CHAPITRE VIII
De l’Or.
De l or, — Sa nature . — Ses caractères. — Ses gisements. — Son extraction. — Ses alliages. — Titres de l’or. — Essais ou procédés pour reconnaître le titre de l’or. — Préparation d’oxyde d’or.
Eau régale , dissolution de l’or. — - Or fulminant . Pourpre de CMSsius. — Dorure sur métaux, sur bois, pierre , porcelaine , carton , papier , etc. — Mse erc coa/eur des bijoux dorés. — Em/doz de l'or dans la médecine.
L’or a été de tout temps le signe représentât de toutes les valeurs commerciales, et, par conséquent, de la richesse des peuples; il jouit d’un grand nombre de propriétés particulières, qui le rendent extrêmement précieux.
La belle couleur de l’or, sa ductilité, sa malléabilité, sa ténacité, son inaltérabilité à l’air sec ou hu-
mide, sa résistance à l’action immédiate du soufre, des alcalis et de presque tous les acides, l’on fai considérer de tout temps comme le premier et le plus parfait des métaux; aussi les alchimistes l’avaient-ils surnommé le roi des métaux.
L’or pur est d’un beau jaune ; il n’a ni odeur ni saveur ; sa ductilité est telle qu’on peut le réduire en feuille de 0,00009 d’épaisseur; 0 gr. 0,65 d’or suffisent pour couvrir une surface de 3 m. 068 carrés, et 31 gr. pour dorer un fil d’argent de 200 myriamètres de longueur.
Un fil d’or du diamètre de 2 millimètres peut supporter, sans se rompre, un poids de 68 k. 21 6, tant est grande sa ténacité; sa densité, c’est-àdire son poids comparé a celui de l'eau, est de 19,4. Il est bon conducteur du calorique et du fluide électrique. Il est fusible à 32° du pyromètre ; on facilite sa fusion au moyen d’une petite quantité de nitre ou de borax. Une feuille d’or placée entre l’œil et la lumière paraît d’un bleu verdâtre.
Si, sous la forme d’une lame mince ou de fil, on le soumet à l’action d’une forte décharge électrique, il se réduit en une poussière purpurine. Lorsqu’il est fondu et refroidi à sa surface, si on
DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. 1 i 5
décante la portion restée liquide au centre, on l’obtiendra cristallisé en portions octoédriques ou en pyramides quadrangulaires.
Un métal aussi peu disposé k la combinaison doit exister k l’état natif, aussi n’est-ce qu’k cet état qu’on le rencontre dans la nature ou seulement allié k un petit nombre de métaux, tels que l’argent, le cuivre, le fer, l'antimoine, l’arsenic^ l’étain et le tellure.
11 se présente quelquefois en morceaux isolés, de forme ovoïde, pesants depuis une once jusqu’k un marc et nommés pépites ; quelquefois, sous forme de rameaux, ou régulièrement cristallisé en cubes ou en octaèdres, le plus souvent en fils déliés et contournés, en grains plus ou moins gros, occupant des filons qui traversent des roches primitives. Il est quelquefois disséminé en particules imperceptibles dans des substances que l’on nomme aurifères, telles que le cuivre pyriteux, le sulfure d’argent, le fer sulfuré.
* Il se trouve surtout abondamment disséminé
sous forme de paillettes dans les terrains de transport ou d’alluvion, dans le lit des fleuves ou des rivières, tels que le Rhin, le Rhône; l’Ariége, le Gard, etc.
L’or en paillettes des terrains d’alluvion, ou mêlé au sable des rivières, en est séparé mécaniquement et au moyen du lavage. C’est en France, l’unique occupation d’hommes que Ton nomme orpailleurs , et des nègres ou négresses en Afrique et en Amérique.
Ils se servent h cet effet de tables h cannelures inclinées et recouvertes d’étoffe de laine, ainsi que de sébilles à main qu’ils font mouvoir avec beaucoup d’adresse.
Les minerais d’or en roche sont bocardés et lavés pour en séparer la gangue plus légère, le métal obtenu par ce moyen est fondu avec partie égale de plomb, et l’alliage est soumis à la coupellation. Mais si l’or est disséminé dans la gangue en partie si teuues qu’on ne puisse les isoler par le lavage des substances qui l’aecompagneen*
on s'y prend d’une autre manière. On profite de l’affinité si remarquable que l’or a pour le mercure ; on pétrit avec ce métal le minerai d’or réduit en poudre fine; le mercure s’empare des parcelles d’or les plus petites, et l’on obtient ainsi un amalgame d’or.
