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CHAPITRE IV

Dn Corail,

Sa nature. — Moyen de te recueillir. — Animaux qui le produisent. — Son gisement. — Sa pêche. — Le corail dans les Indes. — Question sur le corail proposée par M. le ministre de guerre . — Rapport de M. Focillon .

Le corail est formé par une espèce de polypes de mer, animaux aquatiques très-petits qui fabriquent leurs habitations contiguës; c’est un assemblage de petites loges dans chacune desquelles est établi un polype.

Le corail est donc un polypier qui ressemble à un arbrisseau dépouillé de ses feuilles; il n’a point de racines, mais il a pour base un pied dont la forme, sans être constante, approche le plus souvent de celle d’une calotte sphérique. Ce pied s’applique parfaitement U la surface des corps sur

lesquels il a été formé, ainsi que ferait de la cire fortement comprimée; il s’y attache tellement qu’il est difficile de l’en séparer.

Il ne contribue en aucune manière au développement du corail, puisqu’on a trouvé des branches de corail qui, étant séparées depuis longtemps de leur pied, avaient continué décroître au fond de la mer.

Cavolini rapporte que des pêcheurs sur la barque desquels il avait installé ses observations avaient souvent pêché sur les côtes de Sardaigne des poteteries submergées depuis quelque temps, des armes, de petites ancres, des pierres sur lesquelles s’était développé du corail; il ajoute qu’un savant du pays, pour obtenir une récolte de ce genre, fit jeter a la mer des vases de porcelaine, parce qu'il savait qu’au bout de quelque temps ils seraient naturellement couverts de corail ; il obtint ainsi des échantillons pour les galeries du Musée.

Il s’élève sur cette calotte, qui sert de base au corail, une tige pour l’ordinaire unique, et dont la grosseur extrême ne dépasse guère 2 centimètres 1/2 de diamètre.

De cette tige sort un petit nombre de branches qui se ramifient elles-mêmes. Les branches son

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parsemées de cellules dont chacune contient un polype qui, en étendant ses bras ou tentacules, ressemble à une fleur. Cette propriété avait fait classer les polypiers parmi les végétaux.

On ne doute pas aujourd’hui que le corail ne soit un produit de ces animaux, que l’on a aussi nommés zoophytes, mot qui veut dire animauxplantes.

Cette substance, l’une des plus belles et des plus précieuses productions de la mer, se trouve dans presque toute l’étendue de la Méditerranée, à partir des côtes de France, où elle est rare, et ne pare que le revers méridional des roches, depuis 3 mètres de profondeur. A Messine, c’est à 200 mètres qu’on la recueille. Elle se trouve à l’entrée de l’Adriatique. C’est à 300 mètres seulement qu’elle se forme dans les Dardanelles, où les périls de sa pêche ne sont pas égalés par la valeur des produits.

La côte d’Afrique est le parage où le corail est le plus répandu ; on ne l’y trouve guère près des rives : il lui faut au moins un fond de 30 mètres,

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et les petites forêts qu’il y forme descendent jusqu’à 200 mètres.

On a remarqué, dans ces lieux où le corail est l’objet d’un commerce important, que 35 centimètres environ de cette production ont besoin de huit ans pour parvenir à cette grandeur, dans une eau profonde de 8 ou 10 brasses; de vingt-cinq à trente ans, à la profondeur de 25 brasses, qui répondent à 30 mètres; et de quarante ans au moins, à 50 mètres ou au-dessous.

Le corail des côtes septentrionales d’Afrique est plus considérable dans ses dimensions; celui des bords méridionaux de l’Europe est d’une couleur plus vive.

Il est attaché aux rochers comme un arbrisseau à la terre par ses racines; mais les branches, au lieu de se diriger vers le ciel, se dirigent au contraire vers le fond de la mer, ce qui donne une certaine facilité pour les arracher.

