CHAPITRE IX
De l’Argent.
Sa nature. — Ses différents états. — Principales mines . — Remarques de M. deliumboldt. — Caractère de l'argent. — - Corps qui ont le plus d'affinité pour l argent . — Comment peut-on rendre aux objets d'argent leur première beauté, lorsqu'ils ont été ternis? — Argent fulminant. — Arbre de Diane . Chlorure d'argent et papier photographique. — Nitrate d'argent. — Encre indélébile. — Pierre infernale. — Moyen de donner plus de dureté à l'argent sans nuire à sa ductilité. — Alliages autorisés en France. Comment on donne aux alliages l’éclat de l'argent.
L'argent, connu de toute antiquité, était désigné autrefois sous le nom de Lune et de Diane.
Ce métal est d unblanc des plus éclatants, sus*
ceptible de prendre un très-beau poli , il n’a ni saveur ni odeur ; le contact de l’air ne lui fait éprouver aucune altération, k moins qu’il n'y existe des vapeurs sulfureuses. Sa dureté n’est pas considérable; on ne pourrait même pas fabriquer avec l’argent pur, des ustensiles durables, si on ne lui donnait plus de consistance en l’alliant avec un peu de cuivre ou d’autres métaux. Sa pesanteur spécifique, comparée à celle de l’eau, est de 10 J/2.
Il est d’une ductilité et d’une malléabilité remarquables. On en fait des fils très-déliés et des feuilles si minces que le moindre vent les enlève. Sa ténacité est très-grande . un fil de deux millimètres de diamètre supporte un poids de quatre-vingt-cinq kilogrammes sans se rompre.
Lorsqu’il est fondu, l’argent jette encore plus d’éclat que quand il est solide; si on le laisse refroidir lentement et que l’on décante avant que la totalité ne soit figée, on obtient une cristallisation en pyramides quadrangulaires bien déterminées.
Ce mêlai existe dans la nature sous différents
DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. 13 j
états : on le trouve assez fréquemment à l'état natif, tantôt en masses amoncelées plus ou moins considérables, d’autres fois cristallisé assez régulièrement. Dans quelques circonstances, il se présente aussi sous forme de fibres plus ou moins contournées; mais, en général, l’argènt natif est rarement pur ; le plus ordinairement il est allié avec de l'or, du cuivre, du fer, du plomb, etc.
L’antimoine, le soufre, l’arsenic, le chlore, etc., sont autant de minéralisateurs de l’argent, et ces minerais portent le nom d’argent antimonial, d’argent sulfuré, arséniqué, etc.
Souvent l’argent fait partie de combinaisons beaucoup plus compliquées, et on ne distingue ordinairement ces mines que parles couleurs qu’elles affectent : ainsi, on a ce que l’on appelle l’argent rouge, noir, blanc, etc.
Le Pérou et le Mexique possèdent des mines d’argent infiniment plus productives que toutes celles de l’ancien continent prises ensemble. Les célèbres montagnes du Potosi en renfermaient de si riches que les premiers filons, que l’on découvrit en 1545, n’étaient presque entièrement composés que d’argent; on les exploitait au ciseau. Mais plus on a pénétré en avant et plus ce métal
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est devenu rare. Les mines du Mexique, qui n’ont été decouvertes que postérieurement, sont trèsmultipliées et actuellement plus productives que celles du Pérou.
Les mines d’argent d'Espagne, si anciennement exploitées et autrefois si multipliées, ont été réduites à un très-petit nombre depuis la découverte de l’Amérique.
L’Allemagne compte quelques mines d’argent importantes. En France, les principales sont situées dans les départements de l’Isère et du Haut-Rhin.
La mine de Konisberg, en Norvège, visitée dernièrement par le prince Napoléon, est une des plus remarquables, tant par sa richesse que par la singularité de son site. Des filons puissants, qui ont jusqu’h un mètre d’épaisseur, traversent çà et là dans une certaine étendue, le terrain qui est formé de bancs presque verticaux et souvent parallèles entre eux.
L’argent se présente en masses assez considérables. A Sainte-Marie-aux -Mines, dans le département du Haut-Rhin, on a trouvé, dans une terre grasse, des masses de ce métal natif, du poids de 29 kilogrammes. Selon quelques voyageurs, on ne
a découvert, dans certaines mines, des blocs pesant au-delà de 200 kilogrammes.
Ce métal paraît n’occuper que la partie méridionale de l’Amérique et la partie septentrionale de l’Asie et de l’Europe, tandis que le vaste continent de l’Afrique parait en être dépourvu.
M. de Humboldt fait observer que l’argent se présente, dans le nouveau continent, au milieu de gangues qui diffèrent entièrement de celle de notre hémisphère. Les riches mines de Hongrie et de Transylvanie le présentent au milieu de roches porphyriques, tandis que dans la Nouvelle-Espagne les' filons les plus abondants sont engagés dans un calcaire primitif analogue à celui des Alpes.
L’argent entre en fusion a une température évaluée, par quelques observateurs, à 1,000° environ, ou 22° degrés du pyromètre de Wedgwood. Il est très-peu volatil, et cependant, lorsqu’il est tenu quelque temps en fusion dans les fourneaux de
coupelles, il émet des vapeurs et perd quelque peu de son poids. A une température extrêmement élevée, telle que celle qu’on produit avec le chalumeau k gaz oxygène, la volatilisation est totale et les vapeurs produites brûlent avec éclat.
