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CHAPITRE XI

De l'Aluminium.

Son histoire. Su fabrication. — Ses propriétés physiques et chimiques. — Ses usages .

Il y a près de trois ans, le public a accueilli avec une étrange surprise l’apparition d’un nouveau métal qui venait de sortir du creuset d’un chimiste, métal bien au-dessus de nos métaux usuels pour l’usage et les propriétés, et que la nature nous offre avec la plus grande abondance, puisque on l’extrait de l’argile, dont sont fabriqués les vases les plus grossiers.

Le moment est venu où nous pouvons donner

des notions complètes sur l’histoire, la nature, la fabrication, les propriétés et l’usage de ce nouveau métal; nous le faisons avec d’autant plus d’empressement que, grâce aux excellents mémoires de M. Sainte-Glaire- Deville et de M. Dumas, communiqués dernièrement k la Société d’encouragement, nous pourons parfaitement remplir cette tâche.

Historique.

M. Wolher découvrit l’aluminium en 1827, en employant un procédé d’une fécondité admirable et qui ne resta pas sans d’autres applications trèsfructueuses. En 1845, il reprit son travail et publia sur ce métal des observations très-intéressantes. M. Wohler n’obtint l’aluminium qu’en rès-petites quantités h un état qui ne lui permit

pas de constater toutes les curieuses propriétés de ce métal.

La découverte et l’examen de ces propriétés furent la part deM. H. Sainte-Glaire-Deville.

il faut distinguer trois périodes dans les travaux de M. H. Sainte-Claire-Deville : dans la première, des recherches de laboratoire dirigées systématiquement et appliquées à l'ensemble des métaux ou corps simples, jusqu’ici peu connus, lui fournissent l’aluminium à l’état de pureté et lui permettent d’étudier ses propriétés : densité extrêmement faible, malléabilité, ductilité, inaltérabilité par l’air, l’eau et la vapeur, par l’hydrogène sulfuré, par l’acide nitrique, fusibilité, etc. — Les conclusions du Mémoire présenté h l'Académie des sciences, dans sa séance du 14 août 1854, signalent déjà la possibilité de rendre usuel le nouveau métal et de rendre manufacturiers les procédés employés pour sa préparation.

Dans la seconde période, M. H. Sainte-Claire- Deville, sur l’ordre et aux frais de l'Empereur, entreprend , dans un local dépendant de l’usine de produits chimiques de Javel, une nouvelle série de recherches pour créer des méthodes de fabrication économique. Ces travaux, inter-

rompus trop tôt par la nécessité de rendre le local, fournissent cependant quelques lingots de métal qui îigurent k l’Exposition universelle de 1853; ils amènent surtout à l’état pratique et industriel la fabrication du sodium, agent indispensable de la préparation de l’aluminium, qui se vendait, il y a vingt ans, 7,000 fr. le kilogramme, et dont le prix de revient s’abaissait entre ses mains jusqu’il 10 fr. Cette série d’études relatives k la fabrication s'achève dans le laboratoire de l’École normale, où M. H. Sainte-Claire-Deville, assisté de son préparateur M. II. Debray, qui a pris part, dès l’origine, à tous ses travaux, et de M Paul Morin, arrive a formuler la composition des mélanges k employer pour la réaction finale qui doit donner l’aluminium et pour la préparation des produits intermédiaires.

Il restait k combiner des appareils pour produire les réactions d’une manière continue et économique; M. II. Sainte-Claire-Deville s’est associé M. Paul Morin et MM. Rousseau frères, pour poursuivre l’œuvre k laquelle il s’était adonné avec tant de persévérance; une somme importante fournie par les associés eux-mémes, qui mettaient en même temps en commun leur expé-

rience des travaux chimiques, fut affectée à rétablissement de fours et d’appareils de fabrication, dans l’usine de MM. Rousseau frères, à la barrière de la Santé. Des tentatives variées sous toutes les formes ne tardèrent pas à résoudre le problème d’une manière inespérée. On arriva à fabriquer avec régularité et économie le chlorure double d’aluminium et de sodium, sur lequel devait réagir le sodium pour isoler l’aluminium ; on arriva surtout à faire cette dernière réaction avec la même facilité que toutes les autres opérations métallurgiques.

Fabrication de /’ aluminium.

Voici un résumé succinct d’un discours improvisé par M. Dumas sur ce sujet :

L’aluminium, a dit M. Dumas, c’est le métal de l’alumine.

L’alumine est la rouille de l’aluminium.

