cf. p. 158. Sur la date de cet ouvrage, cf. Dig., 40, 7, 21 § 1 {imp. Antoninum) ; Karlowa, Rechtsgeschichte , I, 717, fait remarquer que la mention de l'empereur n'empêche pas que l'ouvrage n'ait été rédigé à une époque postérieure , car cette mention a pu être empruntée au jurisconsulte cité dans ce passage. Lenel, Palingenesia., II, 81, rem. 4, conclut du Dig, 40, 4, 40 g 1, cf. Dig. 40, 5, 47 g 3, que les libri ex Plautio furent composés après le livre 47 du Digeste de Julien.
(2) D'après une loi du Dig., 6, 1, 21, Pomponius aurait fait figurer dans les uariae lectiones ce qu'il avait écrit ad edictum. Ailleurs, Dig. 14, 6, 19, il a fait un emprunt au livre 12 du Digeste de Julien, cf. Dig. 14, 6, 3 g 2,
(3) Le Dig., Index auct., 11, 4, ne signale que 15 livres et les extraits qu'on trouve dans la compilation de Justinien ne dépassent pas le 14' livre; mais Paul, Ulpien et Marcien citent les livres 25. 39, 40 et 41, Dig., 6, 1, 1 g 3, 6, 1, 21. 8, 5, 8 g 6. 20, 2, 2. Bluhme, Zeitschrift fur geschichtliche Rechtswissenschaft, IV, 327, présume, en s'appuyant sur le titre ex variis lectionibus qui alterne avec le précédent dans les extraits de Justinien, que l'ouvrage en 15 livres n'était qu'un abrégé d'un ouvrage plus étendu; H, Pernice, Miscellanea, p. 42, objecte que les jurisconsultes qui ont fait des emprunts à ce dernier ouvrage citent des textes tirés des livres IV et XIII, qui correspondent à ceux qu'on devrait trouver dans les mêmes livres du prétendu abrégé; cf. Dig., 24, 1, 7 g 5. et 24, 1, 18. 20, 2, 5 pr., et 20, 2, 7. Il est probable que les commissaires de Justinien n'ont eu sous les yeux que les 15 premiers livres.
(4) Conjectures présentées par Brcmer, Die Rechtslehrer, p. 51 (ce seraient des lectiones, c'est-à-dire des textes de droit écrit); par H. Pernico, Miscellanea, p. 42, rem. (ce seraient des lectures).
(5) Dig., 50, 12, 14 (divus Antoninus).
(G) On ne s'explique jias comment les compilateurs do Justinien ont pu donner à plusieurs fragments le litre suivant : Pom}yonius Hl>rn... epislul.irtnn ri vnriarum lerlinnnm (Dig., 4, 4, '50. 40, 13, 3. 50, 12, 14, et, du moins d'après le correcteur do la Florentine, Dig., 4, 8. 18). Los Epistulac
(176) cissements adressés à certains jurisconsultes sur leurs demandes (1) , mais pas de responsa dans le sens propre du mot. Les autres fragments de cet écrit contiennent de la casuistique ; il n'est pas possible de savoir si elle se rattache à des demandes posées à Poraponius.
Le Digeste de Justinien a encore fait des emprunts à ses cinq livres de Senatusconsulta (2), à ses cinq livres de Fideicommissa, et à un livre de Regulae annoté par Marcellus ; ces derniers écrits sont au plus tard de l'époque d'Antonin le Pieux (3). L'existence d'un ouvrage de Pomponius de stipulationibus n'est attesté que par une citation d'Ulpien (4). Enfin nous avons parlé plus haut des Pomponii Digesta ah Aristone (5).
Pomponius était certainement un professeur de droit ; ses Epistulae le démontrent. Il semble avoir dépensé la plus grande partie de son activité dans ses écrits. Rien ne fait supposer qu'il ait exercé des fonctions publiques ; on ne trouve que très rarement dans ses écrits des responsa
et les Variae lecliones étaient deux ouvrages dififérents et c'est sous cette forme qu'ils les ont eus à leur disposition, comme cela résulte du Dig., Index auct., il, 3. 4, et surtout de ce qu'au Digeste, les Epistulae se rattachent à la série de l'édit, les Variae lecliones à la série des appendices. Dans les citations, les deux ouvrages sont aussi soigneusement distingués. Voir des conjectures, à ce sujet, dansBremer, op. cil. ; H. Pernice, op. cit., p. 43; Karlowa, Rechtsgeschichte, I, 718; Lenel, Palingenesia, II, 53, 3. Les jurisconsultes postérieurs, Scaevola, Paul, Ulpien, Marcicn, ne donnent pas ce double titre.