Voici comment on fait habituellement la pêche du corail : huit hommes montent une felouque, petit bateau que l’on nomme ordinairement cora-

line ; ces hommes sont toujours d’excellents plongeurs ; iis ont avec eux une grande croix dont les branches sont égales, longues et fortes; h chaque bras est fixé un solide filet, fait en forme de sac

Après avoir attaché une forte corde au milieu de la croix qu’ils descendent horizontalement dans la mer, et y avoir fixé un poids assez puissant pour aller au fond, le plongeur suit la croix; il en pousse les branches l’une après l’autre dans le creux des rochers, il engage le corail dans les filets; alors ceux qui sont dans la felouque tirent fortement, ils arrachent le corail et l’amènent hors de l’eau au moyen de la corde.

La pêche du corail est aussi périlleuse que celle de la perle, h cause des requins qui abondent dans les lieux où elle se fait.

Il est extraordinaire que l’on n’ait pas encore pensé à employer pour cette pêche la cloche a plongeur et autres appareils analogues, surtout depuis que ces instruments ont été perfectionnés au point où ils le sont maiutenant.

Le corail est une substance aussi dur# que la

perle; il se travaille par le lapidaire comme les pierres précieuses. 11 est ordinairement d’un beau rouge ; il y en a de la couleur de chair, de jaune, de blanc, de panaché. Le rouge est généralement préféré : on l’emploie pour faire des colliers, des bijoux et d’autres ornements pour la parure des femmes.

Réduit en poudre, et après avoir reçu des préparations pharmaceutiques, il est employé en médecine. La poudre de corail sert aussi à blanchir les dents.

Dès la plus haute antiquité, l’éclat et la vive couleur du corail avaient fixé l’attention des hommes, qui s’en taillèrent des ornements.

Le vulgaire et plus d’un savant n’ont vu dans cette substance qu’une pierre précieuse. Pour quiconque n’a connu que sa substance taillée, la méprise est pardonnable, car le corail a l’homogénéité, la dureté et l’éclat des agates ; il se polit comme les gemmes, et brille comme le grenat, avec les teintes du rubis.

Le corail ne se produisant pas sur les bords de l’inde, ce sont précisément les Indiens qui semblent y attacher le plus de prix. Au temps de Pline,

ils le cherchaient déjà comme la première des raretés; aujourd’hui même, les brahmines et les princes asiatiques s’en parent de préférence aux perles que produisent leurs mers, tandis que les Européens donneraient leur plus magnifique corail pour les moindres perles.

Cette production est donc un des objets de luxe que le commerce européen trouve le plus d’avantage à porter dans les Indes. Les peuples noirs ou basanés le préfèrent à toute autre pierrerie ; ils surchargent de brillants ou de perles leurs fastueux vêtements, les sceptres et les couronnes ; le corail est réservé pour parer les bracelets et les colliers, parce que sa couleur plus mate, qui brille néanmoins sur la peau, n’y présente rien de trop contrasté.

M. Bory de Saint-Vincent se rappelle avoir vu un prince de Madagascar qui, prêt à livrer une jolie négresse pour 200 piastres, préféra en céder la propriété à un jeune officier français, pour un collier de corail qui n’avait guère coûté à l'acquéreur que 1 00 écus, dans une boutique du Palais-Royal, lorsque les ornements de ce genre y passaient pour chers,

M. le ministre de la guerre a soumis dernièrement k la Société d’acclimatation une question sur le corail, dont l’administration de la guerre se préoccupe depuis plus de trente ans, et que des mesures diverses, toutes prises dans un même but, n’ont pu résoudre jusqu’ici. Cette question peut se résumer ainsi :

1° Aux deux extrémités de nos côtes d'Algérie, sur les rivages d’Oran, à l’ouest, et sur ceux de la Galle et Bone, k l’est, la mer recèle et nourrit des bancs de corail d’une qualité supérieure, et dont la production annuelle peut être considérable;

