‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 108 sur 183 · IV. MELIK-DAHER-BIBARS · texte numérisé non relu

IV. MELIK-DAHER-BIBARS

dons surnaturels. Il avait eu pour maître dans la vie spirituelle , le scheïkh

Abou’lfatah-Wâseti, et le scheïkh Ahmed -ben-Abi’lhasan-Refaï. Son tombeau, placé à Kalib,est le but de pèlerinages qui sont regardés comme méritoires (102).

Au mois de Moharrem, on reçut une lettre écrite par Bisou-Nogaï, proche an parent de Bérékeh , souverain des Tatars, et le principal commandant des ^9 troupes de ce prince. Il annonçait qu’il avait embrassé la religion de l’Islamisme. o58 On lui répondit par des félicitations et des louanges.

Cependant, on apprit que le roi de France , accompagné de plusieurs

princes Francs, s’était dirigé vers Tunis, et attaquait les habitants de cette ville.

Le sultan écrivit au souverain de Tunis, pour lui annoncer cjue les armées

( x 02) Abou’ lmahâsen (man. 661, fol. 219 r° et v°) ajoute à la nomenclature des hommes distingues que cette année vit mourir le nom d’un personnage justement célèbre , le médecin Momvafik-eddin- Abou’labbas-Ahmed-ben-Kâsem-ben-Khalifah-Khazredji, plus connu sous la dénomination d’Ebn- Abi-Osaïbah !L***oî ! «Il est, dit l’historien, auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels

«on remarque celui qui a pour titre Tabakât-alatibbâ aLIL^M vJ^LiuIs (les classes des médecins).

« 11 mourut dans la ville de Sarkhad, au mois de Djoumada-premier, à l’âge de plus de soixante-et- « dix ans. C’était un homme savant, bien versé dans la connaissance de la médecine, de la littérature.

« de l’histoire. On cite de lui des vers nombreux. Tel est le poëme consacré à chanter les louanges «du sdheb (vizir) Amin-eddaulah, et qui commence en ces termes :

« Mon cœur est captif de leur amour, et va partout où se dirige leur marche.

«Il soupire pour le lieu nommé Oraïb \ ^Uj.xJ ! et ses habitants, avec une passion qui semble

« appartenir à l’enfer.

«H aime la brise qui souffle le matin, et qui est chargée des parfums qu’exhalent ces beautés.

«Pour moi, après avoir été près d’elles, je me contente aujourd’hui de leur ombre qui vient « quelquefois me visiter en songe.

«Il est une jeune fille, dont les lèvres brunes sont plus douces que le miel, mais dont le fruit est « amer; elle est injuste envers ceux qui l’aiment, et ne leur accorde aucun quartier,,

«Elle m’a quitté impitoyablement, et sa fuite a laissé dans mon cœur un feu vif qui le dévore « constamment.

«Par elle, mes paupières sont condamnées à une veille perpétuelle. Que signifie cette rupture,

« cette antipathie? »

« Ce poëme, qui est d’une grande étendue, est tout entier sur ce ton. »

On peut voir, sur ce qui concerne Ebn-Abi-Osaibah, Reiske ( Observcitiones medicœ ex Araburn monumentis, p. 41 et suiv.) ; Freind ( Historia medicinœ, pag. 480, it. Appendix, n° 1); M. Silvestrede Sacy ( Relation de l’Égypte, pag. 478)- Le prétendu Hasan-ben-Ibrahim (fol. 2o3 r°) place également dans l’année 668 (de J. C. 1269) la mort d’Ebn-Abi-Osaïbah. Il désigne l’ouvrage de ce dernier par le

titre de xj ,\j Histoire des médecins. Il ajoute que ce livre, qui se composait de deux

petits volumes, avait été légué au we.fc/^e^d’Abou-Arwah.

allaient se mettre en marche pour le secourir contre les Francs. En même temps, il fit dire aux Arabes de Barkah et des provinces du Magreb, de courir au secours de Tunis. Il leur recommanda de creuser des puits sur la route que les troupes devaient suivre. Il se mettait en devoir de faire partir l’armée, lorsqu’on reçut des nouvelles qui apprenaient que le roi de France était mort,

ainsi que son fils et une partie de son armée, que les Arabes auxiliaires étaient arrivés à Tunis, que les puits étaient creusés, et qu’enfin les Francs avaient décampé de devant Tunis, le cinquième jour de Safar.

Le septième jour de ce mois, le sultan se rendit à Askalon , afin de démolir ce qui restait de cette ville, dans la crainte qu’elle ne fût occupée par les Francs ( i o3). Il s’établit sur cet emplacement, et travailla en personne à détruire tout ce qui subsistait encore de la citadelle et des murailles. Tout fut bientôt rasé jusqu’à terre. Le prince fut de retour au château de la Montagne, le huitième jour du mois de Rebi-premier.

Le vingt-unième jourdu même mois,mourutMelik-Moudjir-Haïthoum(Haithon), fils de Constantin, roi deSis(io4)- Le dixième jourdu mois de Djoumada-second, le sultan partit du Caire, accompagné de son fils Melik-Said, et se dirigea vers la Syrie. Il fit son entrée à Damas, le huitième jour de Redjeb. Delà, il s’avança vers Tarabolos (Tripoli), égorgeant ou faisant prisonniers tous ceux qui se trouvaient sur sa route. Il poussa des courses jusqu a Safitlia (io5), et prit cette place sur les Francs, qui furent forcés d’évacuer la ville, au nombre de sept cents hommes, sans compter les femmes et les enfants (106). Le sultan s’empara succes-

(103) Nov^ïri (fol. 43 v°) ajoute qu’il détruisit cette ville, au point de faire disparaître toutes les traces des édifices, et qu’il donna ordre de jeter les pierres dans le port.

(104) Au rapport de Nowaïri (fol. 43 v°), le vingt-septième jour du mois de Rebi-premier, on reçut une lettre écrite par Lifon , roi de Sis , et dans laquelle il annonçait que le prince Haithon , son père, avait, le vingtième jour du mois de Teschrin-premier, embrassé la vie monastique; qu’il s’était retiré dans un couvent, et avait renoncé à toutes les choses du monde; que le mardi, vingthuitième jour du même mois, correspondant au vingt-unième jour de Rebi-premier, vers le coucher du soleil, ce prince avait cessé de vivre. Le nouveau roi se recommandait aux bontés du sultan. La réponse qui lui fut adressée contenait un compliment de condoléance sur la mort de son père, des félicitations sur son avènement au trône, et tout ce qui pouvait servir à le tranquilliser.

(105) Je lis liiLo, au lieu de LiLe.

(106) Au rapport de Nowaïri (fol. 82 v°), le sultan ayant poussé ses courses jusque sous les murs de Safitha, les habitants de cette place demandèrent à capituler ; mais bientôt après, ils violèrent le traité. Le sultan décampa, laissant devant la ville un corps de troupes. Le commandeur

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