A aucune température l’eau n’est décomposée par l’argent ; ce métal est inaltérable, soit à l’air sec, soit h l’air humide. Il peut même, lorsqu’il est parfaitement pur, absorber l’oxygène sans qu’il y ait combinaison. Suivant M. Gay-Lussac, exposé k l’air k l’état de fusion, il peut absorber jusqu’à vingt-deux fois son volume d’oxygène; mais il l’abandonne en se refroidissant.
Parmi les corps simples, le soufre et le chlore sont ceux qui ont le plus d'affinité pour l’argent ; il agit sur un grand nombre de composés sulfurés et chlorurés auxquels il enlève l'un ou l’autre de ces éléments. Lorsqu’il est en contact avec l'hydrogène sulfuré, il perd son éclat : ce gaz produit alors un sulfure d’argent, lequel est de couleur noire ; cet effet est surtout marqué dans l’argenterie qui est exposée aux émanations des fosses d’aisances; les cuillers d’argent se ternissent aussi au contact des œufs ou d'autres aliments contenant du soufre.
Pour rendre aux ustensiles leur beauté première,
il suffit de les frotter avec un peu d’huile, ou de craie, ou de rouge d’Angleterre, ou encore dans une toile fine imbibée d’ammoniaque ; lorsque la teinte noire persiste, le mieux est de les plonger un instant dans de l’acide chlorhydrique bouillant ou dans une dissolution de caméléon minéral.
Avec l’ammoniaque, l’oxyde d’argent donne un composé singulier, connu sous le nom d'argent fulminant , qui détonne avec une extrême facilité.
On obtient cette combinaison en ajoutant à l’oxyde d’argent de l’ammoniaque liquide jusqu’à ce que le mélange soit réduit à un état de bouillie très-claire : on l’abandonne ensuite à l'évaporation spontanée, et l’on obtient au bout de quelques heures un résidu solide, de couleur grisâtre, qui est l'argent fulminant.
Une légère chaleur, le choc et même le simple contact, suffisent pour produire la décomposition de ce corps, qui a lieu avec explosion. On doit opé-
rer sur de petites quantités, afin d’éviter tout danger.
La précipitation des sels d’argent par le mercure donne lieu k une curieuse cristallisation métallique connue sous le nom d 'arbre de Diane. 11 suffit, pour obtenir cette cristallisation, de mettre dans un verre k pied une dissolution d’azotate d’argent et d’y ajouter quelques gouttes de mercure. L’argent se précipite et s’amalgame d’abord avec le mercure qui occupe le fond du vase ; puis, le dépôt continuant, on voit des cristaux d’argent se former, s’amonceler les uns sur les autres, et se grouper de manière k produire ces ramifications qui conservent le nom d’arbre de Diane que leur ont donné les alchimistes.
Le chlorure d’argent est un corps blanc insoluble dans l’eau, peu attaquable par les acides, et très-soluble dans Lammoniaque; cet alliage a la propriété de noircir par l’action de la lumière ;
on s’en sert pour la préparation d’un papier photographique propre à recevoir, comme les planches daguerriennes, les images formées dans la chambre noire. Les épreuves que l’on obtient par ce procédé ne sont jamais bien nettes, mais elles donnent le trait assez correctement. Pour les conserver, il faut fixer l’image en enlevant le chlorure non décomposé; pour cela, on plonge la feuille de papier dans l’hyposulfite de soude : le chlorure d’argent se dissout, et l’oxyde noir reste seul.
Quand on fait évaporer une dissolution d’argent dans de l’acide nitrique, il en résulte du nitrate d’argent, sel très-caustique, qui cristallise en lames minces, transparentes et nacrées; il est fusible à une température peu élevée, et se décompose peu après la fusion, si l’on continue à chauffer; l’eau et l’alcool le dissolvent, et comme tous les azotates, il fulmine sur les charbons ardents, et détonne par le choc.
Il a la propriété de corroder rapidement les substances organiques et de les noircir, en les recouvrant d’une pellicule d’argent réduit. C’est pour cela que l’on s'en sert quelquefois pour marquer le linge d’une manière ineffaçable. La dissolution qu’on emploie h cet usage doit être suffisant
ment étendue, sans quoi elle brûlerait le tissu ; on y ajoute de la gomme et on l’applique sur le linge soit avec une plume, soit avec un timbre : les caractères indélébiles ainsi formés ne tardent pas à noircir.
La pierre infernale , qui sert à cautériser, à brûler les cbairs, n’est pas autre chose que l’azotate d’argent, qu’on a fondu et coulé en forme de petits cylindres, que 1*011 monte ensuite dans une espèce d’étui ou de porte-crayon de fer.
L’argent et le cuivre peuvent s’allier en toute proportion, et les composés qu’ils forment sont presque aussi ductiles que l’argent, ont plus de dureté et se déforment moins facilement.
Voici la composition des alliages autorisés en France :
Argent. Cuivre.
Pour la monnaie d’argent. . . 0,900 0,100
Pour la monnaie de billon. . . 0,200 0,8C0
Pour la vaisselle 0.950 0,050
Pour les bijoux 0,800 0,200
L’alliage pour la soudure contient de 0,120 k 0,330 de cuivre.
Ces alliages n’ont pas absolument l’éclat de l’argent; il faut une opération particulière pour leur donner la couleur et l’apparence qu’exige le commerce.
On leur donne tout le brillant de l’argent pur en chauffant au rouge, pendant quelques instants la pièce que l’on veut blanchir, et en déterminant ainsi l’oxydation du cuivre dans les premières couches, tandis que l’argent garde l’état métallique. Plongeant ensuite la pièce encore chaude dans une solution très-faible d’acide sulfurique ou azotique, on dissout l’oxyde de cuivre formé sans attaquer l’argent, qui reste ainsi a la surface de la pièce, pur de tout alliage.