MARCELLUS. PAPIRIUS JUSTUS
Regulae de Pomponius (1). Les fragments de ses œuvres que nous possédons témoignent d'un esprit pénétrant ; ainsi , nous le voyons réfuter victorieusement certaines doctrines de son illustre prédécesseur Julien ou, à l'inverse, les préciser en leur donnant une base plus solide (2). Les jurisconsultes postérieurs ont fréquemment eu recours aux ouvrages de Marcellus; c'est ce qu'ont fait, par exemple Tryphoninus, Paul, Marcien, Modestin et surtout Ulpien ; une bonne partie du Digeste de Marcellus a trouvé place dans le commentaire de ce dernier sur l'édit.
C'est vers l'époque de Marc-Aurèle ou de Commode (3) que se place le plus ancien, à notre connaissance, des re- pap. justns. cueils de constitutions impériales, le de constitutionihus (en vingt livres) de Papirius Justus. En général, les constitutions impériales n'y sont pas textuellement reproduites ; l'auteur se contente de donner sous une forme abrégée la décision qu'elles contiennent ; même lorsque le texte est inséré dans le recueil, on ne l'y trouve pas en entier, il n'y en a que la partie essentielle. Le Digeste de Justinien a emprunté aux livres 1 et 2 de ce recueil quelques rescrits de Marc-Aurèle et de Verus (161-169); on a aussi tiré du livre 8 un rescrit de Marc-Aurèle seul (169-176) adressé à Avidius Cassius qui mourut en l'année 175; tout le reste de l'ouvrage est perdu. Nous ne pouvons pas conclure de là avec certitude que Papirius ait suivi l'ordre chronologique ; en tout cas, l'objet des rescrits du premier livre n'offre pas d'analogie avec celui des rescrits du deuxième livre.
On doit probablement rattacher à la môme époque Flo-
Sailvius Julianus, I, 115 et suiv., et le compte rendu de cet ouvraga par Ferrini, Archivio giuridico, 37, p. 10.
(1) Fitting, Caslrense peculium, p. 90, 130, xx.v, clierclic à ctablir que cet ouvrage est antérieur aux Digesta.
(2) Au sujet de la langue do ce juriconsulto, cf. Kaib, Itotns Juristen, 88 et suiv., et E. Schuize, 'Ariisclivifl der Sav.-Stiflung, II. A. \ii, \1l.
(3) Au Dig., Index aiict., 23, Justus est placé oatro TurtuUion et Ulpien; cf. 8 43 ri-dessous.
SOUHCKS DU UaolT IlOilAIN. 17
Tarruntenuâ Palernus.
Scaevoln.
renlinus (1), auteur d'Institutes, en douze livres, dont nous avons des extraits (2).
Le premier auteur qui ait écrit un traité sur le jus militare est Tarruntenus (3) Paternus qui, sous Marc-Aurèle, fut chargé, jusqu'en l'année 174, de la cura epistularum Latinarum (4), puis fut préfet du prétoire, au plus tard, en l'année 179 (5), quitta cette fonction en 183, sous Commode, pour entrer au Sénat sur la demande de ce prince et finit par être condamné à mort sous prétexte qu'il s'était rendu coupable de haute trahison (6). Végéce et les commissaires de Justinien (7) ont fait des emprunts à ses quatre livres de re militari; Lydus les a aussi consultés (8). La plus ancienne citation que nous en ayons est de Macer (9).
Contemporain de Marcellus, mais ayant vécu un peu après lui, Q. Cervidius Scaevola (10) parait avoir consacré
(1) C'est ce qui résulte de la place qu'il occupe au Dig., Index auct., 19, entre Scaevola et Gaius; le texte du Dig., 41, 1, 16, démontre qu'il a écrit après le règne d'Antonin le Pieux.
(2) Lenel, Palingenesîa, I, 171-178, a réuni tous les extraits qui se trouvent au Digeste de Justinien. On s'est aussi servi de cet ouvrage pour les Institutes de Justinien, car on y retrouve certains passages qui en sont tirés. Nous ne voyons pas bien quel pouvait en être le plan : au 1" livre, Florentinus traitait des sources du droit; au 3*, du mariage et de la dot; au 6% de l'acquisition de la propriété et du poslliminium ; au 7', du dépôt et du louage; au 8°, de la vente (ou de la slipulalio duplae), de la stipulation et des matières qu'on avait l'habitude de traiter en même temps (duo rei, cautionnement, novation, acceptilation), du payement et du gage ; au 10°, du testament; au 11', du legs.
(3) Tel est le nom que donnent ÏIndex auct. Dig., 32, et les divers fragments ; Dion, 71, 12, 3, écrit Tarrutenius, et dans la vila Commodi, 4, 2, on lit Tarruteni au génitif.
(4) Dion, 71, 12, 3.
