I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK
AN 648 (l25o).
Il n’y en eut que six environ qui obtinrent le privilège de faire la route à cheval.
Cette même année, Melik-Nâser reçut de la part du kan , roi des Tatars, un écrit qui contenait (3o) une formule d’amnistie; il le portait habituellement dans sa ceinture (3i). Il envoya au monarque mongol des présents considérables. Lorsque Houlagou entreprit son expédition et opéra ses brillantes conquêtes, Nâser eut l’air de négliger ce prince et ne lui adressa aucun don. Cette conduite blessa vivement le souverain mongol, qui ne manquait pas, en toute occasion, de blâmer avec amertume le retard que mettait Nâser à lui envoyer, suivant l’usage, des présents et des objets de prix.
Cependant les Mamlouks commettaient en Égypte de nombreux désordres. Ils attaquaient les habitants, les égorgeaient, pillaient leurs richesses, enlevaient les femmes. Ils se portèrent à des excès tels, que les Francs, s’ils avaient été maîtres du pays, n’en auraient pas fait autant.
Le vingt-septième jour du mois de Dhou’lhidjdjah , l’émir Fâres-eddin-Aktaï partit du Caire à la tête de trois mille hommes , se dirigeant vers Gazah , et se rendit maître de cette ville.
Le dimanche, quatrième jour du mois de Redjeb, correspondant au cinquième jour de Babeli (Paophi) de l’an 967 (32)del’ère des martyrs (i25i de J. C.), Athanase,
(30) Le texte porte : ; je lis : L*çi>.
(31) Le texte porte : <CU= La. Le mot L^La. , qui fait au pluriel ^dja., désigne une ceinture. On lit dans la Description de l’Egypte, de Makrizi ( article des marchés, man. arab. 798, fol. 93 r») : pjwXàd LaioLilj t jjr*) î ^jàdjad! « On entend par le mot ^djsdî ce que i’on nommait
«jadis iüiaL» (ceinture). » Dans l’ouvrage intitulé Mesalek-alabsar (man. 583, fol. i85 v°), on lit :
v !u«La. «Une ceinture d’or. « Ailleurs (fol. 167 v°) : JÜ-I I (j^d»a.
Dans la Description de l’Égypte de Makrizi (man. arab. 798, fol. 188 v°) : (jüd?a SsU !
«Les émirs commandants portaient des ceintures d’or.» Khalil-Dâheri (man. arab. 695,
fol. 248 r°) indique, parmi les objets précieux que renfermait le trésor du sultan, v ^d^a.
«des ceintures d’or.» Makrizi, parlant des Mamlouks, dit (man. arab. 798, fol. 189 r°) : jjbw
^ j 'Lâs «Leurs ceintures, pour la plupart, sont
« d’argent: quelques-uns les faisaient faire en or. » On lit dans l 'Histoire d’Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II , man. arab. 657, fol. 117 r°) : ^d^ad! ,J, ïjWd ^ «Il gagnait sa vie en
« faisantle commei’ce de ceintures. » Et ailleurs (fol. 127 r°) : ^jod^a ^Jla-j jjlo « On
«voyait sur leurs reins, des portraits d’hommes disposés en forme de ceintures.» Le mot désignait un vendeur de ceintures (Makrizi, (man. 798, fol. 93 r°).
(32) J’ai suppléé le nombre , qui manque dans le manuscrit.
fils de Kaïs-Abou’lmakârem, fut nommé patriarche, et remplit ces fonctions l’espace de onze années et cinquante-cinq jours. 11 mourut le dimanche premier jour de 235 Koïhak, l’an 978 de l’ère des martyrs, correspondant au troisième jour de Moliarram, de l’an 660 de l’hégire (1261 de J. C.). Après son décès, le trône patriarcal resta vacant l’espace de trente-cinq jours.
Cette même année l’empereur, roi des Francs d’Allemagne, mourut en Sicile (33), et eut son fils pour successeur. A cette époque, Nâser-Iousouf régnait à Damas , ayant sous sa domination la Syrie et l’Orient. L’Égypte était soumise à Melik- Moëzz-Izz-eddin-Aïbek, et la prière se faisait conjointement au nom de ce prince et au nom de Melik-Aschraf-Mousâ. L’administration des affaires était , en grande partie, confiée à trois émirs d’entre les Mamlouks-Bahris , savoir: Fâres-eddin- Aktaï, Rokn-eddin-Bihars-Bondokdari , et Seïf-eddin-Belban-Reschidi.
Cette année vit mourir, entre autres personnages distingués, Melik-Moaddam- Gaïath-eddin-Touranschah, qui était fils de Melik-Sâleh-Nedjm-eddin, et fut égorgé le lundi , vingt-neuvième jour de Moharram ; l’émir Schems-eddin-Loulou- Amini (34), général des troupes d’Alep, qui périt également du dernier supplice, le jeudi dixième jour deDhou’lkadah; Reschid-eddin-Abou-Moliammed-Abd-alwahab- Ben-T aber, de la ville d’Alexandrie et de la secte de Malek, qui n’était âgé que de quarante-neufans (35); le Hujïd Schems-eddin-Abou’lhadjadj-lousouf-Ben-Khalil, de la ville de Damas, mourut à Alep , à l’âge de quatre-vingt-treize ans (36).
—77- L’émir Fâres-eddin-Aktaï s’empara du Sahel (la Phénicie) , de la ville de Nabolos 649 (Naplouse), et poussa ses conquêtes jusqu’au Schariah (37). Ensuite, il
(33) L’empereur Frédéric II mourut cette année, non pas en Sicile, mais à Fiorentino, dans la Pouille.
(,34) Abou’lmahâsen (man. arab. 661, fol. 162 r°) et Hasan-Ben-Omar (man. arab. 688, fol. 3 r°), qui parlent de la mort de ce général, s’accordent à le représenter comme un homme d’un mérite eminent, chez (pii le zèle pour la religion était joint à la fermeté, la prudence , l’habileté, et à des vertus de tout genre, qui lui avaient concilié un respect et une considération universels. Au rapport d’Abou’lmahâsen, il montrait, en toute occasion, un profond mépris pour les Mamlouks, et il avait coutume de dire : « Dix Mamlouks valent à peine un Curde. » Et, comme on l’a vu, il périt sous les coups des Mamlouks-Bahris.
(35) Yoy. Hasan-Ben-Omar ( loc . laucl.)
(36) Au rapport du même historien (fol. 3 v°), Schems-eddin-abou’lhadjadj-Iousouf jouissait, dans la ville d’Alep, d’une haute considération. Il avait voyagé dans l’Irak et à Isfahan. Il écrivit beaucoup d’ouvrages; et, jusqu’à sa mort, de nombreux disciples s’empressaient de venir entendre ses leçons.
(37) Le mot schariah désigne la rivière du Jourdain, t’est ce qu’attestent expressément
Makrizi lui-même, dans un passage que l’on trouvera plus bas; Abou’lféda ( Descriptio Syrice , pag. 147, 148); Nowaïri qui, dans la Vie du sultan Bibars (manuscrit d’Asselin, fol. 3i v°), s’exprime