CHAPITRE XII
Coup d’ceil sur l’histoire de l’Orfèvrerie.
Orfèvrerie vient du latin anri faber, qui veut dire travailler l’or. On voit par les écrits de Moïse et d’Homère, que l’art de travailler l’or et l’argent était établi en Asie et en Égypte dès les temps les plus reculés. Eliézer offrit à Rébecca des vases et des pendants d’oreilles d’or et d’argent. Moïse dit que Jacob engagea les personnes de sa suite à se défaire de leurs pendants d’oreilles. Juda donna en gage h Thomas son bracelet et son anneau ; Pharaon, en élevant Joseph a la dignité de premier ministre, lui remit son anneau et le fit décorer d’un collier d’or ; on sait enfin que ce patriarche se servait d’une coupe d’argent.
Il est fait mention dans Y Odyssée, de plusieurs présents que Ménélas avait reçus en Égypte, qui consistaient en différents ouvrages d’orfèvrerie exé-
cutés avec adresse et intelligence. Le roi delhèbes donne à Ménélas deux grandes cuves d’argent, et deux beaux trépieds d'or. Alcandre, épouse de ce monarque, fait présent à Hélène d’une quenouille d’or et d’une magnifique corbeille d’argent, dont les bords étaient d’un or très-fin et bien travaillé. La grande quantité de bijoux dont les Hébreux étaient pourvus dans le désert peut être attribuée aux progrès que l’art de travailler les métaux avait faits en Egypte. Il est dit qu’ils offrirent pour la fabrique des ouvrages destinés au culte, leurs pendants d’oreilles, leurs bagues, leurs agrafes, sans compter les vases d’or et d’argent.
L’orfèvrerie fut aussi bien cultivée dans l’Asie et dans la Grèce que dans l’Égypte. La plupart des ouvrages vantés par Homère venaient de l’Asie. Hérodote fait de grands éloges de la richesse et de. la magnificence du trône sur lequel Midas rendait la justice, et dont ce prince fit présent au temple de Delphes.
Les armes de Glaucus et de plusieurs autres chefs de l’armée troyenne étaient d’or, et suivant Goguet, aucun fait dans l’histoire ancienne ne peut servir autant que le bouclier d’Achille à faire connaître l’état et le progrès des arts b cette épo-
que. Sans parler de la richesse et de la variété du dessin qui régnent dans cet ouvrage, on doit remarquer d’abord l’alliage des différents métaux qu’Homère avait fait entrer dans la composition de ce bouclier : le cuivre, l’étain, l’or et l’argent y sont employés. Sa construction indique aussi que dèslors on connaissait l’art de la gravure, de la ciselure et celui de rendre, par l’impression du feu sur les métaux et par leur mélange, la couleur des différents objets.
Il n’est donc pas permis de douter qu’au temps de la guerre de Troie l’orfèvrerie ne fût parvenue à un grand degré de perfection chez les peuples de l’Asie, contrée où Homère place le siège des arts et des fameux artistes.
L’art de travailler For et l’argent est passé de l’Asie en Europe. Entre autres artistes qui se sont distingués dans l’orfèvrerie à Rome, l’histoire nous a conservé le nom de Praxitèle, qui vivait du temps de Pompée, et qu’il ne faut pas confondre avec le sculpteur athénien.
Dans le Bas-Empire, l’orfèvrerie produisait encore des ouvrages considérables en ce genre, quoiqu’alors le mauvais goût dans la forme corn-
iriSTom
mençàt à remplacer les dessins gracieux et naturels des anciens. Ânastase rapporte que Constantin fit présent àla basilique de Latran de diverses pièces d'orfèvrerie de dix-sept marcs d'or et de vingtneuf mille cinq cents marcs d’argent.
Pendant tout le moyen âge, la stagnation du commerce et le dépérissement des arts ont dû influer sur l’orfèvrerie comme sur le reste. On remarque cependant dans les différents siècles de cette époque, des châsses, des vases et dauties ustensiles d'église d’un travail assez délicat, mais d’un goût gothique et d’un mauvais dessin.
La découverte de l’Amérique, en augmentant prodigieusement la quantité des matières d’or et d’argent, devint un nouvel aliment pour les arts, et le goût du luxe que les richesses firent naitre donna une nouvelle vie h l'orfèvrerie , mais ce ne fut guère que vers le milieu du dix-septième siècle qu’elle se perfectionna.
Il est k remarquer que la France a, depuis longtemps, marché la première dans ce genre de fabrication. Dès le sixième siècle, sous Dagobert, saint lîloi s était fait un nom par son habileté dans l’orfèvrerie. Sous lerèguede saintLouis, les oifè-
DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. î 77
vres de Paris formaient déjà une corporation importante; avant 1789 ils étaient au nombre de trois cents. Germain, sous Louis XÏV, et de nos jours, MM. Odiot et Froment-Meurice se sont fait un nom célèbre comme orfèvres.