(5) Dion, 71, 3.3.
(6) Vila Commodi, 4, 2; Dion, 72, 5. 10.
(7) De re militari, 1,8: quae Palernus diligenlissimus juris mililaris adsertor in libros redegil. Conjectures sur les extraits tirés de cet ouvrage, dans Dirksen, Nachgelassene Schriften, II, 423 et suiv,
(8) De mag., 1 , 9. 1 , 47. Dans le premier de ces passages, il cite cette œuvre sous le titre de : èv TtpwTri Taxxixwv,
(9) Dig., 49, 16, 12 g 1.
(10) Le nom au complet se trouve au Dig., 28, G, 38 g 3, mais les mots Q. Cervidius ne sont qu'une glose insérée au texte pour expliquer l'expression
de Scaevola.
TARR. PATERNUS. CERVIDIUS SCAEVOLA. 259
sa vie uniquement à la science du droit. Ce fut le principal conseiller de Marc-Aurèle dans les questions juridiques (1). Paul et Tryplioninus reçurent sans doute ses leçons (2).
Ses premiers écrits furent peut-être seâ notes sur le Digeste de Julien et sur celui de Marcellus (3). Il composa (195) ensuite son propre Digeste, en quarante livres, sur le plan de ceux que nous venons de citer (4). L'œuvre date du temps où Marc-Aurèle et Verus régnaient ensemble (5), de celui où Marc-Aurèle occupa seul la dignité impériale (6)
Scaevola noster. On lit au Dig. , 27, 1, 13 g 2. 40, 5, 50, Cervidius Se; ailleurs, on l'appelle d'ordinaire Scaevola tout court; Q. Mucius Scaevola est désigné sous le nom de Q. Mucius, ce qui ne permet pas de le confondre avec le Scaevola dont nous nous occupons.
(1) Etait-ce à titre de membre du conseil impérial (cf. Dig., 36, 1, 23 pr.) ou comme fonctionnaire , c'est ce qui ne résulte pas nettement du passage de la vita Marci, II, 10 {[Marcus] habuit secum praefectos, quorum et auctoritate et periculo semper jura diclavit . usus autem est Scaevola praecipue juris perito). Qu'il ait déjà donné des responsa sous Antonin le Pieux, c'est ce qu'on ne saurait conclure d'un passage du Dig. ,34, 1, 13 g 1 (imp. Antoninus Pius).
(2) Tous les deux le désignent sous la dénomination de Scaevola nosler. Un texte de Paul, Dig., 28, 2, 19, rapporte des renseignements recueillis de la bouche de Scaevola. — Bremer, Rechtslehrer, p. 53, fait encore d'Ulpien un élève de Scaevola, mais les textes qu'il cite (Dig., 12, 1, 17. 23, 3, 43 pr. 35, 2, 35. 36, 1 , 23 pr. 41 , 1, 33 pr.) ne sont pas probants; dans les dispulationes d'où ces textes sont tirés, on cite de la même manière d'autres anciens jurisconsultes. Le manuscrit du Vatican, Pal. 899, de la Vila Caracallae contient au c. 8, 3, une addition du treizième siècle au sujet de Papinien; elle est ainsi conçue ; eumque cum Severo professuin sub Scaevola et Severo in advocalione (isci successisse. Sur le défaut d'authenticité de cotte addition, cf. Mommsen, Zeitschrifl der Savigny-Sliftung , XI, 30, et Hermès, XXV, 288.
(3) Dig., 2, 14, :A, 18, 6, 11. 24, 1, 11 g 6. 31 , 24. 35, 2, 56 g 2. Val. fr., 82. Bremer, Rechtslehrer, p. 55, conclut sans motif d'un texte du Dig., 24 , 1, 11 g 6, et des Val. fr., 82, que les notes de Scaevola sur Marcellus n'ont été publiées que par Ulpien.
(4) Lencl, Palingeiiesia, II, 515-270. Au Digeste de Justinicn, on n' a fait des emprunts à. cet ouvrage que jusqu'au livre 34.
(5) Dig., 2, 15, 3 pr. (livre 1).