2° Ce produit naturel des côtes africaines a été pendant plusieurs siècles exploité par la marine rançaise, et est venu se faire travailler dans des fabriques françaises;

3° Aujourd’hui, tout a changé : le corail d’Algérie est presque exclusivement pêché, moyennant un simple droit de 800 francs sur chaque bateau, par des marins napolitains, sardes et espagnols ;

4° Ces produits de notre littoral, représentant, à l’état brut, une valeur annuelle de 2,500,000 fr.

environ, sont en presque totalité portés loin de nos côtes sur les marchés italiens, et principalement sur celui de Naples, et ils prennent entre des mains étrangères une valeur marchande de 10 à 12 millions de francs;

5° Cette industrie, qui se meurt en France, existe encore florissante pour d’autres pays : depuis vingt ans et plus, le nombre total des bateaux corailleurs n’a pas diminué dans les eaux de l’Algérie ; donc, la matière première a aujourd’hui la même valeur, les mêmes débouchés qui, autrefois, ont engagé nos marins à la rechercher.

M. Ad. Focillon, rapporteur de la commission, fait remarquer que, dès 1822, le gouvernement français tentait de ranimer l’exploitation et l’industrie du corail. C’est en présence des mêmes faits, aggravés par trente années d’efforts infructueux, et d’une déchéance continue de nos fabriques, à Marseille et aux environs, que le gouvernement fait appel h toutes les lumières, recueille tous les avis, et veut en tirer quelque mesure fructueuse pour notre commerce, ou tout au moins profitable au trésor métropolitain.

Le polype du corail pond des œufs que Cavo- Üni avait vus et figurés dès 1781, et qui servent h

la dissémination de l’espèce pour la production de nouveaux polypiers. Sur chaque agrégation de polypes, de nouveaux individus se développent par bourgeonnement et en allongeant, au fur et k mesure qu’ils s’organisent, les ramifications écarlates de leur arborisation calcaire.

Il serait précieux, pour régler l’exploitation du corail, pour la rendre plus productive et plus certaine, de savoir a quel âge il atteint ses plus grandes dimensions; combien il faut de temps k un banc épuisé pour redevenir riche et florissant ; k quelle époque a lieu la ponte, et comment s’en disséminent les produits ; k quelle époque se fait le bourgeonnement, et combien il dure.

Ces questions essentielles, et d’où pourrait sortir une méthode de régénération complète pour la pêche et l’exploitation du corail, sont encore sans solution parmi les naturalistes, et l’étude seule de la nature pourrait fournir les réponses et inspirer les heureuses applications que renferme nécessairement la connaissance de ces faits naturels.

M. Focillon regrette que Thistoire naturelle du corail soit si peu avancée, et que l’état actuel de la science ne permette pas de donner une solution positive et satisfaisante k la question proposée par

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M. le ministre de la guerre; cependant il indique les moyens suivants: 1° exploiter méthodiquement les bancs naturels de la côte d’Algérie; 2° créer, s il est possible, dans des circonstances favorables à 1 exploitation, des bancs artificiels que l’on repeuplerait régulièrement.

Il termine ainsi son rapport :

« En résumé, donc, tout moyen purement administratif ne nous paraît pas devoir assurer au gouvernement le succès qu’il désire. Après avoir signalé l’heureuse influence que nous semble devoir exercer la création d’une marine indigène suscitée par le gouvernement et protégée par lui, nous pensons qu’il serait opportun que le gouvernement fit étudier, au point de vue pratique, l’histoire naturelle du corail et l’exploitation de cette matière précieuse. En un mot, nous regardons comme le préliminaire indispensable de toute mesure concernant cette importante question la réunion de tous les documents zoologiques et autres, propres à remplir le cadre d’un ouvrage qui nous manque entièrement, et nous fait aujourd’hui un grand défaut, Y Histoire scientifique et industrielle du corail rouge . »

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