L’alumine est un des corps les plus répandus dans la nature; elle existe en grande quantité dans toutes les argiles, qui en contiennent quelquefois jusqu’à 73 pour *00 de leur poids; or, 52 parties d’alumine en renferment 28 d’aluminium; par conséquent, il est des argiles capables de fournir 33 pour 100 du métal; c’est là le maximum de richesse des meilleurs minerais de fer de la Grande-Bretagne.

On voit donc que, pour obtenir l’aluminium en grande quantité, ce n’est ni l’abondance, ni la richesse du minerai qui font défaut; le seul obstacle consiste dans la difficulté que présente l’extraction du métal.

L’aluminium peut-être fondu au rouge, à l’air, sans s’oxyder. •

Plongé dans l’acide azotique, il ne s’oxyde pas davantage;

Chauffé au rouge blanc dans un tube où l’on fait passer de la vapeur d’eau, il ne prend pas d’oxygène à cette vapeur.

L’aluminium est donc un des métaux qui se rouillent le plus difficilement; mais par contre il est en même temps un de ceux qui se dérouillent

avec le plus de difficulté. Aussi est-ce en vain que Ton a essayé d’extraire ce métal en chauffant l'alumine au contact du charbon, de l’hydrogène et même des métaux alcalins. L’alumine retient son oxygène avec obstination, h l’opposé de la rouille de fer qui le perd si aisément.

Une autre propriété contraire et non moins curieuse est celle-ci : mis en présence du chlore, l’aluminium se transforme aisément en chlorure, et le chlorure ainsi formé se décompose avec la même facilité. Or, on va voir que cette propriété a été le point de départ qui a conduit à la découverte des procédés de fabrication aujourd’hui en usage.

En cherchant à obtenir l’alumininm, la première idée qui a dû se présenter h l’esprit a été de constituer un chlorure d:aluminium et de défaire ensuite ce même chlorure pour en obtenir le métal. Mais comment défaire ce chlorure? Pou-

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vait-on employer le charbon à l’aide duquel on décompose si facilement au rouge les oxydes de fer et de cuivre? Mais le charbon n’a aucune action sur les chlorures. Le potassium pouvait bien être utilisé; mais c’est une substance difficile a manier, et dont la cherté exclut l’emploi ailleurs que dans les laboratoires. Ou songeait bien au sodium qui se laisse manier plus facilement; mais comment l’employer dans un procédé appelé à devenir manufacturier, alors que cette substance se vendait 7,000 fr. le kilogramme? Il fallait donc, avant tout, arriver a produire économiquement le sodium, et c’est là la première partie du problème que M. Sainte-Claire-Deville s'est attaché à résoudre.

Le sodium est le métal du sol marin.

58 kilogrammes de sel marin renferment 23 kilogrammes de sodium et 35 de chlore.

Or, aujourd’hui, M. Deville est parvenu h obtenir la totalité du sodium contenu dans le sel marin. Il transforme d’abord le sel marin en carbonate de soude, le mélangeant avec du carbonate de chaux et de la houille pulvérisée ; il enferme ce mélange dans un cylindre que l'on chauffe au

rouge, et le sodium ne tarde pas h s’isoler par une distillation aussi facile que celle de l’eau.

Grâce à ce procédé, le sodium est produit économiquement, car dans les réactions il n’est fait usage que de substances peu dispendieuses ; c’est là un grand pas de fait vers le but qu’il s’agit d’atteindre.

La seconde partie du problème consistait k faire passer l’aluminium k l’état de chlorure. Lk encore une opération simple et peu coûteuse a été imaginée. Il suffit de faire passer un courant de chlore k travers un mélange d’alumine et de charbon porté k une température rouge; il se produit de l’oxyde de carbone qu’on laisse échapper, et il se sublime un corps solide qui est le chlorure d’aluminium.

Cela posé, la question était bien près d’être résolue, mais elle ne l’était pas encore; en effet, le chlorure d’aluminium étant un corps peu mania-

ble, il s’agissait de le faire passer à un autre état qui, sans lui faire perdre sa facilité à être décomposé, le rendît plus facile à manier. C’est dans ce but que le sel marin a été employé, et, grâce à lui, on a formé un chlorure double d’aluminium et de sodium qni peut être obtenu dans les conditions les plus faciles, qui distille et coule comme de l’eau, qui se fige et se solidifie comme du blanc de baleine, qui n’émet pas de vapeurs à l’air et qui se laisse manier sans incommodité pour les ouvriers.