(G) Dig., 32, 39 pr. (liv. 20) : imp. nosler divus Marcus. Il faut, dans ce texte, clfacer dious Marcus qui n'est qu'une glose (sic MomiAscn); mais -un texte du Dig,, 31, 67 g 10, prouve que la glose est exacte; cf. Filting, AHer der Scliriflen der roemischen Jurislmi. p. 26. Dans le Icxlo cité au Dig., 18, 7, 10 (livre 7), on voit <iuc Scaevola no connaissait pas une ci>nstitution (le Marc-Aurèle cl de Commode; Tryplioninus a dû l'ajouter dans ses notes au texte do son inailro ((|uant au fiagmont du Di^., 45, I, 122 g 2, 1. 28,
et de celui où il régna avec Commode (1). Scaevola n'y donne, du moins à notre connaissance, aucune explication dogmatique ; il ne se sert que de ses propres travaux ; sauf trois textes où il rapporte des rescrits de Marc-Aurèle et de Verus (2), il ne donne que ses propres responsa (3). Il ne s'est donc pas proposé de substituer son œuvre aux précédentes; son but a été plutôt de compléter celles-ci (4). Il en est résulté que certaines parties, notamment celles qui sont relatives aux legs et aux fidéicommis, matière traitées ensemble aux livres 15 à 23, ont pris des proportions beaucoup trop étendues par rapport à l'ensemble. Les solutions que donne Scaevola sont fort concises ; la plupart du temps il ne les motive pas (5) ; souvent, elles ne sont même pas exemptes d'une certaine rudesse (6) ; il s'en (196) tient rigoureusement à la question qui lui est posée, et il
voy. Kipp, Feslgabe fur Windscheid , p, 118). Le personnage du nom de Larcins Eurippianus qui consulte Scaevola au fr. du Dig., 33, 1, 21 g 4, est probablement le consulaire tué sous Commode , dont il est question dans la Vita Comm., 7.
(1) Dig., 22, 3, 29 g 1 (livre 9); ce texte n'a pu être écrit qu'après la confection du sénatus-consulte Orfitien (a, 178). C'est ce que fait remarquer Lenel, Palingenesia, II, 215, 1, tout en admettant que le Digeste de Scaevola a été composé en entier après l'a. 178. Cf. Kipp, op. cit., p. 117etsuiv.; ce dernier auteur place le livre XXV sous Commode, parce qu'un fragment de Scaevola, Dig., 9, 1, 28 g 1, se réfère au rescrit de ce prince mentionné au Digeste, 12, 3, 10; mais dans ce fragment, on lit : idque etiam d. Commodus rescripsit ; il se peut dès lors que la 1. 28 g 1 fasse allusion à un autre rescrit.
(2) Dig., 2, 15, 3 pr. 22, 3, 29 pr. 50, 1, 24.
(3) C'est pour cela que l'on n'y trouve pas de citations d'anciens jurisconsultes. On lit d'ordinaire, en tète des consultations de Scaevola : respondit; le texte ne porte : Scaevola respondit que par exception , lorsque la demande est jointe à la réponse, par exemple Dig., 36, 1, 78. 50, 16, 243. Aussi faut-il penser qu'il y avait : respondit dans les textes où on ne trouve aujourd'hui que : respondi (en particulier au liv. 2 et au liv. 3).
(4) Les textes cités à la note 3 sont décisifs contre ceux qui ne voient dans les Digesta qu'un recueil de responsa. Ce sont les commissaires de Justinicn qui ont réduit à un nombre proportionnellement si faible les fragments autres que les responsa.
(5) Excepté, par exemple, Dig., 2, 15, 3 g 2.
(()) Ainsi il déclare que la question qu'on lui pose est absurde, Dig., 21, 1, 66 pr. 32, 39 g 1. 40, 4, 60, ou bien il répond simplement nihil proponi cur, 33, 2, 32 p>-. etc., ou même cur non ? Dig., 34, 1, 19.
CERVIDIUS SCAEVOLA. 261
est rare qu'il signale des points peut-être négligés de nature à entraîner une solution différente (1). Claudius Tryphoniiius, l'annotateur du Digeste de Scaevola, a joint de temps à autre aux décisions de celui-ci les motifs de décider. Les questions soumises à Scaevola se référaient souvent à des affaires survenues dans les provinces; quelques-unes d'entre elles sont rédigées en grec. Ce n'est pas un motif pour croire que Scaevola ait vécu dans une province et, en particulier, en Orient (2); tout ce qui en résulte, c'est qu'il était un des jurisconsultes les plus renommés de son temps, ce que prouverait, d'ailleurs, l'étendue de son recueil de réponses.
Les compilateurs de Justinien ont fait des emprunts Réponses. pour leur Digeste , non seulement au Digeste de Scaevola, mais encore aux six livres de ses Responsa, ouvrage conçu sur le môme plan. L'époque de sa composition ne nous est connue que par deux allusions au règne de Sévère , qui se trouvent dans ses fragments (3). La comparaison avec le Digeste du même auteur démontre , d'ailleurs, que cet ouvrage est plus ancien, les Réponses plus . récentes. On trouve rapportées dans celles-ci plusieurs consultations qui figuraient déjà au Digeste; quelques-unes sont textuellement reproduites ou, du moins, n'ont subi que des modifications insignifiantes (4) ; il y en a d'au-
(1) Ainsi, par exemple, Dig., 4, 3, 32. 32, 37 pr.; il en est autrement dans certains textes, Dig., 2, 14, 47 § 1. 18, 5, 9. 21, 2, 12. 2G, 7, 58 § 1, 59. 26, 8, 20, où l'exposé des faits est insuffisant et demande à être complété. Cf. Zeiischrift der Savigny-SUriung , VIII, 1, 101. 111. Au Dig., 49, 1,28 g 2, la disposition finale où les curateurs sont assimilés aux tuteurs, est une addition des compilateurs de Justinien, comme cela résulte d'autres textes.
