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CHAPITRE VII

De l’Ivoire.

Scs caractères, <— Ses divers espèces, — lu ivoire chez les anciens, — Ivoire liquide.

On appelle ivoire la substance osseuse qui constitue les énormes dents connues sous le nom de défenses de l’éléphant.

Le réseau de losanges ou d’alvéoles rhomboïdales que l’on observe dans la coupe transversale de ces défenses, est un caractère qui les fait connaître facilement et qui les distingue surtout des os ordinaires, dans lesquels on n’aperçoit que des couches et des voies longitudinales.

Cette substance a un tissu, une couleur, une finesse de grain et une dureté qui la rendent trèsutile dans un grand nombre d’arts.

On en fait des dents artificielles, des manches d instruments, des éventails, des statuettes, et une foule de petits ouvrages d’une extrême délicatesse. Dans une des dernières expositions de l’industrie

françaises, on a pu remarquer un petit vaisseau en ivoire avec ses agrès, ses voiles, ses cordages, digne d’admiration par le fini de son travail.

Les défenses d’ivoire brut sont connues sous le nom de morfil ; on en a trouvé du poids de quatre-vingts kilogrammes.

Les dents de l’hippopotame, du morse et du narval, fournissent aussi des espèces d’ivoire trèsestimés.

Les principales espèces d’ivoire sont :

1° L'ivoire de Guinée , qui est le plus serré, le plus estimé de tous; il est légèrement blond, translucide et blanchit en vieillissant, tandis que tous les autres jaunissent;

2° L 'ivoire du Cap, qui est blond, mat et parfois un peu jaune.

3° V ivoire de Ceylan , qui est d’un blanc rosetendre, il est très-rare;

4° L 'ivoire fossile de Sibérie , qui est trèsabondant et parfaitement conservé, quoiqu’il soit enterré depuis la dernière révolution du globe; il est d’une couleur blanche, légèrement verdâtre. C’est pour cela qu’on le connaît sous le nom d’ivoire vert.

L’éléphant est, parmi les animaux que l’on a

rencontré dans l’ancien continent, celui que l’on a le plus souvent déterré. Mais il paraît que cette sorte d’éléphant, très -semblable h celui des Indes, n’était cependant point de la même espèce. Les alvéoles de ses défenses étaient beaucoup plus longs, sa trompe devait être beaucoup plus épaisse, mais sa taille n’était pas supérieure.

Un cadavre de ces animaux, découvert en Sibérie, a fait voir [qu’il était couvert d’un poi^ épais, que sa nuque était chargée d’une sorte de crinière, ce qui porte k croire qu’il vivait dans les climats froids.

Tous ces ossements fossiles sont si bien conservés, leurs parties les plus délicates sont tellement entières, que l’on est étonné lorsque l’on pense que des milliers d’années ont passé sur ces débris.

Ces grands rhinocéros, ces vastes éléphants,

Du midi dépeuplé gigantesques enfants,

En foule dans le Nord plongés aux mêmes tombes,

Et du règne animal immenses hétacombes.

(Les Trois Règnes.)

On appelle ivoire végétal , et aussi noix de

Tagua , la semence d'un arbrisseau du Pérou, le phytelephas à gros fruits des botanistes, que les tourneurs substituent à l’ivoire, depuis quelques années, pour une foule de petits objets élégants.

On distingue l’ivoire végétal du véritable ivoire en y déposant une goutte d’acide sulfurique, qui y développe une teinte rose, qu’un simple lavage à l’eau fait disparaître, tandis que cette acide ne produit aucune altération sur l’ivoire animal.

L’ivoire perd bientôt sa blancheur au contact de l’air et de la poussière; on peut l’empêcher de jaunir, de se ternir, en l’enfermant sous une cloche de verre hermétiquement close; ainsi exposé aux rayons du soleil, il devient même plus blanc.

On peut teindre cette substance de différentes couleurs. Pour cela, après l’avoir laissé tremper pendant quelques heures dans une dissolution d’alun ou dans du vinaigre, on le plonge dans un bain de bois de Brésil, de safran ou d’épinevinette, de vert-de-gris, de campêche ou de sel de fer, selon que l’on veut avoir le rouge, le jaune, le vert ou le noir.

M. Darcet est parvenu, en tannant la gélatine extraite de l’ivoire, à la convertir en une écaille factice, tout h fait semliable à l’écaille rouge, au-

jourd’hui si chère, et avec laquelle on fait de beaux ouvrages de tabletterie.

L’ivoire était connu des peuples de l’antiquité, qui l’employaient soit pour orner leurs maisons et leurs temples, soit pour sculpter les images de leurs dieux, soit même pour faire des meubles. Plusieurs passages de la Bible prouvent que les Hébreux en décoraient jusqu’aux murs de leurs palais.

Il y avait dans la Grèce des artistes distingués par leur goût et par leur adresse k travailler cette matière. Homère parle d’un certain Semalius qui excellait dans ces sortes d’ouvrages; souvent aussi, il parle de fourreaux et de gardes d’épée, même de lits et d’autres ustensiles faits..<j,e cette substance.

La Grèce présentait plus de cent statues d’ivoire et d’or, la plupart très-antiques et presque toutes au-dessus de la stature humaine. Les anciennes lyres étaient en ivoire, il en est de même des chaises des premiers rois et consuls à Rome.

Autrefois on faisait entrer dans les remèdes, comme astringent, sous le nom d ivoire, Tivoire réduit en poudre.

Dernièrement, on a annoncé une nouvelle ?et

importante découverte due à une femme, madame Rouvier-Paillard. Il s’agit d’un procédé au moyen duquel l’ivoire liquéfié est employé à prendre l’empreinte de bas-reliefs et de sculptures de la plus grande dimension. Réduit en pâte, l’ivoire est coulé dans le creux sans aucune pression, et, lorsqu’il est revenu à l’état solide, il rend le modèle avec une parfaite exactitude dans ses détails les plus délicats. Lorsqu’on n'a pas connaissance de ce procédé, on demeure confondu en voyant des bas-reliefs d’un mètre de hauteur en ivoire d’un seul morceau.

Les boiseries sculptées du chœur de Notre-Dame de Pans viennent d’être reproduites par ce nouveau moyen plastique.

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