Voilà donc, d’une part, le sodium obtenu, et, de l’autre, l’aluminium à l’état de chlorure double d’aluminium et de sodium ; il ne reste plus qu'à les faire réagir l’un sur l’autre pour isoler le nouveau métal.

Qui ne se rappelle les précautions infinies avec lesquelles autrefois, dans les laboratoires, on maniait le sodium? Les soins les plus minutieux ne parvenaient même pas à prévenir les accidents.

Aujourd’hui, chose surprenante, le sodium est manié journellement à la pelle; on le jette pêlemêle dans un four à réverbère incandescent avec le chlorure double d’aluminium et de sodium, sans que Ton ait à signaler le moindre accident.

Tel est le problème, résolu par M. Sainte-Claire- Deville.

Propriétés physiques et chimiques.

L’aluminium est un métal d’un très-beau blanc dans la cassure ou sur les surfaces mates, légèrement bleuâtre lorsqu’il est poli, mais ne présentant, sous ce rapport, qu’une différence peu sensible avec l’argent, surtout k la lumière d’une lampe ; il est très-malléable et ductile, se lamine et s’étire en fils à froid avec une extrême facilité.

Il se travaille facilement k la lime et au burin; il est éminemment propre k la ciselure artistique et offre alors des tons très-appréciés par les connaisseurs; sa ténacité est comparable, k dimensions égales en section, k celle de l'argent; sa dureté est aussi comparable k celle de ce métal et

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peut être augmentée à un haut degré par des alliages.

Il conduit l’électricité huit fois mieux que le fer, à diamètre égal des fils ; il a une grande capacité calorifique et, par suite, se refroidit moins facilement que les autres métaux placés dans les même - conditions.

Il fond à une température beaucoup plus élevée que le zinc, un peu plus basse que celle de l’argent ; il se moule donc avec une extrême facilité. Il n’est pas sensiblement volatil.

La densité de l’aluminium obtenu par fusion est de 2.56 ; laminé h froid, il s’écrouit et prend une densité de 2.67 qui per. iste après un recuit à ! 00 degrés.

Cette faible densité d’un métal plus léger que la porcelaine et le verre en fait une véritable curiosité, en même temps qu’elle lui donne une utilité réelle pour beaucoup d’usages C’est d'ailleurs une circonstance qui rend l’usage de l’aluminium économique lorsqu’il est substitué à l’argent, puisque sa résistance, k volume égal, étant sensiblement la même, il peut être employé avec les mêmes épaisseurs; de là il résulte que quatre kilogrammes d’argent, valant huit k neuf cents

francs, peuvent être remplacés par un kilogramme d’aluminium valant trois cents francs.

L’aluminium possède une sonorité toute particulière, que l’on ne peut guère comparer qu'à celle du cristal, et dont l’intensité croît avec la pureté du métal.

Les propriétés chimiques de l’aluminium sont en général très-favorables à son usage dans les arts. Il est inaltérable par l’air, par l’eau et par la vapeur d’eau, même à une température rouge; il est inaltérable par l'hydrogène sulfuré. A ce point de vue, il convient donc, au même degré que l’or, pour les objets exposés d’une manière permanente à l’air, dont tous les éléments le respectent; il conserve toujours le même éclat, tandis que l’argent se ternit avec une extrême facilité. L’acide nitrique, faible ou concentré, n’agit )as à la température ordinaire sur raluminium ; acide bouillant ne l’attaque pas d’une manière

appréciable. L’acide chlorhydrique est, au contraire, pour l’ aluminium, un dissolvant très-énergique; il l’attaque même a l’état gazeux sec et à une très-basse température.

Les alcalis caustiques, fondus et hydratés au premier degré seulement, sont sans action sur l’aluminium; mais en présence de l’eau ils l’attaque rapidement, l’ammoniaque concentrée ellemême excerce une action dissolvante sensible à l’état caustique. Enfin le sel marin et l’acide acétique (vinaigre), surtout mélangés, attaquent l’aluminium, mais lentement; le jus des fruits acides est sans effet. L’aluminium peut être fondu dans le nitre sans que cet agent puissant d’oxydation l’attaque.