On distille ensuite cet amalgame dans des cornues de fonte ; le mercure passe dans un récipient, où il se condense au moyen de l’eau, et l’on a pour résidu l’or que Ton calcine pour le priver des dernières portions de mercure qu’il pourrait retenir. Ce procédé, que l’on appelle procédé par amalgation, est le plus usité, le plus sûr, le plus expéditif, et celui qui donne l’or le plus exempt des métaux étrangers
Plus l’or est pur, moins il a de consistance; il se ploie facilement lorsqu’il n’a pas beaucoup d’épaisseur, on l’allie au cuivre pour augmenter sa dureté; la monnaie d’or, en France, contient un dixième de cuivre ; l’or, employé à la fabrication des bijoux en contient encore davantage; la loi
reconnaît trois sortes d’alliages d’or qu’on appelle titre de l’or. Le premier est formé de 920 d’or et de 80 de cuivre; le second de 840 d'or et de 60 de cuivre ; le troisième de 750 d’or et de 250 de cuivre.
Ainsi, la monnaie d’or est au titre de 900 millièmes, et les ouvrages d’orfèvrerie k l’un des trois titres de 920, 840 ou 750 millièmes de fin.
L’alliage d’or et de cuivre est le plus employé dans les arts. Ce métal s’allie encore k l’arsenic, k l’étain, au fer, au zinc ; l’alliage d'or et d’arsenic a une couleur grise; celui d'or et de zinc a une couleur blanche ; celui d’or et de fer une couleur grise-jaunâtre; cet alliage, plus fusible que le fer et l’acier, est employé pour souder ces substances.
L’or n’est jamais employé pour la fabrication des monnaies, ni livré au commerce, sans qu’au préalable le titre n’en ait été déterminé.
L 1 essai est l’ensemble des opérations nécessaires pour s’assurer du t trc. Pour cela on se sert depetits vases ou coupelles fabriquées avec de la poudre d’os
calcinés, dans lesquels on fait fondre la portion d’or que l’on veut étudier, après y avoir ajouté les quantités d’argent et de plomb nécessaire. C’est * la raison pour laquelle on a donné à cette opéra tion le non de coupellation .
Dans les essais d’or au moyen de la coupellation, on agit toujours sur un gramme ou un demigramme, ou deux décigrammes au moins de la matière; mais quand il faut déterminer le titre de bijoux très-délicats, à jour ou en creux, et dont le poids est h peine de quelques grains, on a recours à un autre mode d’essai, qu’on nomme essai par le touchau.
Le touchau est une petite barre d’or k quatre pans, un peu aplati ; chaque touchau représente un des titres établis par la loi. On a donc autant de touchaux que la loi reconnaît de titres; ces titres, au nombre de trois, sont exprimés, comme nous l’avons dit, par les dénominations de 750, 840 et 920 millièmes de fin.
Pour faire l’essai d’une pièce, on l’appuie et on la frotte sur la pierre de touche, assez fortement pour y laisser une trace pleine ; on agit de la même manière avec le touchau portant le titre que la pièce doit avoir ; puis à l’aide d’un tube de
verre dont on plonge le bout dans une liqueur acide, on étend également sur les deux traces métalliques la petite portion d’acide qui est restée au tube. Cette liqueur acide est composée de trois * parties d’acide nitrique et d’une partie d’acide muriatique ou hydrochlorique.
L’essayeur juge de suite par la nuance que prend le métal soumis à l’essai, si son titre est inférieur à celui du touchau, et lorsqu'il a l'habileté que donne une longue expérience, il est rare qu’il n’apprécie pas la différence qui existe entre les traces comparées des deux métaux, quand môme cette différence ne serait que de 15 millièmes ou d’un tiers de carat.
L’or ne s’oxide point directement, on prépare l’oxide d’or en mêlant à la dissolution de ce métal une substance alcaline ; la magnésie délayée dans l’eau et ajoutée h la dissolution d’or, en opère beaucoup mieux la précipitation que la potasse; e précipité que l’on obtient est toujours mêlé de magnésie, que l’on sépare en traitant le précipité
DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. 121 par l’acide nitrique, qui dissout la magnésie et n’exerce aucune action sur le péroxyde d’or. Ce péroxyde, bien lavé est jaune ; il est facilement décomposé par la chaleur qui en dégage l’oxygène; il est formé de 12 parties d’oxygène pour 100 de métal. Le sulfure d’or que l’on obtient en faisant traverser la dissolution d’or par un courant d’acide hydrosulfurique, est formé de 24 parties de soufre pour 100 de métal.
