CHAPITRE V
De l'Ambre.
Ambre gris et ambre jaune. — Caractère de V ambre gris. — Sa formation dans les entrailles des cachalots. — Lieux où il se trouve. — Ses usages.
Passage de Brillât- Savarin sur le chocolat ambré.
Falsifications de l'ambre gris et moyen de les reconnaître. — De l'ambre jaune. — Ses caractères. — 5a formation probable. — Pleurs des sœurs de Phaéton Electron des Grecs. — Usage de l'ambre jaune*
Ambre est le nom donné à deux substances qui n’ont guère de commun que d’être toutes deux aromatiques : Yambre gris et Yambre jaune. Quelquefois aussi on donne le nombre d'ambre noir au jayet.
L’ambre gris est une substance grasse qui donne une odeur suave et pénétrante 5 son parfum a
quelque analogie avec celui du musc ; sa couleur grise est mêlée de noir et de jaune ; il a la consistance de la cire, et peut se ramollir comme elle. Il provient de certains cachalots, mammifères cétacés dont les dimensions égalent celles de la baleine, mais qui en diffèrent en ce que leur mâchoire inférieure étroite et allongée est garnie de chaque côté de dents coniques et cylindriques, tandis que la baleine n’a que des fanons. D’après les opinions les plus certaines, ce serait dans l’estomac ou dans l’intestin de ces animaux malades que se formerait l’ambre gris. Ce sont les mêmes cachalots qui donnent le blanc de baleine.
Des pêcheurs ont en effet trouvé de J’ambre gris dans ce cétacé; cette substance est commune dans les parages qu’habitent cet animal ; les masses d'ambre que que l’on a recueillies renferment souvent des becs de sèche et autres débris des animaux marins dont le cachalot fait sa nourriture,
Les excréments de quelques autres mammifères, conservés pendant un certain temps, exhalent aussi une odeur analogues celle de l’ambre.
Quelques-uns cependant ont pensé que l’ambre gris était une espèce de gras des cadavres provenant de la décomposition sous l’eau des poulpes
odorants, et que Ton pourrait imiter ce procédé et faire artificiellement de l’ambre gris avec les poulpes odorants qui abondent dens la Méditerranée.
On trouve cette substance en petits morceaux, et quelquefois aussi en masse assez considérable, jusqu’à 50 kilogrammes, flottant à la surface de la mer, aux environs de Madagascar, de la côte de Coromandel, des îles Moluques et du Japon.
L'ambre gris est un ingrédient des pastilles des Indes ; il entre dans l’eau de miel anglaise, le parfum du Portugal, etc. Il sert à aromatiser une foule de préparations, telles que des vinaigres, des savonnettes, des huiles, des pommades, etc.; il est vanté comme excitant et aphrodisiaque.
« Que tout homme, dit Brillat-Savarin, qui aura passé à travailler une portion notable du temps qu’on doit employer à dormir; que tout homme d’esprit qui se sentira temporairement devenu bêle; que tout homme qui trouvera l’air humide, le temps long et l’atmosphère difficile à
porter ; que tout homme qui se sentira tourmenté d’une idée fixe qui lui ôtera la liberté de penser; que tous ceux-là, disons-nous, s’administrent un bon demi-litre de chocolat ambré, à raison de soixante à soixante-douze grains d’ambre par demi-kilogramme, et ils verront merveilles.
» Dans ma manière particulière de spécifier les choses, je nomme le chocolat à l’ambre, chocolat des affligés, parce que, daj|s chacun des divers États que j’ai désignés, on éprouvé je ne sais quel sentiment qui leur est commun , et qui ressemble à l’affliction. »
Brillât- Savarin n’exagère pas les admirables qualités du chocolat ambré; mais il est regrettable que ce chocolat revienne un peu cher.
Deux grammes d’ambre gris pilé très-fin, avec du sucre, font six petites doses avec chacune desquelles on saupoudre une tasse de chocolat; mais"* comme le kilogramme d’ambre ainsi préparé revient à peu près à 6,000 fr., les deux grammes reviennent à \2 fr. Cette substance est déjà plus chère que du temps de Brillat-Savarin ; et si son usage, comme aliment, se répandait davantage, son prix augmenterait sans doute.
Dans le commerce, cette substance est fort su-
jette à être falsifiée, surtout maintenant qu’elle est devenue excessivement chère ; cependant quelques caractères peuvent faire reconnaître le véritable ambre de celui qui est altéré. Si l’on en casse un morceau, par exemple, on voit que son intérieur est composé de plusieurs couches de différentes nuances de jais, mêlé de points jaunes, noirs et blancs; la chaleur de la main suffit pour le ramollir, et lorsqu'on y plonge une lame ou une tige d’acier chauffée au rouge, il laisse exsuder une matière liquide d’une odeur très-suave et trèsaromatique; celui qui est falsifié par les procédés connus jusqu’à ce jour 11e possède pas ces caractères.
L’ambre jaune, que l’on appelle aussi succin et carabé, est une résine fossile, jaune, diaphane, d’une odeur agréable ; il est susceptible de recevoir un beau poli.
Il paraît provenir d’une espèce de conifères antédiluviennes, dont on ne rencontre plus que les graines et les cônes; il était primitivement fluide,
comme le prouvent les insectes et les brins de plantes qu’il contient quelquefois.
Il accompagne le lignite dans plusieurs localités ; il existe en assez grande quantité dans les dunes sablonneuses qui bordent les rivages de la mer Baltique; le mouvement des eaux en dépose beaucoup sur la côte.
Il y en a une espèce d’un beau jaune rougeâtre ; il y en a aussi d’un jaune plus clair, mais le plus estimé est celui qui tire sur le blanc et qui est h demi opaque.
Il est antispasmodique et excitant. Autrefois il était d’un grand usage en médecine, et Pline rapporte que les anciens s’en servaient pour faire des colliers comme amulettes pour les enfants. Les poètes anciens supposaient que les grains d ambre provenaient des larmes des sœurs de Phaéton.
Les Grecs appelaient l’ambre jaune électron , d’où on a fait le mot électricité ; car c’est dans cette substance que, pour la première fois, les phénomènes électriques ont été observés.
On peut ramollir l’ambre jaune, lui donner des teintes factices, y incruster des corps étrangers qui en rehaussent le prix aux yeux des amateurs.
On emploie l’ambre jaune pour fabriquer des
pommes de canne, des colliers, des peignes, des bracelets, des boucles d’oreilles, des chapelets, etc. On peut le tourner et le sculpter, en faire des miroirs, des prismes, des verres ardents; il entre dans la fabrication des vernis gras.