L’action du sel marin, du vinaigre et des matières alcalines peut, quant a présent, laisser dans certains esprits quelques doutes sur la possibilité d’appliquer l'aluminium aux usages culinaires; mais l’argent et l’étain sont eux-mêmes attaqués par une partie des mêmes réactifs, sans que l’on songe h se priver des avantages qu’offrent leur usage; les quantités de réactifs en présence, pour produire une action un peu énergique, sont tellement faibles que le résultat est insensible, soit

pour l’usure des vases, soit pour le goût ou la salubrité des mets. Il est certain qu’il en sera de même pour l’aluminium pur, tel qu’il se fabrique maintenant. Dans tous les cas, ce métal aurait, sur ceux qu’il serait appelé à suppléer, l’avantage précieux de ne donner, comme résultat de son altération, que des produits entièrement inoffensifs La production du métal pur est trop récente pour que ces questions et d’autres qui se rattachent à l’économie domestique aient encore pu être complètement résolues.

L’aluminium ne s’allie pas au mercure, qui n’exerce sur lui aucune action; il ne prend, par la fusion, que quelques traces de plomb ; il donne, avec le cuivre, des alliages légers, très- durs et d’un beau blanc lorsque le cuivre est en petite proportion, et des bronzes d’un beau jaune d’or, malléables, d’une très-grande résistance et beaucoup moins altérables que le bronze ordinaire, lorsque la proportion d’aluminium varie de 5 à 10 p. 100; ces alliages ont un grand avenir industriel. On forme également des alliages d’étain, de zinc, d’argent, de fer, de platine, etc., etc.

On peut faire un plaqué très-solide d'aluminium sur le cuivre; on peut appliquer l’or par

l’action de la filière sur des fils d’aluminium. M. Mourey est parvenu k appliquer l'or et l’argent sur l’aluminium par la galvanoplastie. On est parvenu, dans plusieurs cas, a souder l’aluminium sur lui -même et sur des alliages, mais on est encore k la recherche d’une bonne soudure et d’une méthode facile.

Usages de l'aluminium.

Le prix auquel il est nécessaire de vendre l’aluminium dans l’état actuel de sa métallurgie, et tant que la consommation, en se développant sur une grande échelle, n’aura pas réduit les frais généraux qui grèvent sa fabrication, est un obstacle k ce qu’il prenne dans les usages domestiques et industriels la place des métaux communs, comme le cuivre, l’étain, le zinc, etc. Les appli-

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cations doivent se borner, quant à présent, aux objets de luxe ou de prix, pour lesquels le brillant et l’inaltérabilité des surfaces ou la légèreté sont des avantages assez grands pour qu’on ne s’arrête pas h la valeur du métal; c'est surtout k l’argent qu’on peut chercher k le substituer.

On s’est demandé, dès l’origine, si l’aluminium seul ou allié avec divers métaux ne pourrait pas être employé comme monnaie ; la légèreté et la propreté d’une monnaie semblable la rendraient extrêmement commode, et, au moins pour celle d’aluminium k faible dose d’alliage, le faux monnayage serait impossible, car aucun autre métal ne donnerait des pièces aussi légères. On y arrivera sans doute avec le temps, mais il y a encore, dans les conditions de fabrication, trop de chances de modifications importantes, trop de disparité, dans les dispositions de fabrication d’un pays a l’autre, pour qu’on puisse s’y arrêter quant k présent.

Mais pour la confection des médailles commémoratives, des jetons de présence des conseils d’administrations et des sociétés savantes, pour les jetons et fiches de jeu, etc,, l’aluminium a déjà reçu des applications variées auxquelles le rendent

éminemment propre sa malléabilité et sou inaltérabilité à l’air, même sous l’influence du gaz d’éclairage et des émanations des fosses d’aisances, qui noircissent si rapidement l’argent, le cuivre et ses alliages.

La bijouterie s’est promptement emparée de l’aluminium, dont la légèreté est précieuse pour les bracelets et les ornements de tête, dont la fusibilité pour le moulage, la ductilité pour l’estampage, l’aptitude au travail de la ciselure, l’éclat inaltérable, les reflets en surface mates ou travaillées, la couleur même qui rehausse celle de l’or, en font une matière parfaitement propre à remplacer l’argent toutes les fois que l’or n’est pas l’élément exclusif de l’ornementation.

La bijouterie fine continuera certainement à utiliser ce métal pour le travail de fonte et de ciselure, auquel il s’adapte admirablement, lors même qu'il arriverait, par l’amélioration de sa fabrication, à sortir de la classe des métaux précieux. La bijouterie commune ou fausse s’emparera au.si de l'aluminium et de ses alliages, notamment du bronze d’aluminium qui imite l’or mieux qu’aucun autre alliage connu, et qui a la propriété d’être

beaucoup moins altérable par les vapeurs sulfureuses que les bronzes ou laitons ordinaires.