(2) En sens contraire, voir Bremer, Rechtslehrer, p. 90 et suiv.
(3) Hirschfcld, Hermès, XII, 142, appelle l'attention sur le titre de ;)rac/"ech<s legionis, au Dig., 26, 7, 47 § 4, qui, d'après Willmanns, Ephemeris epigra-
phica, I, 95 et suiv., paraît avoir été introduit pour la première fois par « . ,, / . . Sévère. Lenel, Palingenesia, II, 287, 6, fait remarquer que le fragment du /v^^i.t ),,> ^^ +,,.^1^. Digeste, ^4, 4, 47 g 1, suppose la connaissance de ro>-.i/io t^everi de l'a. 195 ^^/
(Dig., 27, 8, 1).
(4) Dig., 42, 1, 64 = 49, 1, 24 pr. (l'addition qu'on trouve aux rcsponsa, vel lutor vel curator, est duo aux compilateurs); 32, 38 § 8 = 32, 93 {j 5; 36, 1, 80 pr. = 31, 89 jf 3.
très, au contraire, qui ont été abrégées ou dont on n'a donné qu'un extrait (1) ; une seule fois, la rédaction qu'on trouve au Digeste est plus courte (2), mais cela tient à ce que les Responsa présentent la question avec plus de développements (3). Dans ce dernier ouvrage, les solutions sont «19''') souvent exposées avec plus de détails que dans le Digeste.
Les Responsa furent annotés, comme le Digeste, par Claudius Tryphoninus (4) et, en outre, par Paul (5). Questions. Les Quaestiones (6) du même auteur sont aussi de date
plus récente que le Digeste ; elles contiennent vingt livres et ont été rédigées au plus tôt sous Commode (7). Scaevola y a encore suivi le même plan que dans son Digeste. Il y cite Aquilius, Servius, Labéon, Sabinus, Cassius, Proculus, Neratius , Julien, Pomponius (8) et Marcellus.
On doit encore à Scaevola un livre de Quaestiones publics tractatae (9) ; quatre livres de Regulae, dont le plan concorde
(1) Dig., 34, 3, 28 g 13. 14 = 32, 93 g 1. 15, 3, 21 = 15, 3, 20 pr. 32, 38, g 4 = 32, 93 pr. (les noms des parties sont changes dans les responsa) ; 26, 7, 59 = 2, 14, 44. 34, '3, 28 g 4 = 34, 3, 31 g 2. 33, 7, 28 = 36, 2, 28.
(2) Dig., 34, 3, 28 g 6 = 34, 3, 31 g 4. 5.
(3) Même observation à propos des textes du Dig., 32, 93 g 1, et 34, 3, 28 g 13. Mommsen, Zeitschrift fur Rechtsgeschichle, V'II, 484, conclut de cette comparaison des textes et du fait que les jurisconsultes postérieurs ne citent jamais les Digesta, tandis qu'ils citent les Quaestiones, que les Digesla n'ont été composés qu'après le régne d'Alexandre Sévère à l'aide des ouvrages do Scaevola. Mais cette conclusion ne paraît pas justifiée. Les responsa et les autres ouvrages de Scaevola ne sont pas cités non plus; et, d'ailleurs, le nombre des citations de Scaevola est très faible. Cf. H. Pernice, Miscelianea, I, G3 et suiv.
(4) Dig., 31, 88, g 12.
(5) Dig., 40, 9, 26.
(6) Marcien, au Dig.. 20, 3, 1 g 2, intitule cet ouvrage Variae quaestiones.
(7) Une constitution de Marc-Aurèlc et de Commode que Scaevola ne connaissait pas en écrivant ses Digesta (ci-dftssus, p. 259, n. G), est prise en considération dans ses Responsa (Dig., 4,4, 11 g 1). Filting, op. cit., p. 27, soutient que les Quaestiones ont été composées avant Voratio Severi sur l'aliénation des biens des mineurs, de l'a. 195, en se fondant sur ce que Scaevola n'est pas mentionné au Dig., 27, 9; l'argument n'est pas concluant.
(8) Dig., 3, 5, 8; on trouve dans ce texte, d'abord une explication de Pomponius, et, à la suite, l'opinion personnelle de Scaevola sous forme d'une note.
(9) De la comparaison du Dig., 44, 3, 14, avec les Instit., 2, C, 13, il ne ré-