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CHAPITRE X

Le Platine.

Ce métal, connu seulement en Europe depuis 1748, par la relation du voyage de don Antonio Ulloa, a été nommé du nom espagnol platana , diminutif de plata , qui veut dire argent, parce qu’on croyait qu’il n’était qu’une modification de l’argent.

Ce métal est un corps simple, d’un gris d’acier très-clair, presque aussi blanc que l’argent, trèsmalléable, très-ductile et assez mou pour qu’on puisse le couper même avec des ciseaux. Il est inaltérable à l’air, à quelque température qu’on l’expose ; il résiste à l’action de tous les acides, même les plus concentrés, à l’exception de l’eau régale qui le dissout et le convertit en chlorure. Il est infusible au plus violent feu de forge ; c’est le moins dilatable des métaux et le plus pesant

de tous les corps connus; sa pesanteur spécifique est de 21 , 1 0.

Jusqu’ici, il n’a été trouvé qu’à l’état natif ou allié avec un très-petit nombre de métaux, tels que le fer, le palladium, l’irrédium. Ou le trouve en pépites ou grains irréguliers dans les sables qui renferment également l’or et le diamant.

C’est du Choco, à la Nouvelle-Grenade, que provient la plus grande quantité de platine. Les mines de Sibérie, découvertes depuis 1823, sont aussi très-productives, et en fournissent annuellement plus de deux mille kilogrammes. Charles Wood, métallurgiste anglais, fut le premier qui essaya de travailler ce nouveau métal que les Espagnols avaient découvert en Amérique; il publia ses premières expériences en 1 749.

Voici les principales opérations qu’exige l’extraction de ce métal. Le minerai, d’abord calciné au rouge, est ensuite épuisé par de l’eau régale ; on ajoute au liquide une solution de sel ammoniaque, et l’on recueille le précipité jaune qui se forme, qui est un sel double de chlorydrate d’ammoniaque et de bichlorure de platine ; après avoir lavé ce précipité, on le calcine au rouge dans un creuset; le platine reste alors sous la forme d’une

masse grise et spongieuse, désignée vulgairement sous le nom d'éponge de platine. Cette éponge, broyée et mise en pâte avec de l’eau, est introduite dans des cylindres en fer creux, où on la comprime au moyen d’un piston'; elle donne ainsi des lingots que l’on peut laminer et étirer en fil comme le fer.

Ce métal vaut environ un franc le gramme. En Russie, on en fait des monnaies; à cause de son peu de dilatabilité, on l’emploie de préférence à tous les autres métaux à la fabrication des étalons des poids et mesures, des pièces d’horlogerie délicates, des thermomètres métalliques, etc. Sa grande infusibilité le fait employer à la fabrication des creusets, comme vases évaporatoires, alambics, etc. Il remplace dans la fabrication de l’acide sulfurique les vases de verre qui servaient jadis à le concentrer. On l’emploie aussi pour fabriquer les paratonnerres, les lumières de fusils, les cuillers destinées h être plongées dans des mélanges acides.

Les dentistes le font servir a la confection des bases solides de râteliers; le chlorure de platine sert à recouvrir la porcelaine, à laquelle il donne un éclat qui tient le milieu entre celui de l’argen

et celui de l’acier. Sous forme d’éponge, il fait partie des briquets à gaz hydrogène ; allié avec le cuivre, il sert à construire des miroirs de télescope, qui conservent invariablement leur beau poli.

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