Les bijoux d’aluminium se vendent maintenant dans tout Paris et commencent a s’exporter; comme on doit s’y attendre, pour tout ce qui commence, les prix des objets mis en vente ne sont en rapport ni avec la valeur du métal ni avec le prix de la façon, mais l’équilibre 11e tardera pas à s’établir par l’effet même de la concurrence qui se développe tous les jours.

L’aluminium semble être venu au moment opportun pour fournir un nouvel élément de travail aux mille branches de l’industrie dite parisienne, qui est la base d’un commerce si considérable.

L’habiles fabricants de nécessaires n’ont pas tardé à reconnaître le parti qu’ils pouvaient tirer du nouveau métal; ils l’emploient sous toutes les formes : en incrustations pour la marqueterie, en doublage pour les compartiments, en couvercles

pour les vases en verre, en vases et ustensiles de toute nature ; ils se proposent même de le substituer au cristal, pour donner aux nécessaires de voyage une légèreté tout k fait exceptionnelle. Rien ne s’oppose k l’flicrustation sur les boites en bois; on arrive aux boîtes en aluminium massif, moulé, ciselé, guilloché, damastiqué, notamment pour les tabatières.

L’emploi de l’aluminium dans la fabrication des nécessaires conduit, par la marqueterie et la décoration extérieure des boites, k la fabrication des meubles deluxe, où l’aluminium, sous forme d’iir erustations, de moulages ciselés, peut donner des effets nouveaux, et par sa légèreté produire quelques combinaisons heureuses. On peut citer un projet de vitrines destinées k renfermer des objets d’art précieux, dont toute la carcasse métallique serait en aluminium, des coffrets en ébène et en aluminium ciselé destinés k renfermer des objets précieux, des souvenirs de famille, etc.

Par l’outillage des nécessaires, on est conduit k la fabrication des vases et objets de toilette. Un lavabo, garni de pièces en aluminium, serait un obj<*t aussi riche que commode par la légèreté e* la solidité de toutes les pièees mobiles.

Ce métal léger, propre, facile h mouler, à ciseler, k estamper, se prête admirablement k la fabrication de ces mille riens que consomme en s[ grande quantité une population riche et arrivée à un grand raffinement de civilisation. — On pourrait établir une nomenclature sans fin des objets de fantaisie que l’on peut fabriquer avantageusement en aluminium, pour remplacer l’argent massif ou les compositions argentées : cachets, porteplumes, garnitures d’encriers, de presse-papiers, porte-cigares, porte-monnaie, tabatières, boutons de chemises, ustensiles de chasse, bouteilles de poche, têtes de cannes et cravaches, dés k coudre, harnachement et sellerie, statuettes et médaillons, candélabres, flambeaux, bougies, éteignoirs, ornements et pendules, coupes et vases, montures de vases en porcelaine ou en cristal, etc.

Pour tous ces usages, aucune autre objection que le prix ne peut être faite k raluminium ; il n’y a pas de réactifs k craindre ; l’agent le plus nuisible pour l’argent, l’hydrogène sulfuré, qui accompagne toujours le gaz d’éclairage où les émanations des fosses ne le ternit même pas.

La dorure augmentera dans une proportion considérable ce genre d’emploi de l’aluminium.

HISTüH'.E

La coutellerie s’est emparée de l'aluminium dont elle fait des couteaux de dessert k lame d’aluminium, des manches mass. fs ou incrustés, des ronds de serviette, etc.

Si l’on passe maintenant de la série des objets de luxe k celle des instruments ou objets d’utilité courante, pour lesquels les propriétés de l’aluminium offrent des avantages qui doivent le faire préférer k l’argent et même aux alliages du cuivre, on trouve une série non moins importante de fabrications.

L’aluminium est adopté et appliqué déjà sur une grande échelle par les fabricants de lunettes, de bésicles et de lorgnons; sa légèreté diminue le poids de ces objets; il ne noircit pas la peau comme l’argent. Pour les lunettes marines ou terrestres, lorgnettes de spectacle, pour les instruments géodésiques, comme les sextants, qui se tiennent k la main, et môme pour les instruments de

nivellement ou de planimétrie que les opérateurs

sont obligés de porter de station en station, la légèreté de l’aluminium offre de précieuses ressources que plusieurs artistes ont déjà mises à profit.

