‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 11 sur 183 · I. MELIK-MOEZZ-AIBEK · texte numérisé non relu

I. MELIK-MOEZZ-AIBEK

an 648 (ia5o).

eddin-abou-Ali , et devant lui Melik-Sâleh-Ismaïl , qui était gardé à vue. Lorsque l’on fut arrivé devant le tombeau de Melik-Sâleh-Nedjm-eddin , les Mamlouks- Bahris entourèrent Sâleh-Ismaïl, et s’écrièrent : « O seigneur, où sont tes yeux ? « Tu vois ton ennemi Ismaïl. » De là on se rendit au château de la Montagne; Sâleh-Ismaïl y fut mis en prison, ainsi que les autres princes , et les prisonniers syriens furent jetés dans des cachots. Au moment où Melik-Moëzz entrait dans la forteresse , Melik-Aschraf-Mousâ vint à sa rencontre, et le félicita de sa victoire. L’émir Fâres-eddin-Aktai, s’adressant à Melik-Aschraf, lui dit : « Tout ce qui est « arrivé est une suite de votre bonne fortune, et nous n’avons eu en vue que l’affer- « missementde votre règne. » Il désirait la conservation d’Aschraf, dans la crainte que Moëzz ne régnât seul avec une autorité absolue. Cette journée fut une des plus marquantes qu’aient offertes l’bistoiredu Caire. Celte ville, Fostat, le château de la Montagne et celui de l’île de Raudah, furent décorés (29) durant plusieurs jours.

(29) Le verbe ^ j qui se trouve souvent chez notre auteur, signifie : Décorer une ville de tapis, d'ornements de tout genre , et de tout ce qui annonce des réjouissances publiques. On lit dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, man. arab. de Leide', fol. 5i r°) : SjæUÜ ! j Au rapport

d’Ebn-Aïas (man. arab. 5g5 A, t. II, fol. 25o r“ et v°), lorsque Soliman II monta sur le trône des Ottomans, la ville du Caire fut, durant trois jours, le théâtre des fêtes et des divertissements Dans l’histoire d’ Ahmed- Askalâni (t. II, man. arab. 6 Sq, fol. 5 r°) on lit : jJUt l^o j ; et ailleurs (fol. r°) : ïy&lïM. Nous lisons dans le même ouvrage (fol. 2Ôo r°), que des am-

bassadeurs de Schah-rokh étant arrivés à la cour d’Égypte, l’an 844 de l’hégire (1440 de J. C.), la ville du Caire fut, à cette occasion , le théâtre de réjouissances qui régnaient dans toutes les rues, avec un degré de magnificence supérieure à celle que l’on déployait au moment du départ du voile destiné pour la Mecque. Les fêtes devaient durer un mois et plus, mais , tout à coup , le sultan les fit cesser. Au rapport d’Abou’lmahâsen [Manhel-safi, tom. IV, fol. 85 v°), à l’époque de la convalescence d’Abdalkerim, surnommé Kerim-eddin le Grand, la ville du Caire fut décorée comme pour une fête VjJsUJ! . Et le mot Zinah désigne les fêtes de toute espèce qui ont lieu dans les occasions

solennelles. Ce terme a été plus ou moins altéré par les voyageurs modernes. Shaw écrit Zcenah ( Voyages en plusieurs provinces de la Barbarie, pag. 35 2); Bremond ( Viaggi nell’ Egitto, pag. 252), Aizine, et ailleurs (pag. 84) Eizine ; Coppin [Bouclier de F Europe, pag. 210), Ezine; Vansleb ( Relation de l’Egypte, pag. 335), Ziné; Thevenot ( Voyages du Levant, tom. III, pag. 119), Zinéh.

Ce mot, sous la forme a passé dans la langue turque. On lit dans Y Histoire de la Conquête

de F Égypte (édit, de Constantinople, fol. 44 v°) : jjA" • • • •

«Le sultan Sélim ordonna de décorer la ville et les bazars. » 11 existe en persan un mot qui, pour la signification , a les plus grands rapports avec celui de Zinah ÜLoj, je veux dire Azin t. On lit dans le Schah-nâmeh (tom. I, pag. 283, édit, de Calcutta) : C

<jj ^..0 1 l j

« On para toute la ville d’un bout à l’autre. » Dans 1 e Habib-assiiar (tom. III, fol. 346 v°) :

Le lundi, quatorzième jour de ce mois, l’émir Nâser-eddin-Ismaïl-Ben-Iagmour, qui avait été ostâdâr (majordome) de Sâleh-Ismaïl , Bekdjesa, prince du Kbawarizm, Amin-eddaulah-Abou’lbasan , le Samaritain, ancien vizir, furent étranglés à la porte du cbâleau de la Montagne, ainsi que Moudjir-Ben-Hamdan , l’un des 234 habitants de Damas. On trouva chez Amin-eddaulab , en argent, objets précieux et pierreries, des richesses considérables, telles quelles n existent ordinairement que chez les khalifes. Ce que l’on découvrit, sans compter ce qui était déposé dans des mains sûres , s’élevait à une valeur de 3, 000,000 de pièces d’or. La bibliothèque renfermait dix mille volumes , tous remarquables comme chefsd’œuvre de calligraphie , et des ouvrages d’un grand prix.

Le dimanche, vingt-septième jour du mois de Dhou’Jkadah, on fit mettre à mort, dans le château de la Montagne, Melik-Sâleh-Imad-eddin-Ismaïl, fils de Melik- Adel et petit-fils d’Aïoub. 11 était âgé d’environ cinquante ans. L’historien Ebn- Wâsel rapporte, à cette occasion, un fait qui offre, comme il le dit, le rapprochement le plus étrange. Melik-Djewâd-Maudoud étant détenu en prison par ordre de Melik-Sâleh-lsmad, celui-ci envoya des émissaires qui étranglèrent le prince, puis le laissèrent, croyant qu’il était mort; mais il ne tarda pas à reprendre l’usage de ses sens. Une femme l’ayant vu en cet état, avertit les bourreaux, qui revinrent sur leurs pas et étranglèrent, de nouveau Maudoud , jusqu’à ce qu’il expira. Or, dans la nuit indiquée ci-dessus, Melik-Sâleh-lsmaïl fut conduit hors du château par ordre de Moëzz-Aïbek. Les émissaires chargés de l’exécution portaient une lumière qu’ils éteignirent: après quoi ils étranglèrent le prince, et se retirèrent , pensant qu’il était expiré. Au bout de quelque temps il revint à lui; mais une femme qui l’aperçut avertit les exécuteurs, qui, rebroussant chemin , l’étranglèrent une seconde fois, et ne le quittèrent pas qu’il ne fût mort. 11 fut enterré dans le même endroit. Il avait eu pour mère une femme grecque. C’était un prince plein de fierté, de courage et de mérite, qui était universellement obéi , et jouissait de la plus haute considération.

Le vingt-huitième jour de ce mois, Melik-Moëzz renvoyaàDamas tous ceux de l’armée de Nâser qui avaient pénétré dans la ville du Caire. Ils étaient au nombre d’environ trois mille. On les fit monter sur des ânes, eux et leurs serviteurs.

I ïj) “ Ees habitants de la ville s’occupèrent à la décorer. » Et plus

bas (fol. 347 v°) : AL:.~o ^ol «On décora toutes les boutiques et le bazar. >>

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