Les acides employés isolément n’ont aucune action sur l’or ; l’acide nitrique a 40 degrés et, aidé de la chaleur ou chargé de deutoxyde d’azote, est le seule qui à la longue en dissolve une très-petite quantité. Le chlore liquide a de l’action sur l’or en feuilles très-minces et le dissout ; ce n’est cependant point par cette action directe que l’on prépare le chlorure d’or, mais au moyen d’un mélange d’acide hydrochlorique et nitrique : 4 parties du premier à 22 degrés et une partie du second a 32 degrés sont les proportions que l’on emploie de préférence pour dissoudre l’or.
Ce mélange, connu autrefois sous le nom d 'eau régale, à cause de sa propriété de dissoudre le roi des métaux, * et nommé aujourd’hui acide hydro chloro-nitrique, est le meilleur dissolvant de l’or.
Lorsque ce métal est divisé, la dissolution s’opère à froid ; on a recours à la chaleur que quand l’or est en morceaux ou en grenaille.
La dissolution de chlorure d’or a une couleur jaune, tirant sur l’orange quand elle est concentrée ; sa saveur, légèrement styptique, n’a point l’âpreté des dissolutions de cuivre ou d’argent.
Lorsqu’on verse de l’ammoniaque dans la dissolution d’or étendue d’eau, il se forme sur-lechamp un précipité de couleur jaune, qu’on lave et qu’on dessèche pour le conserver. Ce précipité est formé d’or et d’ammoniaque; c’est un ammoniure d’oxyde d’or, ou bien encore un orate d'ammoniaque, Ce composé d’oxyde d’or et d’ammoniaque est l’or fulminant , découvert par Berthollet; il détonne fortement par la chaleur, par le choc et par un frottement longtemps prolongé.
Quelques gouttes de protochlorure d’étain, versé dans la dissolution d’or étendue d’une grande quantité d’eau, y forme sur-le-champ un précipité léger, floconneux, d’un beau rouge, qui porte le
nom de précipité pourpre de Cassius. On se sert de ce composé pour produire les belles couleurs pourpres et violettes dans la fabrication des porcelaines de prix.
La dissolution d’or tache la peau en pourpre violâtre ; ces taches ne disparaissent qu’avec l’épiderme ; elle colore de la même manière les substances organiques végétales et animales*, telles que le papier, le bois, les os, l’ivoire, etc. Elle est décomposée par toutes les substances qui tendent à s’emparer de l’oxygène : le charbon, l’hydrogène, le phosphore ; aidés de la chaleur de l’eau bouillante, un grand nombre de métaux, l’éther, les huiles essentielles, etc., etc., en opèrent la décomposition, et par suite de l’action de ces corps, l’or se réduit et se précipite.
On emploie fréquemment ce métal dans les arts h couvrir la surface d’un grand nombre de corps. On l’applique sur le bois, le plâtre, le carton, le papier, le cuir, sur les métaux et certains alliages, tels que le fer, l’acier, le cuivre, le bronze, etc.
Cette application porte le nom de dorure, et l’on nomme doreurs les ouvriers chargés de la faire.
La dorure s’opère par plusieurs procédés :
1° Le plus ancien est la dorure au mercure déjà décrite par Pline, et qui consiste à déposer sur le métal à dorer un amalgame d’or et de mercure et à volatiliser ensuite le mercure par la chaleur. L’inconvénient de ce procédé est d’exposer les ouvriers à l’action délétère des vapeurs mercurielles, ils en contractent souvent de graves maladies, comme la salivation, le tremblement nerveux, la paralysie;
2° La dorure au feu avec de Vor en feuilles s’applique au fer et au cuivre : sur le métal raclé, poli et suffisamment chauffé, on applique une ou plusieurs couches d’or, que l’on racle ensuite avec le brunissoir ; puis on soumet la pièce à un feu doux;
3° La dorure à froid ou au pouce se fait en frottant la pièce avec de l’or en poudre, au moyen d’un bouchon et même du pouce, jusqu’à ce que la couche ait une épaisseur convenable ; puis on opère le brunissage avec de l’eau de savon;
4° La dorure par immersion ou au trempé , procédé fort rapide, économique et applicable aux
objets les plus délicats. On plonge le métal à dorer dans un bain composé d’une dissolution bouillante de chlorure d’or, dans un bain de bicarbonate alcalin. Ce procédé a été introduit dans l’industrie par M. Elkington, en 1836;
5° La dorure galvanique , exécutée avec succès depuis 1840, a pris un essort considérable dans ces dernières années ; le procédé par lequel on 1 exécute s’emploie également avec avantage, pour déposer lVgent, le platine ou un métal quelconque sur tout autre métal.