(1) Dig., 4, 4, 50. 12, 2, 42. 26, 7, 61. 40, 5, 20. Dans le premier de ces textes, celui qui pose une question au jurisconsulte porte le nom d'Inius Diopbantus.
(2) Au Dig., 40, 11, 43, on lit Hadrianus imperator ; au Dig., 38, 17, 18, on se réfère au sénatus-consulte Tertullien rendu sous Hadrien. Fitting, Aller der Schriflen, p. 12, a promis de démontrer que l'ouvrage est du temps d'Antonin le Pieux. On peut invoquer dans ce sens un fragment du Dig. 38, 4, 2, où l'on vise un cas examiné par Julien au 75' livre de son Dig.
(3) C'est ce que soutient Fitting, op. cit., p. 13, on partant de l'observation que Marcellus, Dig,, 49, 17, 10, rapporte les dispositions d'un rcscrit d'Antonin le Pieux (Dig., 29, 1, 30. 37, 12, 1 g 4) dont Pomponius n'a sans doute pas connu l'existence.
(4) Dig., 7. 5, 5 g 2.
(5) Page 218.
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émanant de lui. Il ne s'est occupé que du droit privé. L'exposé dogmatique des matières prend dans son œuvre plus d'importance qu'il n'en avait chez ses prédécesseurs; il fallait bien qu'il en fut ainsi sous peine pour le jurisconsulte de ne pas embrasser dans son ensemble cette masse de matériaux accumulés depuis des siècles. Les citations qu'on trouve dans ses écrits montrent dans quelle large mesure il a fait des emprunts à l'ancienne littérature juridique. Il connaissait, parmi les jurisconsultes de la République, Q. Mucius, et par quelques-uns de leurs travaux, Servius et Ofilius ; il cite une fois Trebatius, mais on ne peut pas affirmer qu'il ait consulté directement les ouvrages de ce jurisconsulte. A l'époque impériale, il cite notamment Labéon, Sabinus, Cassius, Proculus, Atilicinus, Nerva, Ariston, Neratius , Celsus et Julien. Il ne saurait (i77) être comparé à ces deux derniers pour la pénétration et l'indépendance du jugement. Sa langue est pure et claire (1).
Sextus Caecilius Africanus (2), contemporain de Julien, Africain.
(1) En sens contraire Kalb, Roms Juristen, p. 63. Il y a beaucoup d'incorrections dans co résumé de l'histoire du droit romain qui se trouve au Digeste, 1 , 2, 2, mais cela tient à ce que le texte est corrompu.
(2) Le nom de ce jurisconsulte se trouve en entier dans un fragment d'Ulpien. Dig., 25, 3, 3 § 4 ; ailleurs le même Ulpien l'appelle tantôt S. Caecilius (Dig., 40, 9, 12 g 2. 6. 48, 5, 14 g 1), tantôt Caecilius (Dig., 15, 2, 1 g 7. 48, 5, 28, 5) ou Africanus (Dig., 30, 39 pr., 38, 17, 2 g 8). Paul emploie tantôt l'une, tantôt l'autre de ces trois dernières dénominations, Dig., 19, 1, 45, pr., 24, 1, 2. 35, 2, 36 g 4 ; Cod., 7, 7, 1 g 1'; Papinicn le cite une fois sous le nom de S. Caecilius, Dig., 35, 1 , 71 pr. C'est, sans doute, par suite d'une corruption du texte qu'on trouve le nom de Caecilius dans un fragment de Javolenus , Dig., 24, 1, 64. Cette citation a cependant fait supposer que le S. Caecilius des textes précédents (sauf peut-être le premier) était un jurisconsulte plus ancien qu'Africain; cf., en particulier, Kaemmerer, Observationes Juris civilis, p. 53 et suiv. On ne sait trop quel est le Sextus dont parlent Ulpien, Dig., 29, 5, 1 g 27. 30, 32 pr. {lam Sexlus quam Pomponius putani) et Gaius, 2, 218 (Juliano et Sexto placuit). Ulpien no peut faire allusion qu'à Podius ou à Africain, cela résulte du texte cité on second lieu ; quant à Gaius, il est impossible de dire quel est celui des trois Sextus qu'il vise, car il ne cite jamais aucun d'eux en dehors do ce passage. LcncI, P.iUngenesiu, 11, 1*29, croit (juc ces trois textes se rapportent au ISextus dont il est question au Dig. 42, 4, 7 g 17 (Celsus aulcm Sexto respondit). — Africain est, sans doute, le mémo personnage que co savant et distingué jurisconsulte S. Caecilius dont parle Aulu-GoUe, 20, 1, en constatant qu'il est mort (vers 175).
