‹ Histoire des substances précieusesChapitre 6 sur 30 · II1ST0.UE · texte numérisé non relu

II1ST0.UE

mettent h un homme de rester sous l’eau pendant quelques minutes; mais le plongeur se trouve fort empêché par ses vêtements, dont il ne saurait se débarrasser au moment d’un péril, et dont le moindre inconvénient est de contrarier l’usage si nécessaire des yeux et d’alourdir le haut du corps, ce qui rend dangereuse au plongeur l’action de se baisser pour ramasser un objet sur le sol.

Les plongeurs Indiens, Arabes et Africains, ne deviennent pas vieux; leur corps se couvre de plaies, par l’effet de la rupture interne des vaisseaux sanguins ; leur vue s’ affaiblit,* et souvent ils sont frappés d’apoplexie.

Ce que redoutent le plus les pêcheurs de perles et ce qui fait leur terreur, c’est le danger d’une rencontre avec le requin, vorace ennemi qui rôde dans ces profondeurs.

Aussi, avant de frapper le sol du pied, afin d’accélérer son ascension du fond de l’eau, le plongeur regarde toujours au-dessus de sa tête si l'ombre du vorace poisson ne se dessine pas entre

lui et la surface de la mer, et, le cas échéant, si cette noire perspective ne le paralyse pas de terreur, le seul parti qu’il ait h prendre, c’est de remuer le sable (s'il y en a) pour se dérober à l’œil vitreux du monstre; et en s’élançant avec vigueur, il devra rugir, la bouche nécessairement fermée, aussi sonorement que possible. La surprise et le bruit effrayent ce féroce mais lâche ennemi. Néanmoins, si l’animal est de grande taille et affamé, il revient à la charge sur le plongeur à bout de forces, et si le malheureux ne perd pas la vie, il reste mutilé par la terrible mâchoire du squale.

La présence signalée d’un seul de ces monstres, dont la nageoire dorsale vient à pointer au-dessus de l’eau, cause k tous ces hommes une panique semblable k celle que produit sur une compagnie de perdrix la vue d’un oiseau de proie décrivant ses magnétiques évolutions.

Combien de fois n’arrive-Lil pas qu'un plongeur, se heurtant contre une pointe de rocher, s’effraye au point de voir dans son imagination l'horrible mâchoire du requin et remonte alors plein de terreur donner l’alarme k ses camarades 1 La flottille revient ce jour-lk au port sans que la cause de l’alerte soit vérifiée.

Lorsque les embarcations ont déchargé leurs huîtres et que chaque propriétaire a emporté son lot chez lui, il l’étale habituellement sur une natte de sparterie, dans un espace creusé dans le sol, et laisse la température agir sur les mollusques, qui, bientôt, entrent en putréfaction.

On cherche ensuite les perles qu’elles peuvent contenir, puis on fait bouillir cette matière putréfiée, afin de retrouver, en la tamisant, les substances nacrées qui pourraient être cachées dans le corps du mollusque.

D’autres ouvrent les huîtres une h une avec leurs couteaux, et cherchent les perles en écrasant la chair entre leurs doigts, ce travail est plus lent que la mise en bouillie et le lavage des détritus comme on le pratique dans les Indes orientales, mais les Américains disent que, par cette manière, les perles conservent toute leur fraîcheur et la pureté de leur eau.

Les perles extraites des coquilles et parfaitement lavées et nettoyées sont encore travaillées avec de la poudre de nacre rendue presque impalpable,

pour polir et arrondir celles qui peuvent prendre quelque apparence par cette opération.

On les trie ensuite par classes, suivant leurs grosseurs, en les faisant passer par une série de cribles en cuivre de plusieurs dimensions.

L opération qui vient après le classement, c’est le forage pour la mise en chapelets. Les outils à forer sont des poinçons de diverses grosseurs, suivant les numéros des perles; ils sont fixés dans des manches de bois arrondis et mis en mouvement par un archet à main.

Le forage passe pour une opération difficile; elle exige de l’intelligence et une bonne appréciation du plus beau côté de la perle pour le mettre en vue lorsqu’elle est enfilée au chapelet.

Les indigènes et les Chinois excellent dans ce travail et peuvent, dans la journée, percer six cents grosses perles ou trois cents petites.

Dans le golfe Persique, on ne pêche la [perle qu’en juillet et août, la mer n’étant pas assez calme dans les autres mois de l’année.

Les pêcheurs sur les bancs à huîtres mettent leurs barques h quelque distance l’une de l’autre, et ancrent par une profondeur de 5 à 6 mètres.

Les plongeurs se passent alors sous les aisselles une corde dont l’extrémité communique dans la barque k une sonnette, et, après s’être mis du coton dans les oreilles, et s’être pincé les narines avec un bois fendu ou une pince en corne, ils ferment les yeux et la bouche, et se laissent aller au fond de l’eau, h l’aide d’une grosse pierre retenue par leurs pieds.

Aussitôt qu’ils sont au fond, ils ramassent indistinctement tous les coquillages qu’ils trouvent et les mettent dans un sac suspendu au-dessus des hanches. Dès qu’ils ont besoin de reprendre haleine ils sonnent, et on les aide à remonter.

Les marchés pour les perles et la nacre du golfe Persique sc tiennent principalement à Bassora et à Bagdad, d'où ces produits passent k Constantinople pour nos contrées.

Les perles, dans cette mer, ne sont pas aussi blanches que celles qui sont pêchées dans le golfe du Bengale ; leur teinte est jaunâtre, mais elles sont estimées parce qu’elles conservent cette eau dorée avec tout son éclat, tandis qu’avec le temps

les perles blanches, plus délicates, perdent, disent les marchands du pays, leur orient ou leur fraîcheur.

On peut récolter des perles dans nos rivières de France, et plusieurs joailliers s’en procurent assez souvent qui sont ensuite vendues comme perles étrangères ; mais toutes ces perles d’Europe sont ternes, d’un blanc rosé, sans orient; ce qui semblerait prouver qu’une grande dose de chaleur est nécessaire à la perfection de la perle. Aussi celles qui se forment et qui croissent à la chaleur du globe, et au rayonnement du brillant soleil de l’Asie et de l’Amérique méridionale, sont-elles toujours les plus belles, les plus vives en éclat et en transparence.

En 1680, un Français nommé Jaquin, faiseur de chepelets, observa que lorsqu’on lavait un petit poisson nommé ablette , l’eau se chargeait de particules brillantes et argentées. Le sédiment de cette eau avait le lustre des plus belles perles, ce qui lui donna l’idée de les imiter.

Ce sédiment se nomme essence de perles ; il faut environ vingt mille ablettes pour en faire une livre. On imite les perles en le fondant dans du verre Que l’on souffle en petites boules. Jaquin a perfectionné cet art ; Tzetzes nous apprend que l’on a su faire des perles artificielles avec d’autres petites perles réduites en poudre; et Massarini, que de son temps un citoyen de Venise imitait les perles fines au moyen d’un émail transparent auquel il donnait la forme nécessaire, et qu’il remplissait d’une matière colorante.

Bekmann dit que les premières perles artificielles furent fabriquées k Murano, ville dans la lagune de Venise ; elles consistaient en de petits globules de verre intérieurement enduits d’un vernis couleur de perles, formé par un amalgame de mercure.

Page 1