Ce procédé consiste à maintenir les objets à dorer dans un bain composé généralement de cyanure de potassium et de cyanure d’or ou tout autre sel d’or; le tout dissous dans l’eau est maintenu à une température constante de 18 h 20°; le temps de l’immersion varie avec l’épaisseur de la couche d’or que l’on veut déposer sur les objets. Les objets à dorer sont mis en communication par des fils de laiton doré, avec les pôles d une série de piles galvaniques.
6° La dorure sur bois, pierres, ornements en pâte de toute nature, sur plâtre, stuc, etc., s’opère à l’huile ou au détrempe. On recouvre ces objets d’une couche de céruse délayée dans de l’huile de
lin ; on y ajoute un mordan composé d’or couleur et d’huile cuite. Lorsque ce mordan est à moitié sec, on le couvre de minces feuilles d’or, sur lesquelles on promène, en appuyant un peu, un pinceau plat de blaireau légèrement graissé de suif ; on termine en appliquant sur la dorure un léger vernis à l’alcool.
7° La dorure sur porcelaine se fait en y appliquant, avec un pinceau ou h l’aide de planches d’acier, de l’or en poudre ou un sel d’or mis en pâte avec de l’huile de lin, de l’essence de thérébentine, etc. On soumet au brunissage après la cuisson.
8° Pour dorer les tranches delivres, on les met en presse très-serrées; on applique dessus une légère couche de blanc d’œuf battu, puis une seconde de la même substance, à laquelle on ajoute un peu de bol d’Arménie et de sucre candi en poudre; on égalise bien cette couche lorsqu’elle est sèche, puis on la mouille légèrement, et l’on y applique ensuite l’or en feuilles que l’on brunit ensuite U la dent-de-loup.
On procède de la même manière pour imprimer des lettres d’or sur la couverture des livres reliés : après avoir ainsi préparé U place â impri-
mer, on y dépose le feuille d’or, qu’on y fixe à l’aide de fers chauds gravés en relief. On frotte ensuite avec du coton pour enlever l’excédant de l’or.
La couleur des bijoux dorés, qui n’ont point été ce que l’on appelle mis en couleur , ont toujours une couleur rouge; pour changer ce rouge en jaune pur, couleur naturelle de l’or, les orfèvres les plongent, et même les font bouillir pendant quelques instants, dans un mélange à parties égales de nitre, de sel marin et d’alun dissous dans l’eau,
A l’aide de l’eau régale très-faible qui se forme par l’action mutuelle de ces sels, le cuivre est enlevé de la surface, où l’or, resté seul et pur, reprend sa couleur. C’est ce que les orfèvres appellent mettre les bijoux en couleur .
Anciennement, les gens peu instruits étaient disposés b croire que les substances rares et précieuses devaient avoir sur l’économie animal des vertus proportionnées au prix qui y était attaché ;
de là l’emploi d’un grand nombre de préparations connues sous les dénomminations d'élixir d'or, de gouttes d'or, d’or potable , de feuilles d’or , dons les électuaires, aussi bien que de pierres précieuses, et qui depuis sont tombées dans l’oubli.
De nos jours cependant, quelques médecins ont essayé d’employer l’or spécialement pour le traitement de différentes maladies, telles que désaffections lymphatiques et autres pour lesquelles on emploie le mercure, et plusieurs essais n’ont point été sans succès.
On administre les préparations d’or de deux manières : à l’extérieur en friction, et k l’intérieur. Dans ce dernier cas, on mêle une partie du sel triple d’or et de soude avec deux parties d’une poudre végétal, comme celles de réglisse ou d’iris de Florens, dans la vue de modérer l’action de ce sel.