un peu plus jeune que lui, fut sans doute un de ses élèves; le Digeste, 25, 3, 3, § 4, nous rapporte, en effet, une consultation adressée par Julien à Africain et dans les neuf livres des Quaestiones d'Africain, on ne trouve que dans une faible proportion, des travaux personnels d'Africain; l'ouvrage comprend surtout des décisions de Julien (1). A côté (178) des quaestiones proprement dites on y rencontre quelques responsa (2), des explications théoriques , qui ne se rattachent pas aux quaestiones (3), et même une note de Julien sur Servius avec une addition d'Africain (4).
(1) On ne constate que dans un petit nombre de textes que Julien est l'auteur de la réponse (Dig. , 12, 1, 23. 13, 7, 31. 16, 1, 19 g 1. 46, 3, 38 g 4 ; cf. 19, 1, 43-45). Les glossateurs, — et Dorothée chez les Grecs (par exemple scolics sur les Basiliques, 48, 3, 23, se. 1. 48, 4, 49, se. 1. 48, 5, 16. se. 1. 2. 60, 12, 61, se. 1. 14. 19), — avaient déjà remarqué que les autres textes où l'on emploie la 3» personne \^aU, inquit, putat, respondit, etc.), ou bien le style indirect, sont l'œuvre de Julien. Tl serait très extraordinaire qu'Africain eut parlé de lui-même de cette façon; il est vrai que, dans certains recueils de réponses, on lit r-espondit au lieu de respondi; mais on ne peut pas établir de parallèle entre ces recueils et les Questions d'Africain (cf. Mommsen, Zeitschrift fur Rechtsgeschichte, IX, 91). En outre, il y a des textes où l'emprunt à Julien n'est pas douteux, par exemple Dig., 16, 1, 19 pr. comparé avec le g 1. et Dig., 47, 2, 62 g 1. 3-5, où on examine la même hypothèse qui est étudiée à un point de vue différent et d'une façon plus brève dans un autre fragment, Dig., 13, 7, 31; cf. encore Buhl , Zeitschrift der Savigny-Stiftung, Roman. Abth., II, 194 et suiv. , et Salvius Julianus, I, 78 et suiv. Sur le texte du Dig., 12, 6, 38 pr., cf. Mommsen, rem. 28. Mommsen voudrait aussi attribuer à Julien les textes où l'on emploie le style direct; il suppose que le mot inquit ou d'autres semblables qui y figuraient ont disparu et il fait valoir cette considération que , dans plusieurs textes, on trouve tantôt le style direct, tantôt le style indirect, quoique l'auteur semble bien être toujours le mcme (Dig., 10, 3,9. 13, 7, 31, 17, 1, 34 g 1. 20, 4, 9 g 3. 39, 6, 24) ; mais on peut lui opposer des fragments où le style direct est un sûr indice qu'ils sont l'œuvre d'Africain, par exemple 47, 2, 62 g 7. 19, 2, 35 g 1 , in fine (le commencement du g 1 doit être de Servius; Julien y a joint une annotation; Buhl, Julian, I, 84, 4, serait porté à attribuer cette remarque à un jurisconsulte plus ancien, dont le nom aurait disparu). Somme toute, la distinction entre ce qui est de Julien et ce qui est d'Africain est souvent fort difficile à faire; on n'arrive qu'à des résultats douteux. Cf. Buhl, Julian, I, 82 et suiv.
(2) Par exemple Dig., 19, 5, 24. 20, 4, 9 pr., 28, 5, 48 g 1. 2. 40, 4, 22. 44, 7,23.
(3) Par exemple Dig., 23, 5, 9.
(4) Dig., 19, 2, 35 g 1 {rem. 26). On trouve plus de détails sur le contenu de ces Quuesliones dans Buhl, Julian, 1, 74 et suiv.