Les limbes, qui se noircissent lorsqu’ils sont en argent, ou qui se vert-de-grisent lorsqu’ils sont en laiton, les vis de rappel, et toutes les pièces que la main de l’opérateur touche, devront être confectionnées en aluminium ou en bronze d’aluminium. Le bronze au titre de 10 pour 100, qui possède en fils fins une résistance à la rupture de 89 à 90 kilogrammes par millimètre carré de section, remplacera les vis et les pivots en acier, les collets de frottement, etc.

Pour les instruments employés à la mer, l’aluminium, probablement moins altérable que le cuivre et l’argent par l’eau de mer, sera également d’un usage très-utile.

L’horlogerie pourra tirer un grand parti de l’aluminium ou du métal durci par les alliages, ou du bronze rendu à la fois dur et tenace par quelques 100e8 d’aluminium, pour les chronomètres de poche, pour les montres de précision, et qui restent assez volumineuses pour conserver un poids in-

commode; ne serait-ce que pour remplacer l’argent dans la confection des boites, il y a là une source d’applications utiles. Il n’est pas question, ici, de la décoration des pendules, qui doit, pour les objets de luxe, en tirer un parti avantageux ; cela rentre dans la spécialité de l’ameublement. La légèreté, l’inaltérabilité et l’innocuité de 1 aluminium le feront employer pour les instruments de chirurgie, pour les sondes, spatules, etc. Quelques tentatives heureuses paraissent avoir été déjà faites dans cette direction.

Des essais ont été entrepris récemment pour l’emploi de l’aluminium dans la fabrication des instruments de musique ; sa légèreté et sa sonorité pourraient le rendre utile à un double point de vue * mais il paraît que la salive de certains individus , probablement très-chargée de principes alcalins, corrode assez rapidement les becs ou embouchures d’instruments à vent; il y a la une série spéciale de recherches à faire.

Il en est de même pour l’usage des dentistes ; l’aluminium, qui serait si utile pour les appareils dentaires par sa légèreté et son innocuité, pourra-til être employé d’une manière générale, ou seule-

ment pour quelques catégories de personnes dont il faudra préalablement constater l’aptitude ?

Des recherches devront être faites, en ce qui concerne les propriétés sonores, sur la fabrication des cordes de piano, sur celles des timbres d’appartement, des sonneries de pendules, etc., avec l’aluminium et son bronze k divers titres.

Le poli, la légèreté et le bas prix relativement à l’argent, rendent l’aluminium propre à la fabrication des réflecteurs ; on peut avec facilité en obtenir du plaqué ; il y a donc tout lieu de croire que, dans les appareils d’éclairage à l’huile , il remplacera l’argent ; mais il permettra surtout de faire usage de réflecteur pour les becs de gaz, dans le voisinage desquels on ne peut mettre ni l’argent ni le laiton.

De tous les arts qui adopteront le nouveau métal, il n’y en a probablement aucun qui puisse absorber de plus grande quantité d’aluminium que

l’orfèvrerie : orfèvrerie de luxe pour la fabrication des pièces d’ornement, en aluminium naturel ou blanchi par des alliages, ciselé, plaqué d’argent, argenté ou doré ; orfèvrerie religieuse, pour les calices, patènes, burettes, ostensoirs, crosses d’évêques, etc.; orfèvrerie commune, pour les objets usuels, tels que les plats, cloches, coupes à déguster les vins, timbales d’enfants, ronds de serviettes, poêlons à chauffer l'eau et le lait, cafetières, lasses, bouilloires et théières, supports de couteaux, cuillers, fourchettes et plats, que les œufs ne noircissent pas comme l’argent.

Les premiers essais faits avec l’aluminium trèsimpur n’ont pas donné des résultats très-satisfaisants, surtout au point de vue de la couleur plombeuse des objets polis, ainsi qu’on a pu le voir à l’Exposition universelle de 1855; mais depuis, avec du métal plus pur, la couleur s’est beaucoup améliorée.

Malgré son prix élevé, l’aluminium est susceptible dès h présent de recevoir des applications très-variées : les unes de luxe, les autres d’utilité. Un certain nombre de fabricants qui ont compris tout le parti que l’on pouvait tirer des propriétés du nouveau mêlai l’ont adopté et le façonnent.

Mais cela ne constitue encore que des essais, et on doit s’attendre à ce que tout se perfectionne parallèlement, fabrication et raffinage du métal, soudure, dorure, plaqué, laminage, étirage, estampage, mise en œuvre sous toutes les formes.

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